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Passera ? Passera pas ? Ce que coûterait à François Fillon le vote de la réforme constitutionnelle par le Sénat

Alors que la révision constitutionnelle incluant la déchéance de nationalité pour les terroristes a été adoptée par l'Assemblée nationale, la deuxième manche approche au Sénat. Ayant fait le pari d'un rejet par la deuxième chambre du Parlement, François Fillon a pris une position risquée en vue de la primaire de la droite.

Quitte ou double

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Passera ? Passera pas ? Ce que coûterait à François Fillon le vote de la réforme constitutionnelle par le Sénat

Atlantico : En s'appuyant sur Gérard Larcher, président du Sénat et l'un de ses principaux soutiens, François Fillon a misé sur le rejet de la révision constitutionnelle (incluant la déchéance de nationalité) par le Sénat. Cette stratégie visait notamment à se distinguer de Nicolas Sarkozy, favorable à cette réforme. Quelles chances a réellement François Fillon de remporter cette bataille ?

Bruno Jeudy : François Fillon comptait évidemment sur le match retour au Sénat pour marquer des points dans l'opinion de droite, mais également s'inscrire dans une logique pas seulement liée à la primaire, mais une logique gaulliste. Lors du débat à l'Assemblée, il n'a cessé d'expliquer que ce projet d'inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution était inutile, et que ne pas user de la loi actuelle qui permet déjà de déchoir de la nationalité française les terroristes était justement un message de faiblesse adressé aux islamistes.

En livrant cette bataille à l'Assemblée nationale, il a surpris parce qu'il avait dans un premier temps accepté le principe lors du vote en bureau politique des Républicains. Il s'est ravisé, a livré la bataille et a augmenté de manière significative le nombre d'opposants au projet du gouvernement. Avec le match retour au Sénat, où il dispose de nombreux amis gaullistes au sein du groupe Les Républicains, François Fillon espère égaliser dans son match à distance avec Nicolas Sarkozy.

Sur le papier, les positions constantes de Gérard Larcher (président du Sénat) et de Bruno Retailleau (président du groupe Les Républicains) permettent de penser que le texte issu de l'Assemblée nationale sera réécrit puisque les dirigeants de la droite sénatoriale ont indiqué vouloir revenir au texte initial, pour éliminer notamment le risque d'apatridie. On peut donc imaginer que Gérard Larcher et Bruno Retailleau, malgré sans doute la forte insistance du gouvernement et des consignes de Nicolas Sarkozy qui viendra répéter la position adoptée par le parti, resteront sur leurs positions. Le gouvernement va vouloir obtenir un vote conforme pour ouvrir la voie à une ratification par le Congrès. En même temps, il est vrai que François Hollande a adressé des signaux d'apaisement. Dans son intervention télévisuelle après le vote à l'Assemblée, il n'a pas voulu faire pression sur les sénateurs, les laissant libres de leur choix tout en indiquant ne pas vouloir que la navette ne dure trop longtemps.

En quoi ce pari de François Fillon était-il risqué, alors que l'opinion publique française est globalement en faveur de cette réforme constitutionnelle, et que le leader du parti Nicolas Sarkozy s'y est lui aussi dit favorable ?

Effectivement, c'est un pari risqué de la part de François Fillon. Comme d'autres candidats à la primaire, notamment Bruno Le Maire, il est obligé de chercher des sujets pour se distinguer des favoris que sont Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, en tête des enquêtes d'opinion. Il s'est saisi de cette révision constitutionnelle pour se démarquer sur la question spécifique de l'extension de la déchéance de nationalité. Cela lui permet de faire vibrer la corde gaulliste (peu favorable à des révisions constitutionnelles trop fréquentes) et de se distinguer de Nicolas Sarkozy qui tient à cette révision constitutionnelle, tout en expliquant qu'il n'est pas fondamentalement contre la déchéance de nationalité (puisqu'elle existe dans la loi) et en ne rejetant pas le deuxième volet de cette révision : la constitutionnalisation de l'état d'urgence.

Il n'en reste pas moins qu'il y a un risque pour lui que cette révision passe malgré les réticences du Sénat et d'une fraction des parlementaires de gauche, et que cela apparaisse comme un revers politique pour lui. Mais François Fillon est condamné à prendre des risques s'il veut recoller aux favoris de la primaire. Cela lui a permis d'apparaître dans les médias comme un rival de Nicolas Sarkozy sur un sujet où Alain Juppé avait volontairement choisi de se mettre en retrait avec une position un peu floue (un jour pour, un jour contre). Fillon a choisi un terrain risqué, mais il avait un vrai clivage avec Sarkozy, contrairement à Juppé ou Le Maire, qui n'est pas véritablement intervenu dans ce débat. 

A quel point un vote favorable du Sénat affaiblirait-il François Fillon dans la campagne de la primaire de droite ? Quelles seraient ses chances de remonter la pente après un tel échec ?

A ce stade, il n'y a pas encore de raison de croire que le Sénat va voter ce texte quand on regarde les prises de position des responsables sénatoriaux du parti LR, mais s'il changeait d'avis, ce serait évidemment interprété comme une défaite pour François Fillon et une victoire pour Nicolas Sarkozy qui compte peu de soutiens au Sénat et qui aurait donc retourné une partie des parlementaires, plutôt fidèles à François Fillon.

Je ne sais pas si la primaire se jouera au Sénat ou sur la question de la déchéance de nationalité. Elle se jouera plutôt à partir de la fin du printemps, sur les programmes et les tempéraments. De ce point de vue-là, il n'est pas faux d'affirmer que François Fillon a tout de même besoin actuellement de victoires pour rester un candidat crédible dans la course à la primaire.

 
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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match et spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre "Le Coup monté" avec Carole Barjon.

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