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Ouverture d'un magasin 100% local : quand les agriculteurs s'organisent contre les grandes surfaces

A Châteauroux, une quarantaine de producteurs agricoles locaux, fédérés par leur syndicat, ont décidé d'ouvrir leur propre magasin avec l'objectif affiché de reprendre la marge abandonnée aux grandes surfaces.

Tous contre un

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Ouverture d'un magasin 100% local : quand les agriculteurs s'organisent contre les grandes surfaces

La Grange Berrichonne ouvrira au public courant septembre. Crédit WikiAgri

Article publié également ce jour sur Wikiagri.fr

Président depuis trois ans du syndicat agricole majoritaire dans son département, la FDSEA de l'Indre, Hervé Coupeau est un homme d'action, qui tient à ce que les actes viennent à l'appui des discours. Las d'entendre si souvent ses collègues agriculteurs (lui-même est éleveur de volailles et céréalier) se plaindre des marges prises par les grandes surfaces sur les produits agricoles, il a compris qu'une solution durable ne viendrait pas de pourparlers sans fin entre les uns et les autres, ni même de textes législatifs, souvent contournés.

Considérant définitivement les enseignes de la grande distribution comme peu fiables, il a décidé de passer outre, en ouvrant un magasin spécifique de produits agricoles, riches et variés comme le terroir local, conçu à la fois pour mettre en valeur le travail des paysans et pour plaire aux consommateurs de Châteauroux.

"Nous avons trois objectifs avec ce magasin, explique Hervé Coupeau. D'abord récupérer à notre profit, agriculteurs, la marge que les grandes surfaces se font sur notre dos. Ensuite, démontrer qu'il est possible de travailler avec une marge de fonctionnement réduite, qui laisse aux producteurs l'essentiel du prix de leurs produits, et leur permettent donc de gérer leurs exploitations, de se moderniser et de se mettre aux normes sans s'endetter excessivement, et ainsi de mieux répondre aux attentes des consommateurs. Enfin, nous reprenons aussi notre image, si souvent utilisée par les grandes surfaces et galvaudée au possible."

Des agriculteurs qui s'organisent pour ouvrir un magasin, cela existe déjà. Mais qu'ils soient aussi nombreux à s'associer, et dans le but explicite et affiché de venir offrir un débouché autre que les grandes surfaces, c'est une grande première. Et de fait, tout a été réfléchi pour que le magasin ("La Grange Berrichonne", qui va ouvrir courant septembre, avenue Pierre de Coubertin, juste en face du stade de football) puisse tourner avec une marge minimale pour son fonctionnement, sans avoir à faire de stocks ni à organiser de tournées d'approvisionnement, tout en étant alléchant pour le consommateur.

Deux emplois créés, en attendant mieux

La marge de fonctionnement des grandes surfaces varie habituellement, selon Hervé Coupeau, entre 10 et 30 %, elle change d'un producteur à l'autre et d'une production à l'autre, et peut aussi évoluer dans le temps. Pour ce magasin de producteurs, il y aura une marge de fonctionnement unique, de 14 %, pour payer l'électricité et autres factures, et également les salariés du magasin : "Nous embauchons deux salariés temps plein plus un apprenti dans un premier temps, pas plus pour être sûrs de ne pas gaspiller l'argent des producteurs, reprend Hervé Coupeau. Mais si ça marche comme nous l'espérons, nous avons déjà envisagé qu'il nous faudrait une troisième personne..." A noter que s'il doit y avoir des arbitrages sur le magasin, concernant les salariés, réclamant un investissement supplémentaire, ou par rapport à un fournisseur (un producteur donc) posant un problème, c'est la structure FDSEA qui tranchera.

Tout a été mis au point après de nombreuses réunions impliquant tous les acteurs lors des huit derniers mois, délai depuis la date de la décision enregistrée lors de la dernière assemblée générale syndicale (décision à l'unanimité du conseil d'administration, soit de presque 50 agriculteurs, sans la moindre abstention). Ainsi, il a fallu d'abord acheter le bâtiment, et y faire des travaux. Au rez-de-chaussée, un espace composé de plusieurs bureaux a vu toutes ses cloisons, murs porteurs exceptés, abattues. A l'arrivée, l'espace est celui d'un petit supermarché. L'étage voit la FDSEA emménager dans ses propres bureaux : c'est d'ailleurs ce qui a permis la transaction financière, la structure ne loue plus son espace à la Chambre d'agriculture, et à la place rembourse l'emprunt global d'un bâtiment entier.

Ensuite, il a fallu s'équiper. "Nous avons acheté deux chambres froides, deux vitrines réfrigérées en libre-service, une troisième pour les fromages, un congélateur, des meubles-caisses et des caisses, différents étalages et rangements...", détaille Tiaré Muller, l'administrative en charge du dossier. En l'espace de huit mois donc, 2500 agriculteurs adhérents de la FDSEA (une condition souhaitée par Hervé Coupeau : ceux qui veulent profiter du magasin doivent être adhérents de son syndicat) ont été contactés, il a fallu ensuite gérer les offres de service (demander, par exemple, aux nombreux producteurs de fromages de chèvre de s'entendre entre eux pour que l'offre du magasin à l'arrivée soit cohérente), puis faire un choix de fonctionnement : le magasin est géré comme un dépôt-vente, et chaque producteur est responsable de ses marchandises. Chacun livre lui-même, doit donc gérer ses stocks, reprendre ce qui n'est pas vendu à la date limite de vente (ou éventuellement accepter, à quelques jours de la péremption, que les salariés du magasin n'organisent une vente par lots à prix modérés). Un calendrier des approvisionnements est établi pour la magasin afin d'éviter plusieurs livraisons en même temps.

A propos des prix, il a été décidé qu'ils ne devaient pas excéder ceux pratiqués sur les marchés de Châteauroux. Les prix affichés en linéaires seront donc, dans le pire des cas, les mêmes que ceux des marchés, le consommateur sachant que la marge du magasin, ces 14 %, est comprise.

Un terroir riche, et de saison

Le magasin sera dédié uniquement des productions locales agricoles, ou directement issues de l'agriculture. Un espace fruits et légumes proposera tant des fruits de saison que des paniers de saison. Hervé Coupeau précise : "Nous allons en même temps expliquer aux clients ce que sont des fruits et légumes de saison, leur faire comprendre que, quand il n'y a plus un produit, il faut se diriger vers d'autres, en attendant son retour pour la saison suivante." Tout un rayon viticole sera approvisionné par six producteurs, avec du reuilly, du valençay, et autres crus "sud de Loire" que les connaisseurs apprécient. Pour les fromages, ce sont pour l'instant douze producteurs qui participent à l'étalage, avec un rayon spécifique qui prévoit l'emballage du fromage devant le client, la meilleure façon d'en appréhender l'aspect. Au niveau des viandes, le magasin sera riche tant en volailles fermières (poulets, pintades, etc. mais aussi produits dérivés rillettes, terrines, foies gras...), qu'en viandes de porcs, bovine, de moutons, de veaux. Avec même un éleveur de lapins qui est venu compléter la gamme. Il y aura des possibilités de ventes au détail, mais aussi de colis de 10 à 15 kilos, qui intéresseront notamment les restaurateurs. On trouvera enfin du miel et autres produits apicoles, des plantes en pot, des glaces, du pain et des viennoiseries ("J'ai créé une section “sympathisants" à la FDSEA, explique Hervé Coupeau, pour faire adhérer le boulanger, qui n'est pas agriculteur"), et même des pulls ou écharpes en laine mohair ! Le tout, venant exclusivement des alentours. A noter que le boulanger proposera des grignotages pour le midi. Les jours de match du club de Châteauroux, les supporters de foot pourront venir dans La Grange Berrichonne pour acheter des "saucisses frites" à partir de viandes et de pommes de terre du terroir local...

Pour les consommateurs, des projets sont déjà à l'étude pour le moyen terme, comme la mise en place d'un "drive" devant le magasin pour faciliter le retrait des marchandises...

"La presse locale a déjà parlé de notre projet, conclut Tiaré Muller. Nous avons aussi communiqué en profitant du stand de la FDSEA à la foire-exposition de Châteauroux. Nous savons qu'il existe une très grande attente au niveau des consommateurs..."

Ouverture au public courant septembre, et inauguration officielle "en grandes pompes" dans le mois qui suivra.

 
Commentaires

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  • Par plume1520 - 02/09/2013 - 09:41 - Signaler un abus bravo !

    si les producteurs de ma region pouvaient faire de meme je n'irais nulle part ailleurs ! bravo de cesser de gemir et de s'organiser .

  • Par MARCEL FERNAND - 02/09/2013 - 11:01 - Signaler un abus FDSEA

    Il y aura donc un intermédiaire et non des moindres qui joue en première division et les producteurs en seconde. Le principe coopératif est intéressant en soi, mais à surveiller de prés partout ou`il y a des hommes il y a des loups. L’investissement semble tres important, il va falloir l'amortir

  • Par gluck - 02/09/2013 - 11:06 - Signaler un abus Invention du fil à couper le beurre

    C'est une initiative bonne à prendre, par les temps qui courent. Après, ces producteurs s'apercevront qu'il faut s'équiper, qu'il faut gérer les invendus, qu'il faut développer l'activité donc faire du marketing etc... Bref, ils réinventent les circuits de distribution et s'apercevront que ce n'est pas évident. J'en connais qui ont fait le pas et...on arrêté la production pour se consacrer uniquement à la distribution: on ne peut pas tout faire de manière efficace.

  • Par inindia - 02/09/2013 - 16:05 - Signaler un abus L'herbe est toujours plus verte dans le pré d'à côté !

    Bonjour, Une expérience similaire a été tentée à Avignon en 2011 (magasin cueilli-vendu). Le magasin a fermé au bout d'un an car trop de charges et pas assez de clients. Les producteurs se sont aperçus que les marges ENORMES de la distribution compensait les charges ENORMES d'un magasin. Bref à chacun son métier !

  • Par Gilles - 02/09/2013 - 17:09 - Signaler un abus Etrange

    Pêches, melons et abricots (pas souvent de bonne qualité) étaient à des prix faramineux cet été. Alors que le soleil était an rendez-vous. Les charges tuent l'entreprise. Il y a le RSA et tout le reste.

  • Par un_lecteur - 02/09/2013 - 19:55 - Signaler un abus enfumage

    Le véritable problème est celui du coût des produits agricoles français , bien plus chers que les produits espagnols ou allemands. Eh oui, encore et toujours notre problème de compétitivité. Nos charges sont trop élevées. Mais il ne faut pas le dire, car ensuite il faudrait chercher pourquoi ces charges si élevées. Dans quelles poches se retrouvent-elles? . Alors on détourne l'attention sur les grandes surfaces. Enfumage.

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