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"L'ordre international libéral westphalien" ou les illusions de la politique étrangère d’Emmanuel Macron

Le 25 septembre 2018, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, Emmanuel Macron a livré un discours faisant l’éloge du multilatéralisme et de la coopération internationale. Mais le concept fumeux d’« ordre international libéral westphalien » fait redouter une certaine confusion dans la pensée-monde du président français.

Incertain

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L’ordre international subverti

L’échec de Wilson à faire accepter à ses compatriotes un engagement permanent des Etats-Unis dans les affaires européennes, le révisionnisme des « Etats perturbateurs » dans l’entre-deux-guerres, l’hitlérisme et, dans la dernière ligne droite, le pacte germano-soviétique ont ruiné les espoirs investis dans la SDN et détruit l’Europe de Versailles. C’est avec la Deuxième Guerre mondiale que le centre de gravité de l’Occident se déplace sur les rives de l’Hudson. S’ouvre alors le « siècle américain » (Henry Luce, 1941), le « one worldism» de Franklin D.

Roosevelt consistant en une reprise du projet wilsonien. Au sortir de la guerre, les Etats-Unis font le choix de l’internationalisme et du multilatéralisme, quand bien même la Guerre Froide limite-t-elle l’application de ces idées à la sphère atlantique, aux membres honoraires du club occidental ainsi qu’à quelques pays d’Asie maritime.

Il tombe sous le sens que les Etats-Unis ne sont pas guidés par un pur altruisme, mais une conception large et éclairée de leurs intérêts nationaux a des effets positifs pour les nations d’Europe occidentale. Relevées de leurs ruines, elles bénéficient de l’accès au marché américain et du parapluie nucléaire. D’une certaine manière, les anciens Etats impériaux européens deviennent les coactionnaires d’un consortium de puissances au sein duquel les Etats-Unis tiennent le rôle d’hegemon bienveillant. Telle est la réalité de cet ordre international libéral dont la « République impériale » constitue la pierre angulaire : un phénomène de puissance qui permet de transcender l’état de nature entre les nations, du moins à l’échelon occidental. Après la Guerre Froide, cet ordre international est étendu aux pays d’Europe centrale et orientale dont le plus grand nombre intègre l’OTAN et l’Union européenne.

L’un dans l’autre, cet ordre international constitue « le moins mauvais des systèmes », selon l’expression de Churchill. A certains égards, il n’a que trop bien réussi, ses bénéfices excédant le seul monde occidental. La stabilité stratégique globale, l’ouverture des marchés et la sécurité des flux ont permis la montée en puissance des pays dits émergents et la croissance de la richesse mondiale, qui a quadruplé depuis les années 1970. Au moyen de ses exportations industrielles vers les Etats-Unis et l’Europe, la République populaire de Chine (RPC) a connu une formidable expansion. A rebours du mythe de la « doctrine Brzezinski », la Russie post-soviétique a également été en mesure de s’insérer dans les réseaux de la mondialisation, avec sa production pétrogazière pour avantage comparatif. Le fond du problème réside dans la suite du processus qui invalide le grand récit de la mondialisation : les libertés économiques, l’enrichissement et la montée des classes moyennes dans les pays émergents auraient pour vertu, pensait-on, de pousser à la libéralisation politique et d’assurer la « paix par le commerce ». A l’opposé, le processus de développement nourrit les ambitions de puissance et les politiques révisionnistes, au point de faire vaciller l’ordre international.

 
Commentaires

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  • Par HAL - 01/10/2018 - 09:27 - Signaler un abus Excellent article, très lucide.

    Nous allons vers une logique de marchés (zone Europe, zone Amérique, zone Asie) et non plus un marché unique. Les échanges entre marchés seront grandement limités.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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