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Partition de la Syrie en vue : les Occidentaux contraints de remettre les doigts dans des redécoupages de frontières à hauts risques

A la différence des accords de Sykes-Picot conclus entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la Première Guerre mondiale, la possibilité de dessiner de nouvelles nouvelles frontières en Syrie, dont discutent les membres du Conseil de sécurité, ne relèvent pas d'une "imposition" de l'extérieur mais simplement de la prise en compte d'une partition qui existe déjà dans les faits sur le terrain. Par ailleurs, l'aboutissement de ce projet n'est en rien assuré tant il va se heurter à de nombreuses difficultés.

Le fantôme de Sykes-Picot

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Partition de la Syrie en vue : les Occidentaux contraints de remettre les doigts dans des redécoupages de frontières à hauts risques

Atlantico : Ce lundi 14 mars se tiendra la prochaine session des pourparlers de paix sur la Syrie. En prévision de cette rencontre, les puissances occidentales envisageraient un plan de découpage de la Syrie comme solution à la crise. Une telle décision signerait la fin des frontières héritées de Sykes-Picot. Ces accords conclus entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la Première Guerre Mondiale n’ont jamais vraiment été appliqués. Pourquoi selon vous ? N’y a-t-il pas un risque à laisser une nouvelle fois les puissances occidentales définir l’ordre régional au Moyen-Orient ? 

Alain Rodier : Officiellement, ce sont les Syriens qui doivent décider de leur avenir, en particulier en passant par des élections présidentielle et législatives d'ici 18 mois.

A l'évidence, pour l'instant, elles seraient impossibles à réaliser. On peut douter que la situation dans 18 mois permettra de les organiser correctement. En effet, il est difficile d'imaginer de faire voter les populations de Raqqa et de Deir ez-Zor car elles sont aujourd'hui placées sous le joug de Daech.

Les négociations, qui sont prévues pour durer jusqu'au 24 février (et qui pourraient être prolongées), vont aborder également des points fondamentaux qui nécessitent des réponses immédiates, à savoir : 

- Comment vaincre Daech et le Front Al-Nosra : en gros, qui s'y colle au sol ?

- Faire que le "cessez-le-feu" décrété -même s'il est très relatif- se prolonge indéfiniment

- Organiser le dialogue entre Syriens : ce sera extrêmement compliqué puisqu'il n'existe pas "une" mais "des" oppositions syriennes qui ne sont pas d'accord entre elles

- Permettre à l'aide humanitaire de parvenir aux 870 000 personnes (selon les estimations de l'ONU) encerclées dans six zones différentes que les Nations Unies ne sont pas parvenues à atteindre

Les intérêts des pays "sponsors" du régime et des mouvements rebelles étant divergents, les discussions risquent également d'être rudes à ce niveau qui dépasse largement le cadre syrien. A titre d'exemple, le sort de l'Ukraine et de la Libye se joue peut-être aussi lors de ces négociations qui, à n'en pas douter, n'auront pas lieu qu'à Genève. A savoir que de nombreuses tractations vont se poursuivre en bilatéral entre Washington et Moscou. Mais que valent les propositions du président Obama ? Seront-elles entérinées par son successeur à la Maison Blanche ?

Quel est le découpage envisagé par les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ? Correspond-il à la partition qui existe de fait sur le terrain syrien ?

Globalement, l'idée qui circule est celle de la partition du pays en trois entités. L'une serait située à l'ouest jusqu'à la Méditerranée englobant Damas, Alep, Homs, Hama, Lattaquié, etc... Une deuxième se situerait au nord (le Kurdistan syrien appelé Rojava par les intéressés) mais le problème de la jonction du canton d'Efrin (situé au nord-ouest) à la partie kurde située à l'est de l'Euphrate se pose.

Enfin au centre et à l'est, une sorte de "Sunnistan". Afin de préserver les apparences et la susceptibilité de nombreux pays dont les voisins, cela se ferait sous l'égide d'un fédéralisme assurant une grande autonomie de ces trois "régions". Il est important de souligner que la partition existe déjà dans les faits sur le terrain. Il ne s'agira donc pas d'une création de frontières inventées par les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale (les fameux accords Sykes-Picot) mais d'une reconnaissance par tous de la réalité des choses. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 12/03/2016 - 15:17 - Signaler un abus Vive le Sunnistan Libre !

    Un grand pas en avant ! Ce contributeur régulier se résout finalement à oser exprimer l'évidence… que je rappelais dans chacun de mes commentaires. La création d'un Sunnistan. Etape suivante : reconnaître qu'il n'y a pas actuellement d'autre solution que d'admettre la réalité de l’État Islamique. Les forcer à admettre des élections libres ? Ou, surtout, laisser les sunnites s'organiser entre eux, à leur guise. Immense avantage, lorsqu'on cessera enfin d'intervenir chez eux, ils renonceront immédiatement à venir faire du terrorisme chez nous !

  • Par vangog - 12/03/2016 - 20:31 - Signaler un abus Surtout ne pas créer de Sunnistan!

    Ce serait une erreur fatale, car les Sunnites constituent une mosaïque de clans, du plus radicalisé au plus modéré, irréconciliables et belliqueux. Un Sunnistan serait un foyer de brise, prêt à reprendre feu à tout instant. Laissons Bachar-al-Assad mater ces acrimonieux, si nécessaire avec l'aide des Kurdes que cela réjouira...A l'inverse, les Kurdes sont unis, pour ce qui concerne la Syrie, et totalement méritants d'un Rojava. Et ils ne tarderont pas à s'unir avec les Kurdes d'Irak, dans un second temps. La situation évoluera très vite, lorsque les USA auront construit ou agrandi les deux pistes d'atterrissage du Kurdistan, et lorsqu'ils ne seront plus tributaires du fasciste Erdogan et de la base d'Incirlik. Avec un peu de chance pour le monde, Trump sera Président des USA, et il gérera la situation du Moyen-Orient avec beaucoup moins de mièvrerie pro-musulmane que Clinton-les-dents-longues et le triste Kerry...

  • Par Ganesha - 13/03/2016 - 08:31 - Signaler un abus Vangog

    Cher Vangog, il y a environ 15 millions de sunnites en Syrie, 10 millions en Irak. Les médias essayent de nous faire croire que cette gigantesque population est ''prisonnière'' d'un groupe de 30.000 terroristes : c'est évidemment absurde ! En fait, l’État Islamique correspond à ce que sont actuellement les désirs et les convictions profondes de ces gens (grand bien leur fasse !). Pensez vous vraiment que les bombardements aériens suffiront pour les ramener à la raison ? Il faudrait donc trouver d'autres sunnites pour les libérer : lesquels ? Pensez-vous que des saoudiens ou des turcs feraient ce travail ? Seraient-ils accueillis à Mossoul en libérateurs ? Comme les soldats américains en France en 1945 ? Ou faudra-t-il instituer des cours de dé-radicalisation ?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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