Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 25 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Orthographe désastreuse
des écoliers : le résultat d'années
passées à contester l'intérêt
de la discipline scolaire

En l'espace de vingt ans, le nombre de fautes d'orthographe a explosé dans la dictée d'un élève de CM2. C'est la conclusion d'une étude de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), qui a suivi les performances des enfants français entre 1987 et 2007. Mais comment expliquer cette baisse de niveau ?

C'était mieux avant

Publié le

Les temps ont bien changé. Dans une circulaire d’avril 1891, Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction publique, déplorait le « fétichisme de l’orthographe » et réclamait aux correcteurs du certificat d’études primaires une jurisprudence plus libérale. Il soulignait notamment, à juste titre, que la tarification mécanique des fautes pouvait conduire à brimer l’intelligence des enfants lesquels, raisonnant par analogie et ignorant les bizarreries de la langue française, étaient naturellement conduits à mettre un « s » au pluriel de genou ou à écrire contreindre comme restreindre.

Le brave homme, au demeurant républicain pur sucre, ne pouvait imaginer que, plus d’un siècle après lui, il faudrait au ministre en charge de l’éducation nationale émettre une circulaire pour rappeler la nécessité d’enseigner les règles les plus élémentaires de la conjugaison ou de l’accord en genre et en nombre.

Que s’est-il passé entre-temps ? La maîtrise de la langue, en particulier l’orthographe, s’est effondrée. En 1995, à la suite de la découverte de quelques milliers de copies de certificat d’études primaires des années 1920, l’excellent Claude Thélot, alors directeur de l’évaluation et de la prospective du ministère, eut l’idée de faire passer les mêmes épreuves à des élèves contemporains. Le résultat, s’agissant de l’orthographe, fut édifiant : dans la dictée, d’une vingtaine de lignes, un écart de plus de dix fautes séparait les élèves de 1995 de leurs homologues de 1925.

Comment expliquer un tel affaissement, qui s’est depuis encore amplifié si l’on en croit l’enquête citée par la nouvelle circulaire sur l’orthographe ? Dans un rapport précisément intitulé Combattre l’illettrisme et publié ces jours-ci sur le site du Conseil d’analyse de la société, Luc Ferry livre une analyse qui met partiellement en cause la responsabilité de l’école, mais pas seulement. Certes, la rénovation pédagogique des années 1970 a mis l’accent sur l’expression et la créativité de l’enfant, discréditant les exercices mécaniques et répétitifs pourtant nécessaires à des apprentissages où celles-ci n’ont aucune part - ce qui est précisément le cas de la grammaire et de l’orthographe. Cette évolution pédagogique est toutefois elle-même l’expression d’un contexte culturel, celui de la déconstruction des valeurs traditionnelles et de la montée de l’individualisme, qui affecte le monde occidental dans son ensemble. Le déclin de la langue, dans cette perspective, peut être considéré comme un « phénomène social global ».

Dans une réflexion pédagogique pleine de bon sens mais teintée d’optimisme, Léon Bourgeois souhaitait en 1891 qu’on limite le temps consacré à l’étude de l’orthographe afin de promouvoir l’amour de la lecture et le véritable sens critique : « A supposer que l’on trouve de bonnes raisons pour justifier telle ou telle de ces finesses orthographiques, écrivait-il dans sa circulaire, n’est-il pas flagrant que l’immense majorité des enfants ont mieux à faire que d’y consumer leur temps ? Et pour ne parler que de la langue française, n’ont-ils pas infiniment plus besoin, pour la bien connaître, qu’on leur lise et qu’on leur fasse lire en classe et hors de classe les plus belles pages de nos classiques que d’exercer toute l’acuité de leur esprit sur des nuances grammaticales à peine saisissables, quand elles ne sont pas de simples vétilles ? »

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par texarkana - 19/04/2012 - 10:59 - Signaler un abus c'est une forme de snobisme

    J'étais bon en orthographe, mauvais en calcul , or déjà à l'époque on commençait à dire "l'orthographe est la science des ânes", "l'orthogaphe est fasciste", etc, en revanche les mêmes ne trouvaient rien à redire à la sélection par les maths, résultat : ma scolarité en a souffert (relégué en section littéraire, pas "viril"...)

  • Par Rhytton - 19/04/2012 - 11:47 - Signaler un abus La Phransse au Franssé!

    Je trouve que c'est toujours sympa de tomber sur un identitaire hysterique de souche qui manie la langue de Moliere avec le talent de Krasucki ou de Marchais. Curieusement, ca lui enleve de la credibilite quand il dit que c'est l'anti-France mondialiste qui va detruire sa civilisation...

  • Par golvan - 19/04/2012 - 14:07 - Signaler un abus @rhytton

    Ca veut dire quoi concrètement vos conneries ? Parler d'orthographe et de grammaire est le révélateur des "identitaires hystériques de souche" ?

  • Par ZOEDUBATO - 19/04/2012 - 14:08 - Signaler un abus L'école socialiste des intellectuels tue l'éducation

    Les intellectuels socialiste des bureaux du ministère pondent des méthodes intellectuelles qui n'ont qu'un seul but : justifier leur poste et tant pis si les enfants ne savent nilire, ni écrire ni compter puique l'on a sauver des postes à l'avant garde socialiste qui, en plus, permettent de raisonner moyens sans se soucier des résultats comme le fait NS Alors si vous voulez que votre enfant reçoive dans une éducation moins intellectuelle, plus pragmatique et adaptée à la vie citoyenne et à l'ascenseur social votez plutôt NS

  • Par Florent Aste - 19/04/2012 - 14:19 - Signaler un abus eric the snobinard

    La societe n'a pas besoin de savoir ecrire en prose... ni de connaitre la mythologie grecque... ni de connaitre la loi de Poisson... Ceux qui s'y interessent peuvent s'y specialiser... Respectons les, tout comme ceux qui trouvent d'autres maniere de titiller (ou pas) leurs neurones...

  • Par Rhytton - 19/04/2012 - 15:46 - Signaler un abus Golvan:

    Disons qu'un gaucho qui cause mal la France, c'est déjà rigolo. Mais alors un identitaire qui sort son discours sur la patrie en danger avec pleins de fautes dedans, je pense qu'il n'a pas besoin de l'Étranger pour mettre sa culture en péril. Mais je vois que ça vous irrite, alors concrètement, je vous signifie que parler d'orthographe et de grammaire, ça révèle ici les gens à qui on a besoin d'expliquer tout, et pourquoi pas même des conneries.

  • Par texarkana - 19/04/2012 - 16:06 - Signaler un abus Florent Aste

    Il est question ici d'avoir une orthographe correcte, pas d'être érudit, les vrais snobs sont ceux qui se croient au dessus de çà parce qu'ils ont la science infuse, on les trouve dans tous les camps politiques.

  • Par Rhytton - 19/04/2012 - 16:09 - Signaler un abus Golvan:

    http://www.youtube.com/watch?v=77rw7kdHJG4

  • Par le celte - 19/04/2012 - 17:54 - Signaler un abus et alors

    Pour l'avenir que leur reserve la société cela sert a quoi l'ortographe, des enseignants peteux, la baisse des credits, nos enfants sont sacrifiés sur l'hotel de l'economiquement propre, ce n'est pas l'ortographe qu'il faut enseigner, mais comment devenir plus mauvais que l'autre, comment écraser son prochain.............. Fuck off vos constats.

  • Par golvan - 19/04/2012 - 19:37 - Signaler un abus @rhytton

    Non,non, détrompez vous, je ne suis pas du tout irrité, c'est seulement que je ne comprends rien à ce que vous racontez. Au lieu de parler du sujet de l'article vous attaquez l'auteur sans rien apporter de concret. Si je tente une explication j'en arrive à conclure que vous êtes un esprit éclairé de gauche qui se moque d'un type de droite qui fait des fautes d'orthographe. Formidable mais quoi d'autre ?

  • Par laurentso - 19/04/2012 - 20:29 - Signaler un abus @Rhytton

    J'avoue ne pas bien comprendre non plus vers où vont vos piques. Surtout que l'auteur de l'article -pour une fois sur ce site-, évite de tomber dans un débat politicien de troisième zone autour d'un sujet qui dépasse les clivages politiques. La méconnaissance des règles orthographiques de base est une plaie. Un phénomène aussi inquiétant du point de vue de la productivité des entreprises : beaucoup de patrons se plaignent de ne rien comprendre aux lettres, rapports, comptes-rendu de certains de leurs collaborateurs. La faute à une grammaire défaillante et à l'apprentissage du volapuk plutôt que du français dans certaines écoles (je parle du post-bac). A l'école primaire, il me semble que tout le monde est d'accord pour revenir à des méthodes plus traditionnelles non ? Juste un truc, hier j'entendais un instituteur faire remarquer qu'on lui demande d'apprendre aux élèves le développement durable, l'hygiène, le code de la route... autant de temps de moins consacrés à l'orthographe. Pas con, le gars.

  • Par golvan - 19/04/2012 - 21:04 - Signaler un abus @laurentso

    Je suis très heureux de votre commentaire tant le sujet abordé mérite une autre approche qu'un clivage idéologique ras des pâquerettes. La première remarque qui me vient à l'esprit c'est qu'à l'école primaire, l'entreprise de démolition des années 70, dont le but était de détruire la transmission des apprentissages bourgeois aux bourgeois (les héritiers) a complètement loupé sa cible en empêchant la transmission des savoirs bourgeois aux classes populaires tandis que la bourgeoisie protégeait ses rejetons du délire des pédagogistes. Le résultat a été la montée en flèche de l'illétrisme et un recul très net de la maîtrise du français, avec les effets que vous décrivez avec beaucoup de pertinence, parce que finalement la grammaire ça sert très précisément à formuler clairement une idée sans confusion possible, et c'est formidable. Il n'y a certes pas que les méthodes de l'école qui sont en cause puisque le rapport à la lecture à éminemment évolué depuis mon apprentissage de la lecture au début des années 60, avec une omniprésence des écrans et des jeux vidéo très chronophages, mais il n'en reste pas moins que les horaires consacrés au français à l'école primaire sont insuffisants.

  • Par Rhytton - 19/04/2012 - 21:27 - Signaler un abus Ite Missa Est

    Je souscris à l'analyse de l'auteur, Golvan, et merci de décaler votre curseur d'un cran à droite: ainsi mon esprit n'est pas si éclairé que ça et je ne vise que les extrêmes. Je réagissais (excessivement, sachant par avance qu'il y aurait pire à lire) à l'assimilation de l'orthographe à "une forme de snobisme": soit c'est un extrémiste de gauche qui le dit, soit c'est un extrémiste de droite (je n'ai jamais entendu un extrémiste du centre s'opposer à l'orthographe). Dans le cas de l'extrémiste de gauche, ce n'est pas grave: pour lui, c'est langage sms, "du passé faisons table rase", révolution culturelle, autodafés et tutti quanti. Rien d'anormal dans sa doctrine loin d'être conservatrice. Mais je souris à l'idée de tomber sur un extrémiste de droite qui crie à hue et à dia qu'on respecte la Fransse dans un phranssé approximatif. Or, la grandeur de la France (et son autorité) s'est construite autour de la rigueur de sa langue et on ne saurait mieux communiquer qu'en ayant la même compréhension de la langue. Et quand je lis le commentaire où le gars confond autel et hôtel, je me dis que les nouveaux barbares sont là et que "la messe est dite"...

  • Par Harmaggedon - 20/04/2012 - 02:56 - Signaler un abus N'oublions pas non plus...

    cette éducation nationale qui s'est "amusée" à modifier ce qui auraient pu permettre aux parents ou aux grands-parents d'aider les petits : non plus d'article, mais des déterminants... plus de COD ou de COI.... toutes ces modifications "indispensables" pour une meilleure compréhension : on en voit aujourd'hui le résultat ! Un peu dans le même genre, c'est vrai, il n'y a plus de femme de ménage, mais des techniciennes de surface... mais il y a toujours des cancres !

  • Par djedge - 20/04/2012 - 09:10 - Signaler un abus Vous n'êtes pas sérieux!

    Ecrire un tel article, aussi alarmiste, en 'oubliant' de dire aux lecteurs qu'entre 1987 et 2007 un élève a perdu sur sa scolarité l'équivalent de 600 à 800 heures de français est pour le moins étonnant!! Pour diverses raisons : un professeur des écoles doit aujourd'hui enseigner 10 matières, les horaires de collège et lycée ont été rabotés en français... Si nous revenions à des horaires plus 'favorables' à l'apprentissage du français, les résultats seraient sûrement meilleurs, non? De même, si l'on évitait d'embrouiller les élèves avec des notions très universitaires de grammairiens qui ne sont pas d'accords entre eux, peut-être que cela irait mieux. De même, si l'on dédoublait chaque niveau au moins une fois par semaine pour aborder la langue, ça irait mieux. De même, si dans le recrutement et dans la formation, une place plus importante était accordée à l'enseignement de la grammaire, ça irait mieux. Mais en ne disant pas tout ceci, cela permet de viser encore une fois ces enseignants qui font ce qu'ils peuvent vu le contexte.

  • Par golvan - 20/04/2012 - 12:39 - Signaler un abus Le côté rassurant des

    Le côté rassurant des interventions c'est qu'elles sont d'accord sur un constat: l'insuffisance du temps consacré à l'étude de la langue française, que ce soit l'orthographe ou la grammaire. Il est certes inutile de tomber à bras raccourcis sur les enseignants qui font ce qu'ils peuvent avec les programmes qu'on leur impose. Mais par curiosité, essayez un peu de faire reconnaître à un instituteur dans la cinquantaine que les méthodes d'apprentissage des années 70 ont été une catastrophe et ne reposaient que sur de l'idéologie et en aucun cas sur une logique scientifique, et vous risquez de vous faire traiter de fasciste attardé. D'ailleurs il y a moins de vingt ans mes enfants ont encore eu à subir la fameuse méthode "Ratus" supposée être "semi globale", donc globale. Un désastre qu'il ne fallait surtout pas critiquer. Pour ceux que ça intéresse je conseille l'excellent livre d'un instituteur breton Marc Le Bris "Et vos enfants ne sauront ni lire ni écrire", récit de sa vie de jeune instituteur des années 70 qui découvre avec stupéfaction que ses meilleurs élèves dont il était si fier avaient appris à lire secrètement à la maison avec la méthode Boscher.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€