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Parti pirate : la culture numérique a un vrai potentiel politique

Le Parti Pirate a obtenu près de 9% lors des dernières élections du land de Berlin. Phénomène européen né dans les années 2000, ce parti semble séduire un électorat jeune, fatigué des partis politiques traditionnels. La France peut-elle être touchée à son tour ?

Un vent nouveau sur la politique

Publié le 26 septembre 2011
 

Le Parti pirate a le vent en poupe. Lors des récentes élections de la ville-Etat de Berlin, il franchit le seuil des 5%, obtient 8,9% des suffrages exprimés et quinze sièges au parlement du Land, dont la moitié seront occupés par des jeunes de moins de 30 ans... De quoi s’agit-il au juste ? L’expression du folklore politique local, le simple fruit des fluctuations de la statistique électorale, ou bien un événement : la promotion politique d’un courant d’idées en devenir, augurant d’une force politique consistante…

La naissance d'un parti pas comme les autres

Né en Suède en 2006 dans la foulée d’une condamnation par la justice de ce même pays de « Pirate Bay », une société  promouvant le partage des  données, le Piratpartiet Suédois, aujourd’hui troisième force politique en Suède, se veut aux avant-postes d’une série de combats couvrant l’accès gratuit de l’internet, la refonte des droits de propriété intellectuelle, la libre circulation des savoirs scientifiques et culturels, la défense des libertés individuelles, la fin du brevetage dans le domaine pharmaceutique et dans l’industrie du logiciel. En 2009, le Piratpartiet a crée la surprise en faisant son entrée au Parlement européen.

Aujourd’hui, le Parti Pirate suédois compte parmi les siens une quarantaine d’organisations, auto-labellisées Parti Pirate, dont d’ailleurs la mouture française a été reconnue comme parti politique en 2010. Si le corps des revendications des partis pirates tient dans l’approfondissement de la démocratie, la gratuité de l’accès et de la diffusion de la culture au moyen du web, il n’y a pas de corpus idéologique contraint ou clivant : chaque membre de cette sorte d’InterNetionale Pirate cultive sa singularité. Ainsi, le Parti pirate allemand, s’il n’a pas tout à fait le "dress-code" des partis politiques conventionnels, étend sa réflexion tout le long du champ politique, défendant une approche plus directe de la démocratie, avançant des solutions aussi bien sur les questions économiques que sociales, éducatives ou environnementales.

C’est l’entrée par le devant de la scène d’une culture numérique bouillonnante, et la scène est aujourd’hui politique. Loin d’un web réduit à un espace gorgé d’informations et sans réelle portée politique, sa version dite 2.0 aura lesté la toile d’une dynamique plus sociale, et créé peu ou prou, pour ou contre, une façon de vivre-ensemble assez improbable. Ainsi, la mutation du web en un espace social se prolonge naturellement d’une tonalité plus politique dans les échanges dont il est aujourd’hui le support : révolutions arabes, indignés espagnols ou grecs trouvent un espace d’expression et de libération d’énergies suffisamment contrariantes pour que la réponse par la régulation amène les responsables politiques européens à conjurer une difficulté ailleurs insurmontable : se mettre d’accord et parler d’une même voix.

La crise a "boosté" les partis pirates

Ainsi, dans un contexte politique fortement obscurci par la crise, il convient de rapporter l’émergence de ce parti à la protestation d’une jeunesse européenne dont il serait court et périlleux de croire que les motivations s’arrêtent au pied de revendications salariales ou de la demande d’emplois. La pulsion démocratique, les exigences de transparence, le souci d’un pouvoir partagé, parmi les indignés espagnols, grecs ou arabes, sont un marqueur fort d’une contestation qui ne se reconnaît aucune frontière. Plus généralement, c’est une culture nouvelle qui se façonne sous nos yeux, riches de formidables opportunités.

Et pendant ce temps, en France, alors que la société connaît une révolution technologique dont la détonation politique n’est pas encore arrivée à l’entendement de nos mandants, force est de constater que les acteurs publics français sont peu à avoir saisi l’ampleur des mutations qui se jouent. Les récentes déclarations de certains candidats avouant leur inculture numérique laissent songeur, tant cette méconnaissance rend difficile la construction d’un avenir solide pour notre pays. Comment imaginer l’avenir d’une nation lorsque l’on n'en déchiffre pas le présent ?

Le numérique : bien davantage qu'une simple innovation technologique

Par  contraste, la dynamique des débats politiques dans nombre de pays scandinaves ou anglo-saxons, a de quoi commander l’envie tant l’appropriation des potentialités du numérique est rapide : transparence et Open Gouvernance, co-création politique et Open Data, utilisation des Big Data pour décupler les performances de nos système de soins, WikiEconomy, libération du potentiel économique local par la nouvelle génération du web dit 3.0., transformation des approches éducatives et de formation professionnels (e-learning, serious games), annoncent le numérique comme davantage qu’une simple innovation technologique, mais comme un facteur puissant et transversal de réformation de nos sociétés. Ainsi, l’émergence d’un courant politique aussi fort que celui qui s’est construit dans les années 1970 autour d’impératifs écologiques pour se globaliser dans l’idée aujourd’hui largement partagée de la nécessité d’un développement durable, est d’une évidence cristalline, et les succès électoraux des Partis pirates la prémonition.

Au total, alors que jusqu’ici les partis pirates ne faisaient pas plus de bruit que quelques miettes de pourcentages aux différentes élections, le succès allemand donne un souffle tout particulier à ces structures surplombant largement les clivages politiques traditionnels, et ce, dans un contexte politique tout entier à la désaffection des jeunes pour la politique….

 


Commentaires

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  • Par Aurel - 27/09/2011 - 14:43 - Signaler un abus Questions

    La "gratuité" de l'accès au web exige une collectivisation des moyens, sachant qu'il n'existe pas de technologie unique idéale pour tous, et qu'il faut bien payer ces outils variés.
    La suppression des brevets est une proposition excessive. En raccourcir la vie pour en limiter les excès constituerait un premier pas important.
    Pour le reste, je suis assez intéressé par la ligne.

  • Par Ann O'nymous - 26/09/2011 - 10:13 - Signaler un abus Bonne analyse

    Bonne analyse dans l'ensemble. Deux bémols:
    - "les indignés espagnols, grecs ou arabes" constitue, à mon avis, un amalgame un peu rapide, notamment quant au troisième groupe cité.
    - les liens entre le parti pirate et les indignés restent à clarifier, s'ils existent.

Mehdi Benchoufi

Mehdi Benchoufi est Président du Club Jade, un think tank qui s'emploie à la recherche et à l'élaboration d'idées innovantes sur l'ensemble les thématiques de l'action publique.

 

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