Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 30 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Il n'y a pas que le FN : la vague des partis populistes continue de monter en Europe

Alors que la reprise économique tarde à venir, le poids des formations populistes n'a cessé d'augmenter avec la crise et certaines se sont particulièrement faites remarquer, comme le mouvement "5 étoiles" de Beppe Grillo. Une dynamique qu'il faudra continuer d'analyser mais qui connaît certaines limites.

Le point

Publié le

Atlantico : A l'occasion des législatives allemandes, le parti anti-euro "Alternativ fur Deutschland", créé cette année, pourrait totaliser plus de 5% des voix. Peut-on pour autant affirmer que l'on enregistre, au regard de cette actualité, une poussée des formations populistes en Europe ?

Jean-Yves Camus : L’exemple est ici assez particulier car "l’Alternative pour l’Allemagne" est un parti eurosceptique qui se situe au moins autant à droite que la CDU et la CSU qui viennent de remporter une victoire significative en Bavière.

Ainsi, l'AFD est davantage un parti que l'on pourrait ranger dans le "mainstream" démocratique. Les dirigeants du parti sont des gens qui appartiennent à l’élite, on y compte un grand patron (Hans Henkel), deux éditeurs de journaux connus et des économistes qui issus du milieu universitaire. Ce n’est donc pas un parti né uniquement d’une protestation anti-élite.

Il faut rappeler qu'en Allemagne, le système électoral ne favorise par l’émergence des petits partis, d'autant plus que l'histoire allemande jette une sorte de discrédit automatique sur les formations radicales. Cela explique notamment que le NPD (parti national-démocrate) n'a pas réussi à franchir la barre de la représentation fédérale alors que localement le parti s'est plutôt comporté de manière honorable.

Il est effectivement très rare en Allemagne que des partis émergents réussissent à franchir ce seuil et l'exception du parti de gauche Die Linke est assez particulière. Il s'agit là d'une formation qui a su capter l’immense potentiel des anciens communistes, base électorale dont ne disposent pas forcément les autres partis dits "populistes".

Il faut rappeler par ailleurs que nous sommes à la 4ème vague de partis populistes en Europe, bien que certains universitaires ne soient pas toujours d'accord sur le nombre de ces vagues. Depuis 1945, on a ainsi vu émerger plusieurs élans populistes qui répondent cependant à des contextes variés. Les partis populistes scandinaves sont par exemples issus d’une matrice particulière : celle de la protestation, anti État providence, avec des racines idéologiques et historiques très différentes des autres formations. On arrive maintenant à la vague suivante avec des partis comme celui de Geert Wilders en Hollande. Les populistes scandinaves que je mets dans la même sous-famille sont des partis populistes, eurosceptiques, souvent xénophobes, hostiles au multiculturalisme et sont des excroissances d’une droite qui n'est pas similaire à ce que l'on appelle l’extrême droite historique.

En Norvège, le Parti du progrès est sur le point d'accéder au pouvoir. Où en sont les partis populistes en Europe notamment dans les pays où ils occupent le pouvoir ?

Il est difficile de mettre dans la même catégorie les partis néo-fascistes comme le Jobbik hongrois et le Parti du progrès norvégien qui essaie de former une coalition avec les mouvements du centre-droit. La frontière du terme "populiste" est particulièrement floue. Pas sûr qu'on puisse y mettre le Premier ministre Hongrois Viktor Orban que certains décrivent pourtant comme un homme quasiment d'extrême droite. Le NPD allemand, comme l'Aube Dorée grecque sont en revanche incontestablement des partis néo-nazis. La famille des droites populistes souvent xénophobes et généralement souverainistes qui existe en Europe et qui aujourd'hui exerce des responsabilités est extrêmement différente dans sa nature. Elle n'a pas les même racines historiques et idéologiques que l'extrême droite traditionnelle. Avec cette famille qui comprend les populismes scandinaves, le parti de Geert Wilders en Hollande, l'AFD allemand et le FN qui évolue dans ce sens, quelque chose de nouveau se passe en Europe et nous impose de penser la réponse politique à apporter à ces populismes autrement que le prisme traditionnel de l'antifascisme. De toute évidence, on n'est pas en face d'objets qui peuvent être ramenés à la Seconde Guerre mondiale.

Pour ce qui est de la Norvège, le phénomène n'est pas entièrement nouveau puisque historiquement les partis populistes scandinaves sont les premiers en Europe. Ils naissent dès le milieu des années 1970 sur un programme qui est moins xénophobe qu'anti-Etat et anti-impôt. Leur programme a évolué au fur et à mesure que les pays scandinaves qui étaient ethniquement et religieusement très homogènes se sont diversifiés et que le multiculturalisme a commencé à poser problème à une partie de l'électorat. Économiquement, ces partis sont également très divers. Ils sont pour l'économie de marché. Certains sont anti-européens. C'est le cas en Norvège et en Finlande. D'autres, en Suède et au Danemark, sont plus modérés bien que favorables à une Europe des nations. Le Parti du progrès est un cas unique car la situation du pays est singulière. La grande question en Norvège pour les partis populistes, hormis la question du multiculturalisme, est celle de l'utilisation de la manne pétrolière. La Norvège investit les revenus du pétrole et du gaz dans un fonds souverain afin de sécuriser le niveau de protection sociale des générations futures. Pour le parti populiste norvégien, cet argent est aux Norvégiens et ne doit profiter qu'aux Norvégiens. Il se montre également hostile à une thésaurisation excessive dans un contexte social difficile. L'idée est de dépenser maintenant l'argent qui rentre dans les caisses maintenant. Ils réclament un État qui protège encore davantage.

Qu'en est-il des partis nés dans les "pays du Club Med" comme Aube Dorée ou le M5S de Beppe Grillo ? Ont-il un réel avenir politique ?

Ces deux exemples sont très différents. Aube Dorée peut être vu comme un parti néofasciste, qui n'hésite pas parfois à emprunter la symbolique nazie. Pour expliquer son succès électoral, il faut bien prendre en compte la situation dans laquelle se trouve la Grèce actuellement. Il y a un refus croissant des conditions imposées par la Troïka au redressement économique public. Ce mécontentement est capté à gauche par deux formations comme Syriza et le Parti communiste mais cette dynamique s'est aussi retrouvé à droite. Bien qu'il n'ait pas été d'un parti d'importance pendant des années il a su profiter du discrédit du Front hellénique, autre formation d'extrême droite qui a été associé aux politiques de rigueur dès qu'il est entré dans le gouvernement. Lorsque l’on entre dans le système, on quitte le politique. En même temps, Aube doré, qui vivait comme un groupuscule quasi-législatif depuis près de vingt ans avec des scores d’à peine 1% des voix, a eu l’intelligence tactique de rentrer dans ce créneau et en a tiré les bénéfices mais on ne sait pas si c’est un phénomène durable.

Le M5S est quant à lui une sorte d'OVNI politique. Il y a beaucoup de débats en Italie sur la nature idéologique et la manière dont il faut le classer. C’est un mouvement qui prône la démocratie directe, l’abolition de tous les privilèges de la "classe dominante" et de la connivence médiatico-politique. En même temps, d'aucuns ont cru voir des liens, des ressemblances avec l’extrême droite traditionnelle qui sont en fait absentes. Il y a des déclarations sur l’immigration, le multiculturalisme, divers points de politique extérieure, notamment l’Iran, qui ont fait que l'on a beaucoup assimilé le M5S à l’extrême droite. La vérité c’est qu’il s’agit d’un parti très hétérogène et que l'on n’est pas certain que Beppe Grillo soit réellement aux commandes. L’associer à l’extrême droite me paraît donc péremptoire.

L'exemple de Beppe Grillo, qui a échoué à imposer sa formation au Parlement en dépit de scores impressionnants (25%), démontre t-il, malgré tout, que les partis populistes sont toujours confrontés au "barrage du pouvoir" ?

Dans le cas particulier de Beppe Grillo, il faut rappeler qu'il a d’abord été confronté au problème de l’exercice de pouvoir au sein de son propre mouvement. Lorsqu’il a fallu voter la confiance, son propre groupe parlementaire était divisé entre ceux qui campaient sur une position résolument anti-système et ceux qui voulaient peser sur les choix gouvernementaux à travers la négociation. La posture de l'opposition devient effectivement problématique une fois que l'on a été porté au pouvoir. On ne gouverne pas contre, on gouverne avec des mesures et des propositions. C’est d'ailleurs bien pour cela que Marine Le Pen dans son discours de Marseille a déclaré que "nous vivons dans un monde complexe". Cela s'interprète comme un message à son électorat, et surtout comme une volonté de légitimer sa position dans l'optique d'une conquête du pouvoir. Il s'agit là d'un phénomène relativement nouveau, et qu'il sera important de suivre.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par carredas - 19/09/2013 - 10:45 - Signaler un abus Populisme

    " La frontière du terme "populiste" est particulièrement floue " écrit M. Camus. Ah...! Donc l'utilisation même du terme apporte plus de flou que d'éclairage.

  • Par Equilibre - 19/09/2013 - 11:17 - Signaler un abus Beaucoup plus simple et plus compliqué

    Le multiKultu est un échec. L'UE et le neuro sont des échecs, à moins de ne pas se souvenir de ces objectifs initiaux. Après, que chaque pays réagisse différemment, cela semble assez naturel; le peuple européen n'existe pas. Preuve en est fait une fois de plus. L'utilisation de mot de novlangue en phobe et iste, rend cet article pas terrible. Au moins le mot populiste se fait un peu étriller. Vous auriez même pu souligner que l'aube dorée est européiste, dans la catégorie des choses pouvant apparaître comme contre nature, au moins vu d'ici. Il est comique de voir Alternative pour l’Allemagne dans ce type d'article. A moins de louper les charges allemandes du conseiller éco de Merckel, qui n'a va pas à la petite cuillère, contre le neuro, la Grèce. etc etc Bref, peut largement mieux faire

  • Par vangog - 19/09/2013 - 11:47 - Signaler un abus Beaucoup de partis modernes prônent la Démocratie directe!

    Sans doute pour s'opposer aux partis archaïques qui ont colonisé les corps intermédiaires à leur profit électoraliste et exclusif... La Démocratie directe, avec le suffrage proportionnel et le pluralisme institutionnel seront les seuls moyens pour l'Europe de sortir de son marasme et de son imprégnation gaucho-écologiste mortifère.

  • Par Ganesha - 19/09/2013 - 12:32 - Signaler un abus Jeu de Paume

    Pour l'auteur de cet article, il y a en tout cas une évidence : ces petits partis, différents des grands, des vrais partis (en France, l'UMP et le PS) représentent de simples nuisances et doivent être combattus par tous les moyens. Pas question d'imaginer un instant qu'ils pourraient présenter des revendications légitimes, qu'au moins certaines de leurs idées pourraient être justes et raisonnables... Et, ils sont tellement différents d'un pays d'Europe à l'autre que mr Camus semble convaincu qu'ils resteront toujours marginaux. Effectivement, une majorité des commentateurs d'Atlantico me paraît bien optimiste, lorsque, sur la base de simples sondage concernant Marine Le Pen en France, ils imaginent déjà voir se rejouer à Bruxelles en Juin 2014 la célèbre scène de 1789 : le Serment du Jeu de Paume ! Ce serait pourtant une merveilleuse surprise : le peuple d'Europe décidant de se mettre enfin debout, de réagir après des décennies d'oppression et présentant au monde un nouveau modèle de société plus équitable et plus fraternel... Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres...

  • Par texarkana - 19/09/2013 - 12:56 - Signaler un abus poudre aux yeux

    çà fait 20 ans que (soi disant ) les partis populistes "montent", depuis le temps, ils devraient avoir pris le pouvoir, or çà n'a pas été (et ce ne sera probablement pas) le cas, mise à part briévement quelques postes de "junior minister" (pour Geert Wilders-en perte de vitesse aujourd'hui, de même que le Vlaams Bolock- ou au Danemark et en Autriche). En Pologne ce sont les libéraux européistes qui sont au pouvoir-exit la droite dure catholique des fréres Krazinski- quant au RU , les derniers sondages montrent une remontée de la gauche...pas de l'UKIP. Les élections en Baviére ont vu le triomphe des conservateurs, les populistes y sont inexistants! Certains jouent vraiment à se faire peur.

  • Par dedroite - 19/09/2013 - 13:31 - Signaler un abus Ha la la la la !

    Ils sont tous pareil ces journaleux. Voter normalement c'est voter Sarkozy, la Droite, le PS..... Si les français votent un autre parti c'est du populisme, c'est un vote sanction, de la rébellion, bientôt ça sera un délit passible d'amende et de prison :-) Je me demande si ce n'est pas les journaleux les endoctrinés du système.

  • Par rolavite - 19/09/2013 - 15:06 - Signaler un abus Mr Jean- Yves Camus...

    Qui est Juif orthodoxe collaborant a la revue Mischpacha...et qui cautionne bien sur le gouvernement démocratique exemplaire d’Israël. Commencez par dénoncez le fascisme sioniste qui menace l'humanité entière SVP. HYPOCRITE !

  • Par Ganesha - 19/09/2013 - 16:02 - Signaler un abus Marine

    Voilà un commentaire peut-être un peu excessif, mais auquel on ne peut s'empêcher de penser en voyant les récentes pantalonnades de mr Fabius : j'espère qu'il ne sera pas censuré, que vous lui laisserez sa liberté d'expression... La seule attitude raisonnable pour les juifs d'Europe serait de se fondre de façon totalement transparente dans la population générale...mais en sont-ils capables ? La Droite européenne actuelle a pour principal bouc émissaire les immigrés... Marine Le Pen est bien trop intelligente pour dire des absurdités pareilles, mais quand on écoute les militants de base, la solution est simple, claire et immédiate : "on mobilise tous les bateaux disponibles en Méditerranée et on renvoie immédiatement tous les immigrés chez eux"... Ces râleurs sans cervelle sont en même temps des anticommunistes primaires, et ils ne réalisent pas que la spéculation financière est la vraie pourriture qui nous détruit... N'en parlons pas trop, cela risquerait de faire perdre des voix à Marine, mais moi, il me semble qu'elle l'a très bien compris !

  • Par Monk - 19/09/2013 - 16:03 - Signaler un abus Anti-fascisme théatral

    Concernant les partis comme le FN : " De toute évidence, on n'est pas en face d'objets qui peuvent être ramenés à la Seconde Guerre mondiale." Et c'est un spécialiste de l'extrème-droite qui le dit. Cela devrait faire réfléchir tous les trolls gauchistes qui sévissent sur ce forum . En mème temps j'ai peu d'espoir qu'ils renonçent à leur argumentation spécieuse sur le retour de la peste brune vu leur obsession-fascination pour le sujet.

  • Par ISABLEUE - 19/09/2013 - 17:21 - Signaler un abus Rolavite

    Israel menace le monde entier... Hé bé !!!! tous les jours sa cargaison de conneries.... Vous ne savez ce que veut dire faciste.... visiblement.

  • Par De France et de plus loin - 19/09/2013 - 21:40 - Signaler un abus Le populisme et l'extrême

    Le populisme et l'extrême droite progressent en période de crise économique ? Voilà une incroyable découverte !

  • Par vangog - 19/09/2013 - 22:32 - Signaler un abus Populisme?

    Ce mot ne veut-il pas dire: "Être élu sur des promesses démagogiques, visant à enfumer le peuple le plus crédule, et ne jamais être en mesure de les respecter ensuite"? Alors, devinette: De Flanby, Sarko et Marine, qui est le plus populiste? Tic-tac, Tic-tac, tic-tac...

  • Par lsga - 20/09/2013 - 14:26 - Signaler un abus Le FN est le parti le moins français

    En fait, le FN de Marine Lepen se contente de réutiliser le modèle prêt à l'emploi conçu par les néo-conservateurs US.   C'est ce même modèle qui est utilisé par tous les autres partis autoritaires européens. Il s'agit en fait d'un cran de sûreté mis en place par l'oligarchie financière : https://www.wsws.org/fr/articles/2013/jui2013/morg-j19.shtml

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l'IRIS, Jean-Yves Camus est un spécialiste reconnu des questions liées aux nationalisme européens et de l'extrême-droite. Il est directeur de l'observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès.

Il a notamment co-publié Les droites extrêmes en Europe (2015, éditions du Seuil).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€