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Pourquoi il n'y a pas de risque
de guerre civile au Sénégal
malgré les tensions électorales

Le Sénégal va connaître un second tour pour sa présidentielle. Face au Président sortant Abdullah Wade, Macky Sall, l'un de ses anciens Premiers ministres. En toile de fond, des risques d'affrontements au sein de la population... mais la guerre civile devrait être évitée.

Elections au Sénégal

Publié le

Atlantico : Le Sénégal faisait figure d’exception dans les pays de l’Afrique de l’Ouest en raison de sa stabilisation démocratique, les évènements qui entourent cette élection présidentielle remettent-ils cette image en question ?

Sylvain Touati : Cette réputation du Sénégal comme modèle démocratique est à prendre avec des pincettes. Les alternances ont effectivement eu lieu dans le calme mais on ne peut pas vraiment dire qu'elles se sont déroulées à chaque fois en toute transparence. En 2000, il a fallu une intense pression des "jeunes" sénégalais pour éviter les appels clientélistes des confréries et le classique bourrage des urnes par les administrations locales. Il ne faut pas oublier que le règne du Parti Socialiste Sénégalais mené par Léopold Senghor et Abdou Diouf a gardé le pouvoir pendant 40 ans et on ne peut pas dire que leurs gouvernements aient été totalement démocratiques et transparents. En 2007, les résultats des élections, qui ont vu la victoire du président Wade dès le premier tour, ont été en partie contestés. 

Par rapport aux élections de 2012, il est vrai que les manipulations constitutionnelles du Président sortant Abdoulaye Wade ont provoqué de fortes tensions dans l’opposition.

Il y a eu des débats sur la lecture de la Constitution Sénégalaise. Mais le Conseil Constitutionnel a tranché et a permis à Abdoulaye Wade de se représenter. Cette décision allait à l’encontre de ce que le président avait lui-même annoncé en 2007, puisqu’il avait précisé que ce serait son dernier mandat et avait fait modifier la  Constitution afin qu'il ne puisse plus se représenter. Wade n’étant pas confiant dans ses possibilités de victoire lors d’une nouvelle élection a tenté de changer la Constitution pour que le président soit élu en un seul tour et avec 25% des voix. Pour l’opposition cette initiative n’était qu’un prétexte servant à préparer l’avenir politique de son fils, qui est très impopulaire au Sénégal et sa succession.

 

Le contexte social du Sénégal justifie-t-il les tensions que l’on observe actuellement ?

Depuis quelques temps déjà le contexte social était très dur en raison des coupures d’électricité et la fluctuation des prix des denrées de première nécessité qui avaient mis la population à bout et on avait assisté à des émeutes importantes l'année dernière, chose qui n’était pas arrivé à Dakar depuis des années. La situation sociale est compliquée au Sénégal et dans la campagne il y avait besoin aussi de faire le bilan des 10 années au pouvoir d’Abdoulaye Wade. Le chômage est endémique, même s’il n’y a pas eu de récession, la croissance n'était pas non plus au niveau espéré, en effet, alors que le continent Africain pendant les cinq dernières années a connu une croissance supérieure à 5%, le Sénégal est resté bloqué entre 2 et 3%. Il y a notamment eu un énorme gâchis dans le secteur de l’énergie avec une mauvaise gouvernance qui a été responsable d’importantes  coupures d’électricité, et a entravé en partie le développement du pays.

Le plan Riz, le plan Sésame censé développer l’agriculture ont été des échecs, conséquence :  le Sénégal importe la plupart de sa nourriture alors que 60% de la population est rurale. Il y a tout de même eu des réussites, un certain nombre de projets d’infrastructure dans la région de Dakar ont bien réussi, la liberté de la presse a globalement été respectée et le Président est resté actif sur la scène internationale. 


 
Commentaires

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  • Par Boubacar - 28/02/2012 - 10:47 - Signaler un abus Culture politique au Sénégal très spécifique

    Quelques petites précisions : En 2000 c’est l’attente qui a été longue pour la proclamation des résultats par le Conseil Constitutionnel (CC). Mais Abdou Diouf a pris les devants pour annoncer sa défaite… certaine. On ne devrait donc pas assimiler le retard dans la proclamation des résultats par le CC à un manque de démocratie. Il serait bien difficile de voir un pays ou le CC proclamerait le verdict à la rapidité des sondages et résultats sortis des urnes via la presse, même aux USA (Santorrum/Romney tout dernièrement) Vous avez raison en disant plus loin que les Sénégalais respectent leurs institutions…A mon avis, c’est cela la démocratie. Il y a plus de 200 ans que les Sénégalais votent après une longue période d’invectives et de violences (autorisées). A mon avis aussi, si vous faites le ratio élites intellectuelles francisées et populations sénégalaises dans les années 1960-1990, vous comprendrez pourquoi les présidents Senghor et Diouf sont restés longtemps au pouvoir… On tend vers un certain équilibre, sauf que au sein de ce qu’on pourrait appeler équilibre il y a une nouvelle génération de sénégalais qui ont reçu une éducation passable. Il y a faible quantité de thésards

  • Par Boubacar - 28/02/2012 - 10:54 - Signaler un abus Culture politique au Sénégal très spécifique (suite)

    Il y a faible quantité de thésards, moins de maitrisards, plus ou moins de licenciés, beaucoup de DEUGards et trop de bacheliers… Or, ceux qiu sont là, la vieille élite a reçu les meilleures formations de l’école coloniale (assimilation oblige) et elle a peur devant une telle situation où de simples maitrisards croient être de grands intellectuels… bof !!! Avançons en disant que Macky Sall a formé une coalition de partis politiques avec d’anciens membres du parti du Président. Macky Sall a été ministre de l’énergie, premier ministre, président Assemblée Nat., "90% une part de responsabilité dans le bilan de Wade. Et quand on parle de croissance, faut savoir que Macky Sall serait contre ces chiffres. Vos stats sont fausses si l’on se fie au FMI qui félicite et encourage le Sénégal malgré en effet le problème de l’électricité… Bref, le Sénégal, c’est complexe avec ce passé historique colonial qui fait de la violence électorale quelque chose de permis même donner la mort. La culture politique au Sénégal, c’est aussi cela et n’est pas spécialiste du Sénégal qui veut !!! Lire: http://la-brochure.over-blog.com/article-senegal-une-revolution-sans-marabout-est-elle-possible-99370171.html

  • Par Mérovingien - 28/02/2012 - 16:55 - Signaler un abus N'IMPORTE QUOI

    Le sénégal est un pays africain islamiste et les risques de découpages à la machette y sont aussi élevés qu'en côte d'ivoire au nigeria. C'est l'Afrique les gars !

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Sylvain Touati

Sylvain Touati est chercheur associé. Il a été assistant de recherche puis coordinateur du programme Afrique de l'Ifri entre décembre 2007 et juillet 2010.

 

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