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Paradoxe économique : quand l'innovation détruit les emplois sans en recréer

Le système d'innovation que nous connaissons arrive à bout de souffle. Voici les solutions imaginées par l'économiste américain Clayton Christensen pour nous sortir de cette spirale négative.

Faux semblant

Publié le - Mis à jour le 4 Janvier 2013
Paradoxe économique : quand l'innovation détruit les emplois sans en recréer

Le système d'innovation que nous connaissons arrive à bout de souffle selon Clayton Christensen, spécialiste mondial de l'innovation.

Dans un éditorial publié sur le site Internet du New York Times le 3 novembre dernier, Clayton Christensen, spécialiste mondial de l’innovation et professeur à Harvard, explique pourquoi le système d’innovation américain ne marche plus et contribue au ralentissement de l'économie.

L'auteur du "Dilemme de l'innovateur" (Harper, 1997) distingue trois types différents d'innovation qui guident l'économie et les choix des entrepreneurs :

  • Les innovations transformationnelles (empowering innovations), qui transforment des produits compliqués, coûteux et accessibles à peu de gens en produits simples, abordables et disponibles au plus grand nombre (comme le modèle T de Ford ou le poste radio de Sony). Les innovations transformationnelles créent de l'emploi car elles nécessitent de plus en plus de personnes pour assembler, distribuer et vendre ces produits.


  • Les innovations de continuité (sustaining innovations), dans lesquelles des produits vieillissants sont remplacés par de nouveaux modèles (comme la Prius hybride de Toyota qui remplace le vieux modèle Camry). Ce type d'innovation crée peu d'emplois et possède un effet plutôt neutre sur l'activité économique.

 

  • Les innovations d’efficience (efficiency innovations), qui réduisent le coût de la production et de la distribution des produits et services existants (les "minimills" dans la production d'acier et les assurances en ligne Geico).

 

Traditionnellement, les industries ont toujours alterné entre ces trois différents types d'innovation. Les innovations transformationnelles (ou révolutionnaires) sont essentielles pour la croissance car elles créent une nouvelle forme de consommation. Tant que les innovations transformationnelles créent plus d'emplois que n'en détruisent les innovations de continuité, et tant que le capital que les innovations d’efficience libèrent est réinvesti dans les innovations transformationnelles, nous évitons la récession.

Pour Clayton Christensen, le problème de l'économie américaine réside dans le fait qu’au lieu de passer successivement par ces trois phases, les entreprises restent bloquées sur les innovations d’efficience. Si ces dernières libèrent des capitaux, il n’y a cependant pas suffisamment d’énergie et de ressources réservées aux innovations transformationnelles, qui ont la capacité de générer de nouvelles richesses et opportunités sur les segments mal desservis ou non desservis des marchés.

Les responsables et dirigeants d’entreprise sont trop focalisés sur la quête d’efficience et d’économies, et passent à côté de formidables opportunités d’accroître leurs richesses en créant de nouveaux marchés.

Les conséquences de ce phénomène se ressentent dans la faible croissance économique. "Les innovations d’efficience poussent souvent les travailleurs dotés de compétences devenues obsolètes à grossir les rangs des chômeurs", précise le professeur de management. "Les innovations transformationnelles, quant à elles, changent souvent la nature des emplois, créant des postes qui ne peuvent pas être pourvus", ajoute-t-il.

Clayton Christensen désigne deux responsables : les dirigeants qui décident des politiques fiscales et monétaires et le système éducatif qui privilégie l’innovation d’efficience à l’innovation transformationnelle.

Il énonce trois moyens de développer davantage l’innovation transformationnelle au profit des deux autres :

Changement des systèmes de mesures : nous pouvons utiliser notre capital maintenant car il est important et peu coûteux. Mais nous ne pouvons plus gaspiller l'éducation en la dirigeant vers des secteurs qui offrent que très peu d'emplois. "L’optimisation du rendement du capital générera moins de croissance que l’optimisation du rendement de l’éducation", précise le professeur.

Changement des taux d’imposition sur les gains du capital : plus un investissement est maintenu longtemps, plus le taux devrait être réduit, afin d’encourager l’investissement à long terme et de casser la spirale court-termiste qui menace l'emploi et la croissance.

Changement de politique : plutôt que de taxer les riches plus durement, nous devons leur offrir des bonnes raisons de réaliser des investissements à long terme et ainsi créer de la croissance.

Atlantico a interrogé Frédéric Fréryprofesseur à ESCP Europe et membre de l'équipe académique de l'Institut pour l'innovation et la compétitivité I7.

 
Commentaires

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  • Par marc auréle - 02/01/2013 - 10:17 - Signaler un abus Douteux

    Douteux : si une innovation dite d'efficience baisse le cout , elle ouvre la porte a la baisse du prix , donc à l'augmentation du volume vendu , donc produit , ce qui fait que l'emploi total ne baisse pas forcément .. a mon sens , le probléme actuel est plutôt que les baisses de cout ne se transmettent que mal en baisses de prix : elles sont plutot captées par la chaïne des intermédiaires . Les volumes n'augmentent donc pas forcémnt , et l'emploi morfle

  • Par totor101 - 02/01/2013 - 11:19 - Signaler un abus marchés !

    créer de nouveaux marchés cela demande de l'investissement et surtout du temps : quelques années ! la finance vit dans le court terme : l'échéance du 10 du mois ..... donc elle zappe! . d'accord avec marc aurèle

  • Par Ravidelacreche - 02/01/2013 - 11:44 - Signaler un abus Quoi de neuf Dr ? Lyon 1831

    les ouvriers du textile brisent les nouvelles machines à tisser, à l'image de celle inventée par Jacquard ; car ces machines les concurrencent et les privent de leur gagne-pain. Si, contrairement à une idée répandue, les Canuts ne s'en prirent pas spécifiquement aux machines – ils revendiquaient surtout un salaire garanti face à des négociants qui répercutaient toujours les fluctuations du marché à la baisse

  • Par Benvoyons - 02/01/2013 - 22:10 - Signaler un abus l'économiste américain Clayton Christensen: Il a trop bu de

    Whisky américain à base de maïs transgénique. Pour faire fonctionner son système il faut ouvrir d'urgence Marx et à l'échelle du monde et donc plus de concurrences et un max de pauvres exploités. Finalement les USA devrait élire Castro comme Président il va leur mettre en place, une chance il n'est pas encore mort.

  • Par Balyre - 03/01/2013 - 00:14 - Signaler un abus Il connaît pas Kondratiev, Christensen ?

    Les évolutions transformationnelles sont rares et arrivent généralement par grappes, si l'on suit Kondratiev et Schumpeter. Depuis vingt ans, ce furent les télécommunications : Internet, téléphonie mobile, GPS... Aujourd'hui, on voit la prochaine grappe en train de s'imposer avec la robotique : impression 3D, voitures sans pilotes, exosquelettes et méchas. Dans vingt ans tout le monde roulera en voiture sans pilote, imprimera ses ustensiles quotidiens chez lui, les chantiers seront envahis d'énormes méchas et d'essaims de drones ouvriers.

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