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Opération "die-in" des personnes en situation de handicap place Beauvau : "Une marque d'abandon, un gâchis économique et social assez monstrueux"

Une quarantaine d'années après les premières esquisses légales et à l'aube de l'examen de l'Ordonnance à l'accessibilité au Sénat, la société française peine à faciliter la vie des personnes en état de handicap physique. Entre escaliers, manque d’ascenseurs ou de rampes d'accès, les handicapés ont bien du mal à se déplacer en France. En outre, leurs possibilités d'insertion sur le marché du travail restent marginales.

Action coup de poing

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Opération "die-in" des personnes en situation de handicap place Beauvau : "Une marque d'abandon, un gâchis économique et social assez monstrueux"

Le 2 juin prochain les Sénateurs examineront l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés.

Atlantico : Le 2 juin prochain les Sénateurs examineront l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés. Pourquoi opter pour un die-in alors que les sénateurs cherchent via cette ordonnance à réduire les possibilités de dérogations et à augmenter les aides versées aux établissements publiques ?

Alain Rochon : Tout d'abord, l'opération coup de poing a lieu ce matin en même temps que le Conseil des Ministres, place Beauvau, pour frapper plus fort.

Notre mécontentement s'adresse principalement à l'encontre des Ministres et du Président de la République. Cette après-midi nous nous rendront au Sénat en vue de demander une rencontre avec les présidents de groupes.

Ceci aura pour but de leur signifier que, même si l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés été amendée, il y a encore des efforts à faire !

Nous agissons en ce jour puisqu'il s'agit de la dernière ligne droite avant la ratification du texte par les Sénateurs. Toutes les associations concernées éprouvent le besoin d'un vis-à-vis avec le Président de la République, d'autant plus que le Gouvernement ne semble pas prêt à revoir ses positions quant à l'insertion de personnes handicapées dans la société française. Les Sénateurs et Députés paraissent emplis de bonne volonté, mais rien ne bouge.

Il faut aussi préciser que, néanmoins, derrière cette Ordonnance se cache un certain nombre de décrets et d'arrêtés –ne dépendant pas du Sénat- qui ne vont pas dans un sens positif. Ces législations ont, bien sûr, été présentées au Conseil d'Etat pour recours à l'excès de pouvoir mais, ici encore, le manque d'action est flagrant !

Le système a certes été un peu durci, sans toutefois supprimer les nombreuses dérogations encore possibles. Il existe des amendements censés encadrer la mise-en-rigueur des législations par les bâtiments publics, mais les délais définis sont toujours longs et facilement contournables. Les motifs de dérogations se multiplient régulièrement alors même, que la simple motivation d'un refus annule toutes possibilités de poursuites judiciaires. Est souvent mis en cause le manque de moyens financiers nécessaire à couvrir les frais de ces travaux. Cependant, il suffirait aux collectivités d'emprunter à très bas taux de l'argent à la Caisse de dépôt ou à BPI France pour rendre l'accessibilité aux personnes handicapées. En outre, si le respect des règles paraît simple, il permettrait aussi aux administrateurs de ces lieux de ne pas se mettre en position d'illégalité !  

Finalement, notre principale colère réside dans le fait que, depuis la loi instaurée par Jacques Chirac en 2005, la situation n'a guère évoluée voire reculée. D'un point de vue global, depuis la première loi de 1975, peu semble avoir été fait ! Nous sommes donc catastrophés !

En 2005, sous la présidence de Jacques Chirac avait été promue une loi visant à pousser les établissements à s'équiper pour un accueil optimal des personnes handicapées. Le 26 février dernier le délai de 10 ans accordé par cette loi a été repoussé. Le manque de moyens des établissements publics et privés est-il la seule explication à cette rétractation ?

Il y a 10 ans Jacques Chirac -père d'une fille en situation de handicap- a porté cette loi qui n'était ni pilotée ni financée. A présent, l'ordonnance en cours de ratification fait le constat que nous n'étions pas dans les clous, que suivre ce délai était matériellement impossible.

 
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Alain Rochon

Alain Rochon est président de l'Association des paralysés de France.

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