Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 21 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

L’offensive d’Idlib que projette Bachar el-Assad sera-t-elle la mère de toutes les batailles du conflit syrien ?

Bachar el-Assad aurait l'intention de faire de Idlib sa prochaine cible. Ce nouvel assaut pourrait-il être en mesure de mettre un terme à la guerre, ou s'agit il d'une illusion ?

Nouveau front

Publié le
L’offensive d’Idlib que projette Bachar el-Assad sera-t-elle la mère de toutes les batailles du conflit syrien ?

 Crédit GEORGE OURFALIAN / AFP

Atlantico : Ce 9 août, l'agence Reuters révélait l'intention de Bachar el-Assad de faire de Idlib sa prochaine cible, l'armée syrienne demandant à la population locale de se soumettre aux règles de l'Etat. Quel point peut-on faire sur le conflit syrien ?

 
Alain Rodier : Il est vrai que les forces légalistes syriennes sont aujourd’hui disponibles pour s’attaquer au dernier réduit de la rébellion situé dans la province d’Idlib au nord-ouest du pays (mais frontalière avec la Turquie ce qui a une grande importance).
Environ 2 à 3 millions de personnes se trouveraient coincées sur place, la majorité d’entre-elles étant considérées comme rebelles puisque les dernières populations fidèles au régime ont été évacuées il y a maintenant trois semaines.
 
La phase précédente a été la reprise du sud-ouest du pays (les provinces de Qalamoun et de Deraa). Le régime a incontestablement remporté là une victoire, non seulement contre les rebelles « classiques » (« modérés » ou dépendant peu ou prou d’Al-Qaida (1)) mais aussi contre Daech qui y était acculé. Pour remporter la bataille sans effaroucher les Israéliens qui se trouvaient aux premières loges sur le plateau du Golan situé à l’ouest de ces régions, Damas a accepté - sur les conseils avisés de Moscou qui est en contact permanent avec l’État hébreu - de retirer les milices chiites étrangères (dont le Hezbollah libanais) à 85 kilomètres de la ligne de démarcation. Ce sont donc théoriquement les forces gouvernementales syriennes qui ont mené le combat même si quelques exceptions ont pu être constatées ici ou là au prétexte que des miliciens étrangers avaient été incorporés au sein d’unités régulières. Maintenant, en dehors des unités qui doivent rester sur place pour quadriller la zone et éviter un réveil de la rébellion, Daech étant passé maître dans l’art de « sortir de nulle part » pour mener des raids meurtriers qui visent les autorités locales mais aussi les populations civiles, le reste des forces engagées est désormais disponible pour remonter vers le nord pour prendre part à une grande offensive dont le but est de réduire Idlib. À la différence du sud-ouest, les milices chiites étrangères peuvent y être pleinement employées puisque les Israéliens ne sont pas présents à proximité de cette zone.
 
Des tracts ont effectivement été largués par le gouvernement appelant à la coopération des populations pour la « libérer du joug des militants et des terroristes » et pour « se joindre à la réconciliation comme beaucoup d’autres Syriens l’ont déjà fait ».
 
 
(1). le Jamaat Ansar al-Furqan fi Bilad ash-Cham, branche officielle d’Al-Qaida en Syrie. Une autre coalition créée autour du Hurras al Denn se revendique aussi d’Al-Qaida. Le Hayat Tahrir al-Cham (HTC) ex-Al-Nosra lutte contre son ancien allié, le Ahrar al-Cham. Ce dernier s’est  considérablement transformé en fusionnant avec le groupe Noor al-Din al-Zenki pour donner naissance au Front de Libération de la Syrie (FLS - Jabhat Tahrir Souriya).
 

Comment anticiper la situation en cas d'offensive sur Idlib ? A quoi peut-on s'attendre sur le terrain, et dans les différents jeux d'alliance qui entourent la Syrie ? 

La reconquête de la province d’Idlib pose deux problèmes majeurs à Damas, l’un tactique, l’autre politique.
 
Sur le plan tactique, le nombre (non connu exactement par l’auteur) de rebelles serait très élevé même si beaucoup de groupes s’opposent les uns aux autres. En effet, de nombreux combattants qui avaient accepté de quitter d’autres fronts en Syrie ont trouvé refuge dans cette région et sont venus grossir les rangs des activistes. Ensuite, le terrain semi montagneux parsemé d’agglomérations est favorable à un combat défensif, surtout si les rebelles ont préparé leurs positions. Enfin, les forces gouvernementales et alliées sont épuisées physiquement et en sous-effectifs.
 
Sur le plan politique, la Turquie voisine soutient certaines formations rebelles présentes à Idlib (particulièrement turkmènes) et peut les approvisionner facilement. De plus, elle a déployé conformément aux accords d'Astana conclus entre la Russie, la Turquie, l'Iran et des groupes rebelles (accords entrant dans le cadre de la résolution 2254 de décembre 2015 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui appelle à un cessez-le-feu général) douze postes d’observation autour de la province d’Idlib. Elle peut donc être une source de renseignements incomparable pour informer les rebelles des mouvements de l’ennemi. Je n’ose pas imaginer ce qui se passerait si l’un de ces postes d’observation était touché par des tirs syriens. Il y a indubitablement là un très grave risque de dérapage.
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Jean Dutrueil - 10/08/2018 - 12:06 - Signaler un abus excellent merci!

    excellent merci!

  • Par Jean Dutrueil - 10/08/2018 - 12:07 - Signaler un abus excellent merci!

    excellent merci!

  • Par Anouman - 10/08/2018 - 20:43 - Signaler un abus Syrie

    Il serait temps que cette guerre se termine et que les gens reprennent une vie normale mais ça risque de prendre encore du temps.

  • Par MIMINE 95 - 11/08/2018 - 08:01 - Signaler un abus ENCORE DE NOMBREUX

    gentils ! "pôôovres réfugiés" en perpective ......

  • Par MIMINE 95 - 11/08/2018 - 08:05 - Signaler un abus ENCORE DE NOMBREUX

    "pôôovres réfugiés" si gentils !! en perpective ......

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€