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La paresse belge coupable des attentats du 22 mars?

Si l’on peut reprocher aux Français une véritable arrogance, la paresse est le principal défaut des Belges, qui adorent s’imaginer que leur manque d’ambition et leur satisfaction facile les mettent à l’abri de toute critique. Le 22 mars, leur paresse naturelle et leur suffisance leur ont joué un bien vilain tour. On en trouvera ci-dessous le récit.

On se demande...

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La paresse belge coupable des attentats du 22 mars?

Comment la paresse de la justice belge a laissé filer un kamikaze

On lira avec intérêt ce récit donné par la presse belge concernant l’un des kamikazes de l’aéroport de Zaventem:

Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro de Bruxelles, avait été condamné à 5 ans de prison pour vol avec violence en 2011.

Il avait bénéficié d’une libération conditionnelle en décembre 2013. Cette libération conditionnelle avait été révoquée par défaut par le Tribunal d’Application des Peines (TAP) de Mons le 18 février dernier, a indiqué le procureur du Roi de Mons, confirmant une information de plusieurs médias. El Bakraoui était aux abonnés absents depuis octobre 2015.

Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro de Bruxelles, avait disparu des radars de la justice à la fin octobre 2015, alors qu’il était en liberté conditionnelle à la suite d’une condamnation en 2011 pour des faits de vols avec violences commis en 2009. Le procureur du Roi de Mons, Christian Henry, a précisé que les faits de vol avaient été commis à plusieurs et avec des armes, notamment des Kalachnikov.

El Bakraoui avait été libéré sous conditions le 19 décembre 2013 après avoir pu bénéficier, depuis le mois de mars 2013, d’une détention sous surveillance électronique. Le procureur du Roi de Mons a souligné que l’individu avait ensuite été contrôlé par deux policiers le 13 mai 2015 après avoir commis une infraction de roulage dans un sens interdit à Bruxelles alors qu’il conduisait une voiture de marque Skoda. Après vérifications, il s’est révélé qu’il ne respectait pas une des huit conditions de sa liberté, à savoir de ne pas entrer en contact avec un détenu, un ex-détenu ou un complice. Or, le passager de la voiture était un ex-détenu qui avait été condamné pour vol avec violence deux ans auparavant.

Le dossier, géré par le Tribunal d’Application des Peines de Mons, avait été transmis au parquet de Mons qui avait alors demandé la révocation de sa liberté conditionnelle pour non-respect de certaines conditions de liberté. Selon le procureur du Roi de Mons, le Tribunal a toutefois estimé que la seule incartade de l’individu avait été de ne pas respecter une des conditions de sa liberté et que, par ailleurs, sa réinsertion professionnelle se passait correctement. L’intéressé était en effet fidèle aux rendez-vous de l’assistant de justice et revendiquait, selon certains médias, un travail le soir dans l’Horeca.

El Bakraoui n’a toutefois plus donné de nouvelles à son assistant de justice à partir du 22 octobre 2015. Une nouvelle demande de révocation de sa liberté conditionnelle a alors été réintroduite par le parquet de Mons le 22 décembre dernier. L’individu devait répondre à la convocation du Tribunal d’Application des Peines de Mons le 28 janvier, ce qu’il n’a pas fait. Sa liberté conditionnelle a donc été révoquée par défaut et El Bakraoui a été signalé en Belgique et dans la zone Schengen afin de le réincarcérer. Il n’a jamais plus été contrôlé depuis lors par la police, avant de réapparaître le 22 mars en kamikaze du métro de Bruxelles.

Comment la paresse des espions belges a laissé filer le même kamikaze

S’agissant du même El Bakraoui, l’espion belge en poste à Ankara a manifestement laissé filer le bonhomme, alors que les renseignements turcs avaient signalé le cas:

Ibrahim El Bakraoui, l’un des kamikazes de l’attentat de l’aéroport de Zaventem, a été arrêté le 11 juin 2015 à Gaziantep, ville du sud de la Turquie, située à 15 kilomètres de la frontière syrienne. Le 29 juin, l’officier de liaison est mis au parfum par la police nationale turque. Trois jours plus tard, le 29 juin, l’officier de liaison communique cette information à la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée (DJSOC) de la police fédérale et celle-ci renvoie des éléments du passé judiciaire de l’intéressé à l’officier de liaison. Elle demande à l’officier de liaison des informations complémentaires concernant l’arrestation d’Ibrahim El Bakraoui.

Le 14 juillet 2015, la Turquie envoie à 10h14 une note verbale à l’ambassade belge selon laquelle Ibrahim El Bakraoui sera expulsé à 10h40 pour les Pays-Bas. A 16h00, l’ambassade prévient l’officier de liaison. L’intitulé de la note ne permet pas de déduire le caractère urgent de son contenu. Elle ne contenait pas de motif et n’appelait à aucun action.

Le 15 juillet, l’officier de liaison apprend à une réunion avec la police turque qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme. L’officier de liaison est invité par la police turque à faire parvenir une demande écrite s’il souhaite plus de détails. L’assistante de l’officier de liaison communique à 10h38 à l’ambassade belge qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté à Gaziantep. A 10h50, l’officier de liaison belge informe son homologue néerlandais.

Entre le 29 juin et le 20 juillet, il n’y a plus de communication entre l’officier de liaison et la DJSOC. Ce n’est que le 20 juillet à 10h28 que l’officier de liaison informe la DJSOC de ce que Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme et qu’il a été refoulé vers les Pays-Bas sur un vol du 14 juillet. Il dit attendre des informations complémentaires de la Turquie. L’officier de liaison demande officiellement ces renseignements à 11h25 à la police turque par courriel.

Il y aura ensuite encore quatre réunions entre l’officier de liaison et les autorités turques, les 28 juillet, 20 novembre, 8 décembre et 14 février mais le cas Ibrahim El Bakraoui n’y est plus évoqué.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 26/03/2016 - 14:00 - Signaler un abus Condamné à cinq ans, il en a effectué...deux!

    en mars 2013, muni de son bracelet électronique, il a pu recommencer à se procurer des armes, des explosifs, l'argent des braquages etc...à mon avis, ce ne sont pas les radars de la justice qui fonctionnent mal, mais son idéologie gauchiste, pleurnicharde et angélique...trop de femmes? ouah! ouah! lorsque les hommes formaient le gros des bataillons de la Justice (et de l'éducation), dans les pays francophones, celles-ci fonctionnaient bien, et les peines étaient accomplies quasi in extenso. Alors! un petit questionnement sur la médiocrité de la Justice, depuis sa féminisation? ouah! ouah!...

  • Par Camtom - 26/03/2016 - 16:30 - Signaler un abus Excellent résumé du grand n

    Excellent résumé du grand n'importe quoi judiciaire-policier-politique d' un pays qui ne ressemble à rien! La dernière phrase résume tout!

  • Par adroitetoutemaintenant - 26/03/2016 - 17:05 - Signaler un abus Le monde des fonctionnaires incompétents (pléonasme)

    Et tout ce petit monde a des portables payés par leur service. Mais au lieu d’appeler leurs responsables ils passent plus de temps à organiser leur prochaine partie de pêche entre deux parties de jambes en l’air.

  • Par Ganesha - 28/03/2016 - 08:41 - Signaler un abus Confusion

    Mr Verhaeghe ''s’emmêle un peu les pinceaux'' ! Son deuxième chapitre commence par : 'S’agissant du même El Bakraoui ''. Non, Khalid était en liberté conditionnelle, tandis qu'Ibrahim faisait du tourisme en Turquie.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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