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Passation de pouvoir : ce protocole républicain qui organise un sacre très monarchique du Président élu

François Hollande recevra ce mardi de la part de Nicolas Sarkozy les attributs du pouvoir. Sans le savoir, en traversant la cour de l'Elysée, il renouera avec l’antique tradition des souverains qui traversaient la bonne ville de Reims dans le précieux carrosse du sacre. Car le protocole de la passation de pouvoir fait la part belle aux symboles, qui renvoient aussi loin que Clovis.

Le président part, vive le président !

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Constitué d’un ensemble de règles normatives consacrées par l’usage ou par les convenances diplomatiques, le protocole favorise l’exercice harmonieux des mœurs observés dans la société, et plus encore dans ceux de la sphère du pouvoir, en introduisant, dans la manière de paraître ou de s’exprimer, par une habile palette de nuances, une commode et objective reconnaissance dans l’appréciation d’autrui.

En ce domaine, l’étiquette de l’Ancien régime était arrivée à un degré de perfection comme aime à le souligner, dans une formule admirable, Madame de Genlis, sollicitée en cela par Napoléon Ier lui-même : L’esprit social du temps où j’ai vécu dans le monde n’était nullement de confondre dans la société les rangs et les personnes, mais de ne faire ces distinctions que par des nuances délicates et par des moyens ingénieux, qui, par conséquent, n’eussent rien de tranchant et de choquant pour qui que ce fut.

A l’aune de cette grande tradition française, accorder sans dissonance les droits étendus de la souveraineté du nouveau chef d’Etat, François Hollande, avec la dignité du président sortant, Nicolas Sarkozy, telle apparaît la visée recherchée dans la cérémonie de passation des pouvoirs organisée ce matin au palais de l’Elysée.

Toutefois convient-il, avant d’examiner le déroulement et le sens des événements prévus, de rappeler que l’exercice de la souveraineté, appartenant au peuple en démocratie, s’exprime selon une double distinction héritée de la pensée hellénistique (à laquelle l’Occident sera toujours redevable indépendamment de l’actuelle crise économique) dissociant l’autorité du pouvoir : l’autorité, faculté déléguée dans notre cas par la voie élective à son titulaire ; le pouvoir, capacité gagnée par ce dernier à l’issue de son combat victorieux dans l’arène politique.

Dans le langage des symboles et des signes, cette double acception est traduite par deux postures différentes : le titulaire de l’autorité est depuis toujours et dans toutes les civilisations un personnage assis manifestant une stabilité propre à cette fonction, tandis que le titulaire du pouvoir adopte une stature levée, plus chancelante, propre à celle du vainqueur ayant terrassé son ennemi.

Quelles qu’en soient les formes et la nature, le siège est donc l’attribut de l’autorité, tandis que la couronne ou le sceptre sont réservés au pouvoir.

En arrivant ce matin dans la cour de l’Elysée, seul et sans vis à vis, assis dans sa limousine présidentielle du côté droit, François Hollande renoue sans le savoir avec l’antique tradition des souverains qui traversaient la bonne ville de Reims dans le précieux carrosse du sacre manifestant de la sorte l’autorité dont les successeurs de Clovis allaient être investis par l’onction qu’ils y venaient recevoir. Dans quelques instants, Nicolas Sarkozy quittera l’Elysée dans le même appareil emprunt du même symbolisme.

L’accueil puis la reconduction du président sortant sur le perron de l’Elysée réunit, sans qu’il puisse en être autrement, des personnages debout. Cependant on notera que le protagoniste le plus important reste, au moins théoriquement, toujours au-dessus des marches de la terrasse. Aller à la rencontre de l’arrivant ou accompagner le visiteur sortant serait un geste de courtoisie qui ne serait pas à exclure de la part du personnage principal. Mais cette « entorse » au protocole devrait alors être comprise comme une marque supplémentaire de déférence envers la personnalité de rang inférieur. Le privilège d’une telle occupation de l’espace est une prérogative du détenteur de l’autorité remontant aux temps les plus immémoriaux. Elle se rattache aux autres distinctions accordées à son titulaire dont le siège (trône, chaire, fauteuil présidentiel), toujours surélevé du niveau du sol, trouve place sur un gradin constitué de plusieurs marches, voire au sommet d’une colonne, symbolisant le pivot autour duquel l’univers gravite, comme en Inde ou en Afrique noire. Cette référence explique également la présence du grand tapis rouge déroulé sur le gravier devant les portes du palais.

 
Commentaires

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  • Par seniorenforme - 15/05/2012 - 08:15 - Signaler un abus Tous Jaloux ?

    Bonjour, « Hollande Président, on rêve ! La Fraise des bois, le flamby , le capitaine de pédalo, le nul » : voilà un récapitulatif non exhaustif des qualificatifs employés pour qualifier François Hollande. Et pourtant il est maintenant le président de la République. Magnifique revanche sur les jaloux ou critiques justifiées ? Qu’en pensez-vous ? Bien à vous Seniorenforme http://blog.seniorenforme.com/

  • Par ISABLEUE - 15/05/2012 - 11:12 - Signaler un abus ah... dommage;;;;

    grosse pluie glaciale à Paris pas de remontée des champs élysées.; hi hi hi LE PÔVRE :)))))))

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Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes au château de Versailles jusqu’au 14 juillet 2013.

 

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