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Ouvrez les oreilles, la musique peut désormais vous soigner

Suite à de multiples études aux Etats-Unis, en Allemagne, en Finlande ou en France, les effets thérapeutiques de la musique ont été avérés. Il ne s'agit plus d'écouter un peu de musique pour être de meilleure humeur, mais de l'utiliser à des fins médicales dans le cadre de traitements à long terme.

Drogue douce

Publié le - Mis à jour le 12 Juin 2015
Ouvrez les oreilles, la musique peut désormais vous soigner

On accorde à la musique de nombreux effets thérapeutique. Crédit Reuters

Atlantico : On accorde à la musique de nombreux effets thérapeutiques. Quels sont ceux qui sont scientifiquement avérés ? Quelles études les appuient ?

Hervé Platel : On sait qu'écouter de la musique a à la fois un effet relaxant tout en ayant un impact sur la douleur. De nombreuses études ont pu montrer que la musique était très efficace dans la diminution du stress, de l'anxiété (on a par exemple mesuré le taux de cortisol -hormone responsable du stress-  dans la salive d'individus, qui est considérablement plus bas suite à des séances de musicothérapies), de la dépression tout en permettant d'améliorer la vitalité des patients atteints d'Alzheimer. Ainsi, les patients Alzheimer en début de pathologie y sont très réceptifs et on observe à terme une baisse de l'anxiété, des troubles comportementaux...  En France, on peut citer notamment une étude menée par Stephane Guétin (musicologue et psychologue clinicien) en 2010. 

Pour ce qui est du traitement du stress, de la douleur, de l'anxiété… la musique peut être associée à d'autres techniques de relaxation telles que la sophrologie par exemple.

D'autre part, il est indéniable que la musique permet d'augmenter la sécrétion de dopamine, hormone "du bonheur".  Celle-ci est particulièrement stimulée par l'écoute de musique ! Lorsque l'on regarde le cerveau d'un individu qui prend du plaisir à écouter de la musique, c’est le même mécanisme qui se déroule qu'avec la prise de drogues, la pratique d'une activité sexuelle, la consommation de chocolat… Ce parallèle avait été fait par un groupe de chercheurs au Canada, qui concluait que l'écoute de la musique se traduisait dans notre cerveau par "sexe, drogues & rock'n'roll !" 

Si l'on se demande encore pourquoi la musique est  l'activité artistique la plus consommée dans notre société, c'est simple : c'est à cause de son rôle de neuro régulation émotionnelle. Ecouter de la musique au quotidien permet de réguler son humeur, ses émotions…

Elle permettrait entre autre de soigner progressivement l'aphasie, la maladie de Parkinson, la démence... Plus précisément, que sait-on de la façon dont la musique agit sur le cerveau ?

Ce que les études de neuroscience ont montré, par ailleurs, c'est que la stimulation musicale, l'activité musicale ou même l'écoute de musique, lorsqu'elle est proposée à des patients atteints de maladies du cerveau, aide ce dernier à se reconstruire.  En effet, l'écoute de musique a pour vertu de stimuler la neuroplasticité cérébrale. C'est-à-dire la capacité qu'a le cerveau à se modifier dans son activité et sa structure en fonction des stimulations et des expériences. On note une évolution du fonctionnement du cerveau, plus on écoute de la musique plus notre manière de l'écouter change. S'ajoute à cet effet un impact structurel sur le cerveau : les fibres de connexion  (substance blanche du cerveau) peuvent augmenter en densité,  l'épaisseur corticale peut également être modifié (la densité neuronale et le nombre de cellules dialoguant entre elles peuvent croître). Auparavant, on pensait que seuls les cerveaux des musiciens étaient modifiés par la pratique régulière d'un instrument, mais désormais on sait que cette modification s'étend à tous : le cerveau et le fonctionnement de l'organe -en lui-même- évolue avec l'écoute régulière de musique.

Ces découvertes ont eu lieu surtout depuis les années 2000,  et ce n'est que le début des constations. On peut ainsi observer que la musique peut augmenter la vitesse de récupération du cerveau des gens qui ont souffert d'un accident vasculaire cérébral. Cependant, il faut rester modeste : ce n'est pas parce qu'un patient atteint d'Alzheimer écoute de la musique qu'il sera miraculeusement guéri ! Par contre, grâce à la musicothérapie on a découvert (notamment à Caen) que les patients atteint d'Alzheimer gardait une capacité d'apprentissage. Ils sont encore capables, à leur insu, de retenir des mélodies, des couplets…

Outre un effet de la musique sur le cerveau, elle permettrait également de réduire les problèmes cardiaques. Selon quels mécanismes ? Comment écouter de la musique peut-il jouer sur la tension artérielle, par exemple ?

Le système est identique à celui de la relaxation. La musique allant de plus en plus lentement, l'individu peut ainsi se relaxer, ce qui donne lieu à une baisse de la tension artérielle.

Le système nerveux des individus se cale au rythme de la musique, la stimulation musicale agie sur les rythmes physiologiques, induisant alors un effet de détente.  On peut également lier ce phénomène à la sensation de plaisir que provoque la musique synonyme, une nouvelle fois, de détente.

Les effets de la musique sont-ils différenciés selon les styles ? Comment peuvent-ils varier selon les individus ?

On varie le type musique selon que l'on veut stimuler ou relaxer l'individu. Il reste, cependant,  difficile de comprendre certaines musiques sont plus efficaces pour telle ou tel type d'application.

Néanmoins, on sait que les aspects rythmique, structurel, la mélodie et la synchronisation rythmique sont essentiels. La base de l'impact que peut avoir la musique sur un patient tient surtout à son rythme, son tempo. Par exemple, chez les patient atteint de Parkinson on se sert de la musique de manière très simple : un simple indice sonore du type d'un métronome (avec des sons de beep, de clic…) peut aider les patients à récupérer une marche plus fluide (ils synchronisent leurs mouvements sur la cadence).  Il ne faut pas oublier les aspects liés à la structure du morceau tel que le grain des sons. La texture sonore est très importante.

Les effets de la musique sur les individus dépendent de leur exposition préalable : s'ils ont écouté de la musique de manière précoce ou non. La réponse cérébrale provoquée par la musique est fortement liée à notre familiarisation au stimulus. C'est pourquoi les musiciens ont parfois des réponses cérébrales que d'autres n'ont pas. Ainsi, certaines personnes ne réagissent absolument pas à la musique, car le « circuit » de compréhension de ce stimulus ne s'est pas développé de la même façon que chez d'autres.

La musique est-elle actuellement inscrite dans certains protocoles de soins ? Comment pensons-nous développer, varier son utilisation dans le cadre de diverses thérapies ?

La musicothérapie est d'ores et déjà utilisée à l'hôpital dans différents contextes comme  les services de  prise en charge de douleurs chroniques ou de soins palliatifs. Grace à la musique, il est possible de diminuer la dose de médicaments antidouleur. Cette thérapie est aussi en vigueur dans les services de neurologie. Divers protocoles sont utilisés par les soignants : médecins, psychologues ou orthophonistes. Cependant, ces pratiques ne sont pas officiellement reconnues. Les professionnels les pratiquant suivent des formations mais ne sont pas officiellement reconnus comme musicothérapeutes.

Aujourd'hui les explorations dans ce domaine sont diverses. A l'avenir on peut imaginer de plus en plus de standardisation de l'utilisation de la musique. Par exemple, on pourrait proposer au patient de contrôler directement ce qui se passe au niveau de son corps, de son cerveau lorsqu'il écoute un morceau.  Il utiliserait ainsi en temps réel un feedback sur la manière dont la musique agit sur son cerveau grâce à des capteurs à la surface du crâne en vue d'indexer l’activité cérébrale durant la séance de musicothérapie.

 

 
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Hervé Platel

Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il fait également partie d’une unité de recherche Inserm sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer.

Il a notamment co-écrit Le cerveau musicien (De Boeck Université, 2010).

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