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One Planet Summit et industrie : attention aux effets pervers de bonnes intentions mal maîtrisées

Dans cette période de transformation profonde de notre société sous l’impulsion d’un jeune Président de la République, je vois, j’entends les crispations et les inquiétudes, mais je reste persuadé que le mouvement est une priorité. Il faut néanmoins se méfier des effets pervers des mesures proposées, tout le monde en est bien conscient, mais ceux qui ont préconisé des réformes qui ont précipité notre pays dans les difficultés ne m’apparaissent pas les mieux placés pour nous expliquer qu’il ne faut rien changer.

Ecologie

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One Planet Summit et industrie : attention aux effets pervers de bonnes intentions mal maîtrisées

En 1884, un grand  scientifique français, Henry Le Chatelier , un physico-chimiste, énonça la loi qui porte désormais son nom et qu’il appelait « la loi de modération »

« …l’évolution s’oppose aux perturbations qui l’ont engendrée et en modère l’effet »

Méconnaitre le principe ‘Le Chatelier » est depuis quelques années la folie des politiques publiques et de nos gouvernants, je ne résiste pas au plaisir de donner quelques exemples d’une histoire que j’ai vécue.

En 1982 pour des raisons fortement démagogiques on invente L’Impôt sur les Grandes Fortunes (IGF), il s’agissait de montrer du doigt les « riches ». Pourrais-je ajouter que toute l’administration du Ministère des Finances était derrière ce projet de loi, le Premier Ministre, le Ministre de l’Economie et son Ministre délégué au Budget, ainsi que leurs cabinets ministériels. Seuls contre tous,  le Ministre de l’Industrie, Pierre Dreyfus, et son cabinet dont j’étais le Directeur ont lutté pied à pied contre cette mesure en tentant d’expliquer qu’elle aurait des effets pervers, en particulier  sur notre industrie.

Nous avons échoué et seuls les possesseurs d’œuvres d’art ont été écoutés. J’ai déjà dit que le courage de la réforme proposée aujourd’hui de ce que l’on nommait désormais ISF et qui deviendra IFI redonne de l’espoir à tous ceux qui aiment l’industrie française et qui souhaitent son renouveau. On recommence à penser que notre avenir est industriel ou ne sera pas.

Que tous ceux qui voudraient préserver la situation actuelle réfléchissent au nombre d’exemples que nous pouvons tous avoir sur les responsabilités individuelles ou collectives qui ont conduit aux friches industrielles, aux déserts industriels de certains de nos territoires, aux ventes absurdes d’une grande partie de nos fleurons, au désespoir de centaines de milliers de travailleurs, techniciens et ingénieurs devant le mépris affiché devant leurs savoir-faire.

L’affichage de 80% de la population de nos enfants devant détenir le baccalauréat partait peut-être de bons sentiments mais elle a conduit à l’étouffement du bac général et des universités tandis que l’apprentissage était considéré comme une démarche pour ceux qui avaient échoué, un dépotoir ! Les effets dévastateurs  pour notre industrie de cette volonté de donner un diplôme à chacun alors que, dévalorisé, il n’ouvrait plus sur rien, ne sont plus à démontrer, et il faudra du temps pour modifier en profondeur notre société toujours attachée aux lauréats et non à ceux qui savent, à ceux qui agissent, à ceux qui ont une vision et la font partager. J’ai entendu beaucoup de politiques défendre récemment l’apprentissage, mais très peu contester cette orientation de notre éducation dont ils portent tous la responsabilité, les effets pervers de cet objectif n’ont pas été suffisamment dénoncés et je souhaite donc que ce dossier de l’apprentissage soit désormais examiné sans tabou pour que nous ayons une chance de redresser notre industrie et donc notre pays.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 13/12/2017 - 10:46 - Signaler un abus Intox permanente

    Ah bon ? Notre société se transforme profondément grâce à notre jeune président ? C'est bizarre, je ne m'en étais pas aperçu...

  • Par Borgowrio - 14/12/2017 - 10:57 - Signaler un abus Combien de temps avant une faillite retantissante

    Montée en puissance du charbon dans la production électrique , en Chine , en Inde , en Australie aux USA, etc. Des milliers de centrales thermiques en construction . Un coût du KW très bas dans ces pays et nous , nous devons sauver la planète avec des éoliennes pas capables de faire tourner un TGV . Une facture énergie qui sera multipliée par quatre ... Ce pays est foutu , les populistes prendront le pouvoir .

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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