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Parents à temps plein : faut-il vraiment considérer l'éducation des enfants comme un métier à part entière ?

Le gouvernement allemand donne une compensation financière aux parents qui gardent leurs enfants de moins de trois ans à la maison : 100 euros par mois et par enfant. Etre parent est-il en train de devenir un métier comme un autre ?

Moi dans la vie je suis papa

Publié le 3 août 2013
 
Rémunérer les parents au foyer peut-il être une bonne chose ?

Rémunérer les parents au foyer peut-il être une bonne chose ? Crédit Reuters

Atlantico : Une "prime au fourneau" de 100€/mois et par enfant de moins de trois ans, versée aux parents allemands qui restent à la maison pour s'occuper de leur progéniture, est entrée en vigueur le 1er août et suscite un vif débat en Allemagne. Rémunérer les parents au foyer peut-il être une bonne chose ? A quelles conditions ? Et avec quels effets pervers ?

Laurent Ott : Les plus grandes difficultés qui menacent les enfants européens aujourd'hui hui sont liées au risque de partager la pauvreté et la précarité de leurs parents. Toutes les mesures qui tendent à renforcer le repli familial accroissent les dangers d’isolement, de relégation, de négligence et tout simplement et banalement d’ennui et de malheur. Une fois de plus la vielle Europe rêve du mythe de la famille bourgeoise, bienveillante et morale. C’est oublier la réalité sociale de notre époque. Par ailleurs, le titre même de cette prime fleure le sexisme, et l’archaïsme.

Eric Deschavanne : On peut en effet s'interroger sur le sens d'une telle mesure, dont la raison d'être est sans doute exclusivement politicienne. Le problème que la politique familiale s'efforce de résoudre en Allemagne est celui de la crise du modèle traditionnel de la femme au foyer, qui constitue la principale cause du déficit démographique du pays : de manière un peu abrupte, on peut considérer que les femmes allemandes sont contraintes de choisir entre le travail et la vie de famille, entre l'indépendance économique et la maternité ; or, confrontées à ce dilemme, elles ont choisi de différer le moment de la maternité et de faire moins d'enfants. Les responsables politiques en ont conscience. L'Allemagne investit dans la construction de crêches afin de s'adapter mouvement historique qui, en occident, érige le couple biactif en norme dominante.

Dans cette perspective, la "prime au fourneau" apparaît comme un contre-sens. Il s'agit probablement pour Angela Merkel de donner satisfaction à la fraction la plus conservatrice de son électorat. La mesure s'accompagne toutefois d'une autre, qui va dans le sens contraire : la création d'un "droit opposable" d'inscrire son enfant en crèche. Tout cela paraît brouillon et électoraliste : il s'agit mesures symboliques et dérisoires qui ne changent rien à la réalité.

Quelles peuvent être les motivations des pouvoirs publics dans une telle décision ?

Laurent Ott  : Malheureusement les pouvoirs publics en Europe tendent à se désengager  de l'éducation et des politiques de l'enfance. Le but est de renvoyer les responsabilités vers la sphère privée pour faire des économies publiques. Le résultat en sera, et en est déjà, d’accroître les fossés sociaux, la ségrégation et le communautarisme.

Les enfants élevés exclusivement par leurs parents les trois premières années de leur vie s'en sortent-ils mieux que les autres ? Où en est l'état des connaissances sur le sujet ?

Laurent Ott  : Il règne toujours autour de la pensée du jeune enfant une vielle idéologie maternaliste qui tend à culpabiliser les femmes pour leurs activités. Dans la réalité on sait qu’un enfant a besoin de repères affectifs et sociaux mais que des professionnels bien formés sont tout à fait à même de leur fournir dans de bonnes conditions, et parfois même mieux "qu'à la maison".

Eric Deschavanne : Une politique familiale moderne devrait avoir pour ambition de travailler à harmoniser la vie familiale et la vie professionnelle. Cela, afin de répondre aux aspirations des adultes, qui forment désormais le plus souvent des couples biactifs, mais aussi de servir l'intérêt de l'enfant. Le rôle des parents durant les premières années de la vie est déterminant, notamment pour la réussite scolaire future de l'enfant ; le facteur familial est ainsi la cause du caractère irréductible de l'inégalité scolaire. Statistiquement, le facteur le plus déterminant est le niveau de diplôme de la mère. Ce qui signifie que l'apport des parents est à la fois quantitatif (les mères consacrent à l'enfant plus de temps que les pères) et qualitatif (le niveau d'éducation fait la différence). Il s'en déduit sur le plan politique une double exigence qui n'est contradictoire qu'en apparence : il faut à la fois permettre aux parents de consacrer du temps à leurs enfants et "socialiser" davantage la prise en charge des enfants afin de réduire les inégalités. La conciliation de ces deux exigences est possible si l'on perçoit que l'important n'est pas la quantité mais la qualité du temp consacré à l'enfant.

Par ailleurs, sujet essentiel, il faut distinguer les âges de la petite enfance. L'état des connaissance (qui recoupe en l'occurrence le sens commun) fait apparaître que la présence de la mère est effectivement préférable durant la première année de la vie - je crains fort pour les féministes que cette part d'assymétrie des rôles soit irréductible à la liquidation de tous les stéréotypes ! Cela fait de la question du congé parental (notamment de sa longueur) un enjeu important. A partir de la deuxième année, la socialisation peut être bénéfique à l'enfant. Cela dépend toutefois beaucoup du milieu familial : évoluer jusqu'à son troisième anniversaire au contact d'une mère dévouée et cultivée ne constitue évidemment pas un handicap, bien au contraire.

 


Commentaires

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  • Par Jean-Pierre - 04/08/2013 - 07:49 - Signaler un abus En France ausssi...

    .
    ... nous avons le congé parental rémunéré - le terme exact serait plutôt "allocaté", et toute une batterie de minima sociaux pour les gens qui ne travaillent pas ou ont de faibles revenus et des charges de famille !
    .
    La différence entre la France et l'Allemagne, c'est que l'Allemagne, elle, a les moyens de sa politique. Familiale, notamment !
    .

  • Par mich2pains - 03/08/2013 - 18:15 - Signaler un abus Ne dites jamais cela aux Socialos .....

    ILS seraient capables d'offrir un salaire mensuel à TOUS les parents du monde (.....) qui viendraient s'installer en France !
    Bonjour VOS impôts !

  • Par GOGO - 03/08/2013 - 16:38 - Signaler un abus Métier très difficile Et il devrait être enseigné a l'école

    car rien ne prédispose a bien élever sa progéniture ,qui n'as pas commis d'erreur en matière d'éducation ,qui n'as pas mal fait en croyant bien faire

  • Par gliocyte - 03/08/2013 - 16:03 - Signaler un abus Scandaleux

    Ceux sont des philosophes qui sont interrogés mais non des pédo psychologues, bin voyons. De toute façon, plus vous confierez tôt vos enfants à la collectivité, plus vous aurez de chances d'en faire de bons citoyens socialo formatés. C'est le but, non?
    Au nom de l'égalité, il est indécent de déclarer qu'on peut être heureux au foyer car les hommes n'ont pas accès à ce bonheur. Mais jusqu'où vont-ils aller, ces philosophes de pacotille?
    Extraordinaire aussi ce jugement: "Le chemin actuel de renvoi des enfants chez eux favorise la précarité et la maltraitance".
    De quels parents parlent-ils? De ceux qui ont recours aux "allocations braguette" et qui n'ont rien à faire de leur progéniture?
    Il est indécent d'associer pauvreté et maltraitance, de même qu'il est scandaleux d'associer pauvreté et délinquance, comme cela est systématiquement fait quand il est question de criminalité. Stop à ces discours frelatés, pervertis par l'idéologie dominante.
    Et l'enfant là dedans? Totalement occulté comme d'habitude.

  • Par Karamba - 03/08/2013 - 11:53 - Signaler un abus Ca continue

    Après les ventres à louer de l'ignoble Bergé, voici venir le métier de parent. Des interrogations typiques de la mouvance socialiste qui se plait à dynamiter la famille. Donc non, être parent est un processus naturel, ce n'est pas un job. Ca ne demande pas tant des compétences que des dispositions d'adultes, une structure familiale équilibrée et aussi un revenu stable. Il faut avant tout être responsable par exemple et ça ne s'apprend pas en formation, on le devient. Mais les socialos vont nous sortir la méthode devenir parent pour tous.

  • Par pemmore - 03/08/2013 - 11:49 - Signaler un abus Avoir été élevé à la maison ou par une multitude de nounous,

    ne change rien à la réussite scolaire ou à un bon emploi, mais du point de vue personnel, c'est le total manque de repères affectifs, l'incapacité de relations fiables avec leur conjoint d'ou de multiples divorces.
    Mais ça ne gêne pas l'économie.

  • Par Glop Glop - 03/08/2013 - 10:41 - Signaler un abus En Allemagne...

    ... exactement comme si cette décision arrivait en France, on sait parfaitement qui sont les majoritaires à toucher encore quelques liasses par l'état grâce aux contribuables qui en ont ras le bol.

Eric Deschavanne - Laurent Ott

Eric Deschavanne est professeur de philosophie. A 48 ans, il anime depuis quinze ans à la Sorbonne, avec Pierre-Henri Tavoillot, le Collège de philosophie. Il a été, après un passage comme chargé de mission auprès du Ministre de l’Education nationale Luc Ferry, l’un des rapporteurs de la Commission présidé par Claude Thélot qui organisa le grand débat national sur l’avenir de l’Ecole en 2003-2004.

Laurent Ott est docteur en philosophie, il travail sur la pédagogie sociale et les questions de parentalité. Il est également l'auteur de "Etre parent, c'est pas un métier".

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