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Pacte de responsabilité : la mesure phare du quinquennat Hollande fait pschiit

Lancée par François Hollande début 2014, le pacte de responsabilité était censé relancer l’économie. Alors que les syndicats, le Medef et le gouvernement sont aujourd'hui en désaccord sur le nombre de branches qui ont adopté ce pacte, ce dernier semble être un véritable échec, incapable de retenir l’investissement en France ni de créer les 200 000 emplois promis…

Bilan

Publié le - Mis à jour le 19 Février 2016
Pacte de responsabilité : la mesure phare du quinquennat Hollande fait pschiit

Atlantico : L'amélioration constatée des marges des entreprises est-elle réellement due au pacte de responsabilité ? D'autres facteurs, comme la baisse du prix du pétrole, n'ont-ils pas eu un impact plus important ? 

Jean-Yves Archer : Tant le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) que le pacte de responsabilité donnent lieu à des discussions infinies entre analystes qui ne s'accordent pas sur leurs impacts respectifs ou cumulés. Clairement, les deux mesures ont redonné de l'oxygène aux entreprises. Comme l'a montré une étude du cabinet BIPE (Métallurgie 2025), on doit distinguer en premier lieu les entreprises qui ont recouru au pacte comme une mesure d'urgence : rétablissement de la trésorerie, amoindrissement de l'affacturage, meilleure digestion des sempiternels délais de paiement (crédit interentreprises), etc. Puis, il y a une série de firmes qui ont utilisé de manière très différente cette manne publique qui venait, rappelons-le, après un matraquage fiscal du duo Ayrault-Moscovici.

Certaines ont augmenté les salaires (source OFCE ) et d'autres ont développé ponctuellement l'emploi.

La cible recherchée par le Gouvernement n'a été que très partiellement acquise et surtout, les calculs économétriques sont brouillés par l'impact puissant de la baisse du pétrole qui – schématiquement – pèse pour plus de deux CICE sur l'économie française, comme l'a démontré une étude de Rexecode.

Sans cet effet d'aubaine de la baisse du brent, le pacte de responsabilité serait resté une mesure de faible envergure, tant la confiance des agents économiques a été altérée par la politique fiscale pro-cyclique du début du quinquennat, qui mérite déjà un jugement sévère de l'histoire économique.

Dans ce contexte, comment évaluer l'impact réel de cette mesure gouvernementale, annoncée pour un montant total de 41 milliards d'euros ?

La mesure est effectivement annoncée pour 41 milliards d'euros d'ici à 2017, mais ce chiffrage est unilatéral et de source publique. Est-on vraiment à ce niveau si l'on songe au reflux du CICE entre les chiffres escomptés et les réalités remontées du terrain ? Seule la Cour des comptes pourra nous le dire dans quelques années. Pour ma part, je considère que si 41 milliards avaient été injectés dans l'économie, du fait du multiplicateur keynésien, on aurait vu plus d'effets positifs. Je demeure donc prudent sur un chiffre lancé en l'air davantage qu'étayé.

Un point est troublant : le pacte de responsabilité a eu très peu d'impact sur l'investissement. D'abord, par son volume incertain pré-décrit et inégal selon les branches signataires. D'autre part, parce que la visibilité des carnets de commande est encore imparfaite et ne déclenche pas la propension à investir. L'actuelle faiblesse de l'investissement a précisément fait écrire au nouveau chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld, que : "l’anticipation d’une faible croissance potentielle elle-même pèse sur la demande globale, ce qui freine davantage l’investissement : c’est un cercle vicieux" (novembre dernier).

C'est bien ce que traduit l'actuelle crise financière qui risque de relancer les tensions déflationnistes par-delà les politiques non-conventionnelles des Banques centrales. Or, dans toute politique de l'offre (puisque telle est la nature du pacte de responsabilité), l'investissement est une pierre angulaire de la réussite de l'expérience.

France-Stratégie (ex-Commissariat au Plan) n'a pas su évaluer l'impact du pacte sur l'investissement stricto sensu, tandis que des retours d'expérience des chambres de commerce attestent que des entreprises ont "profité" du pacte pour élargir leurs politiques de dividendes et surtout leurs politiques d'IDE (Investissements directs à l'étranger).

En clair, le dispositif public a tellement été bordé de manière baroque qu'il a permis que l'argent du contribuable finisse dans des opérations de croissance externe transnationale. Stupéfiant.

 
Commentaires

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  • Par Mike Desmots - 16/02/2016 - 08:00 - Signaler un abus Le titre de ce pacte était quelque peu bluffant ....

    il faut être un dogmatique du 19ème siècle , pour inventer un titre aussi novlangue socialiste ....,cela rappel une autre invention bluffante , de Normal 1er, ..le ministère du redressement productif ...(rien que ca) ,qui n'a jamais rien redresser ni produit ... et dont le bilan est remisé à Bercy , même que l'on se sait pas combien à couté ce bluff à nos impôts...faut dire pour faire simple , que l'erreur stratégique globale ,c'est de vouloir mettre en place de l'économie dirigée Made In Socialiste ..au détriment de l'économie réelle ,d'ailleurs, tous les jours ce simple constat est validé...maintenant...rest à savoir le montant de l'ardoise que les socialistes vont laissé au français....

  • Par Anguerrand - 16/02/2016 - 09:11 - Signaler un abus Pas de chance notre presigland

    Tout ce qu'il fait se casse la gueule, le sommet etant le remaniement où il n'a trouvé que les brêles à ajouter aux bras cassés existants. Il vient de perdre 9% dans les sondages, que c'est triste....

  • Par Ganesha - 16/02/2016 - 09:56 - Signaler un abus Vengeance Divine

    Comme d'habitude, une petite citation : bas de la page 1 : ''des retours d'expérience des chambres de commerce attestent que des entreprises ont "profité" du pacte pour élargir leurs politiques de dividendes et surtout leurs politiques d'IDE (Investissements directs à l'étranger)''. En langage clair, pour ceux qui n'auraient vraiment pas compris : ces milliards ont atterri directement dans les poche des actionnaires et ils sont partis à l'étranger ! En langage biblique, cela s'appelle du ''Vol'', et cela Dieu le réprouve, le condamne, le punit … En Israël on vient de réellement mettre en prison un ancien premier ministre pour un pot de vin de 14.000 euros. Pierre Gattaz, le grand copain de Valls, a volé 41 milliards et il se pavane ! Par temps d'orage, il devrait cependant prendre garde à la foudre (divine)...

  • Par Lafayette 68 - 16/02/2016 - 10:02 - Signaler un abus Que dire !

    Comme Anguerrand, oui "que c'est triste" : s'il avait un peu (c'est déjà trop) de capacité à se remettre en cause et à voir le réel , il partirait sur le champ.

  • Par vangog - 16/02/2016 - 11:09 - Signaler un abus Liste non exhaustive des échecs du quinquennat...

    Terrorisme, corruption et scandales d'état, Renégociation européenne, CICE, choc de simplification (devenu cause de complication), COP21, courbe du chômage et de la dette, impôts,'..et il reste encore un an, les gauchistes peuvent faire mieux encore...

  • Par Mike Desmots - 16/02/2016 - 12:27 - Signaler un abus @vangog, je rajouterais en toute modestie ...

    Le scandale d'Anne Lauvergeon ,Areva ,(ex- conseillère de Mitterrand)qui a fait perdre a ce groupe industriel des milliards d'EUR...(à ma connaissance pas d'enquête en cours ) et la cerise sur le gâteau socialiste une dette d'état de 2 146 Milliards à ce jour ...Dés maintenant la question finale ...est : Combien va t'être le montant de l'ardoise ...que les socialistes vont laisser aux français...?

  • Par Fran6 - 16/02/2016 - 13:14 - Signaler un abus il me font...

    ... rire avec leur CICE, j'ai été matraqué par le RSI l'an dernier avec aucun soutien gouvernemental que le laisser faire, je suis passé d'une entreprise qui tournait formidablement à une entreprise moribonde avec une impossibilité d'augmenter mes prix vu la concurrence viciée des détachés et co.... le CICE, c'est pour les gros, j'attend juste la révolution maintenant... si si, j'y crois, lire ce livre:Georges Lefebvre, « La Grande Peur de 1789 »

  • Par Ganesha - 16/02/2016 - 19:49 - Signaler un abus Le Capitalisme, c'est le vol et l'exploitation du peuple !

    Ce qui est amusant, c'est qu'on vous explique que le patronat, principalement des grands groupes de l'industrie privée, les vrais dirigeants des vraies entreprises (!) ont volé 41 milliards à l'Etat, donc à l'ensemble des contribuables français… Et il y a des pépères qui viennent ici nous dire que voilà, c'est encore une preuve évidente que le dirigisme et le socialisme cela ne marche pas ! Gattaz a volé 41 milliards, il n'a pas créé un seul du million d'emplois promis, mais le vilain, le méchant, c'est Hollande ! Notre président est un crétin, mais, en fait, la situation actuelle nous montre une fois de plus que le Capitalisme, c'est le vol et l'exploitation du peuple ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! En 1789, on aurait pendu Gattaz à une lanterne, on l'aurait guillotiné et on aurait promené sa tête au bout d'une pique ! En 2016, je lui souhaite un exil tranquille en République Dominicaine !

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économiques Archer 58 research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'E.N.A, promotion de 1985, et est titulaire d'un doctorat en Economie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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