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Il n’y a pas qu’au FBI… ces professions qui n’arrivent pas à recruter des jeunes en raison de leur consommation de drogue

James Cowey est directeur du FBI, et il a récemment fait une déclaration assez surprenante. D'après lui, si le FBI ne parvient plus à recruter, c'est en raison de... la consommation de cannabis des jeunes.

Fumette interdite

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Il n’y a pas qu’au FBI… ces professions qui n’arrivent pas à recruter des jeunes en raison de leur consommation de drogue

Atlantico : Le FBI s'inquiète de ne plus pouvoir dénicher de nouvelles jeunes recrues, leur règlement imposant de ne pas avoir fumé de cannabis les trois années précédant la procédure d'embauche, critère auquel peu de candidats correspondent. Quels sont les métiers qui en France imposent également une "sobriété" et comment sont-ils impactés par la consommation de cannabis des jeunes (les plus gros consommateurs d'Europe) ?

Dan Véléa : Il s’agit en premier lieu de métiers qui impliquent d’avoir sous sa responsabilité des usagers, qui pourraient être victimes d’accidents. Je pense aux pilotes d’avion, aux conducteurs de trains, aux ouvriers qui manipulent des engins de chantier. Certains métiers sont en grande partie fondés sur l’image qu’on donne de soi, il n’est donc pas permis d’arriver sous l’influence de cannabis ou d’alcool. La police, la santé ou les métiers qui impliquent un contact avec les enfants font partie des métiers requérant une certaine exemplarité au niveau de la consommation de stupéfiants.

Dans le cas américain, les critères mentionnés sont aberrants. Le cannabis est une substance dont les effets se dissipent au bout de six heures. Sur la durée, les effets ne sont pas les mêmes que ceux de l’alcool, et dans les discours on en fait la pire des substances. Ces règles relèvent purement du politiquement correct. Même si je ne milite pas pour la légalisation, en l’occurrence on sort du débat intelligent.

Au lieu de cela, je pense que l’éducation et la prévention dans les métiers sensibles est essentielle. Il faut expliquer aux personnes qui, dans le cadre de leur profession, doivent être à 100% de leurs capacités, en quoi le cannabis est dangereux : baisse de la vigilance, des capacités d’attention et de réactivité. On obtient de bien meilleurs résultats ainsi que si on impose des règles arbitraires.

Sans parler d'obligation préalable à l'embauche, quelles sont les professions où la consommation de drogue chez les jeunes les empêche de se stabiliser dans l'emploi et pose de graves problèmes à l'employeur ?

Selon la loi l’usage de substances psychoactives est formellement interdit dans le cadre professionnel. L’employeur est censé le stipuler auprès de ses employés. Et si dans certains métiers des contrôles sont faits, c’est parce qu’ils exigent un fort niveau d’attention. La chose se fait dans une logique de sécurité, et non d’enquête de moralité.

Dans le cas d’une consommation chronique de cannabis, cela peut avoir un effet de désinvestissement, ce que nous appelons le syndrome "amotivationnel". Ramollies, les personnes concernées n’ont plus d’initiative, plus d’attention, et pénalisent donc l’entreprise par leur manque d’efficacité. Ne nous trompons pas, dans toutes les professions ces substances sont consommées. Il n’existe pas un corps de métier plus touché que l’autre. Et à partir du moment où le licenciement est mis dans la balance, c’est aux gens de se soigner.

 
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Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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