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Offensive de com’ : ces deux discours parallèles qui polluent l’efficacité de la parole d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a montré qu'il entendait tenir le cap à cette rentrée après les démissions de Nicolas Hulot et Laura Flessel. Il a appelé ses ministres à "tenir".

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Offensive de com’ : ces deux discours parallèles qui polluent l’efficacité de la parole d’Emmanuel Macron

 Crédit Antti Aimo-Koivisto / Lehtikuva / AFP

Atlantico : Suite à une rentrée houleuse, Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main ce mercredi 5 septembre, en montrant qu'il entendait tenir le cap, tout en annonçant les prochaines réformes de son quinquennat, aussi bien concernant la pauvreté que l'hôpital. Dans quelle mesure cette opération de communication pourrait-elle entrer en contradiction avec la réalité constatée sur le terrain en cette rentrée 2018 ? Que cela soit sur les coups de rabots envisagés sur les retraites, ou concernant les hésitation sur le prélèvement à la source, en passant par les récentes démissions, n'est-on pas en train d'assister à l'entrée en contradiction d'une communication "nouveau monde" et d'une réalité "ancien monde" ?

Eric Verhaeghe : Dans la pratique, la stratégie macronienne d'appeler "nouveau monde" des mesurettes dignes de l'ancien est en train d'apparaître au grand jour et de ne plus faire illusion. L'an dernier, nous avions été un certain nombre à considérer que le budget 2018, qui consacrait des dépenses record et ne prévoyait aucune vraie réforme de structure, annonçait de futures déceptions. Beaucoup répétaient alors qu'il fallait donner une chance à Macron, qu'il fallait lui laisser du temps pour agir. L'argument était controuvé dans la mesure où Macron sortait de cinq ans ou presque de hollandisme et qu'il pouvait difficilement invoquer l'inexpérience du pouvoir. Mais, il y a un an jour pour jour, la cécité était de règle, et le bon ton imposait de ne pas enfoncer prématurément le président de la République. Quel changement en un an! On voit bien que, 365 jours plus tard, le budget proposé par l'exécutif est toujours aussi timoré, aussi peu imaginatif, aussi conservateur et socialisant. Il sera de plus en plus difficile, pour la macronie, d'invoquer l'inexpérience ou de plaider la patience. Les présidentielles sont prévues pour le mois de mai 2022, et on sait tous que ce n'est pas en 2020 que les arbitrages impopulaires vont arriver. Nous devons donc nous résoudre aujourd'hui à une triste réalité: entendre en boucle une parole officielle qui nous explique qu'on va réformer, que tout va aller mieux, qu'il faut être patient, et constater jour après jour que ceux qui parlent ainsi tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En réalité, rien de majeur ne se passera, et le macronisme n'a pas le souffle suffisant pour réinventer le pays comme il le mérite.  

Quels sont les risques pris par Emmanuel Macron en tentant de reprendre la main plus sur le terrain de la communication que sur celui de la décision politique ?

Macron montre jour après jour l'inconvénient de griller de nombreuses étapes dans la course aux responsabilités. En réalité, Emmanuel Macron n'a jamais dirigé au sens où on peut l'entendre d'un manager. Il a eu des responsabilités en chambre, c'est un officier d'état-major. Il n'a jamais conduit un régiment à la bataille. Et cela commence à se voir. Il veut tout contrôler, tout marquer de son empreinte, et il peine à déléguer. Il est à la fois général, colonel, capitaine, lieutenant et adjudant. Et du coup, il est absorbé par des détails et des postures. Il passe énormément de temps à montrer ce qu'il fait et à donner des leçons. Il passe probablement encore plus de temps à tout voir et tout contrôler. Cette espèce de dictature du quotidien dans laquelle il s'est installé l'empêche de prendre le recul nécessaire pour entamer les vraies réformes dont le pays a besoin. Prenons l'exemple du médiocre rapport CAP 2022, supposé encadrer la réforme de l'Etat. Quelqu'un peut-il dire l'usage qui a été fait des propositions pourtant très timorées qu'il comportait? Tout se passe comme si le travail de fond était délaissé par l'exécutif, et que ne comptaient plus que quelques détails insignifiants. En 2019, Macron récoltera sans doute la monnaie de sa pièce sur tous ces sujets. Les Français le jugeront sur des détails, le considéreront comme le responsable de la chambrée, et ne lui pardonneront rien. Il est dommage d'abimer ainsi la fonction présidentielle. 

Emmanuel Macron n'est-il pas simplement en train de payer cette rhétorique d'un "monde nouveau" dont les résultats sont imperceptibles par la population ? Le maintien de cap n'est-il pas ainsi dangereux en soi ? 

Le monde nouveau est une thématique qui échappe désormais au Président de la République. Il s'est fondu dans ce moule, et celui-ci lui colle à la peau. Il faut dire que la thématique du monde nouveau a suscité beaucoup d'espoirs parmi les Français qui se sentent pris dans une nasse où la fiscalité pratiquée sur les classes moyennes les empêche systématiquement d'améliorer leur train de vie. Macron a suscité une espérance. A son insu, il a ouvert une boite de Pandore qui risque de ne pas se refermer de sitôt. Ce faisant, il ne peut se permettre d'être déceptif sur tous ces points sans risquer gros politiquement. Les Français ne comprendront pas d'être trahis dans les grandes largeurs après avoir autant misé sur un cheval qu'il croyait fulgurant, et qui se révèle un canasson. Un changement de pied de Macron se révèlerait politiquement extrêmement dangereux. En même temps, pour reprendre la rhétorique présidentielle, on commence à comprendre que Macron est un imposteur et qu'il n'a pas beaucoup d'idées précises sur ce qu'il faut faire pour que les choses aillent mieux. Au-delà des ordonnances sur le droit du travail, on peine à voir les idées qu'il apporte avec lui. Cette déception-là risque d'être redoutable.

 
Commentaires

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  • Par venise - 06/09/2018 - 12:00 - Signaler un abus que laisserons nous à nos enfants

    une planète en etuve, une dette colossale et la disparition des petites patrimoines qui auraient pu adoucir la note, LA au rendement honteux qui va disparaître dans les fins de vie en EHPAD et un jour "il" va inventer le remboursement des aides sociales sur les descenedances, le projet à suivre sur la dépendance va ressortir l'assurance privée à fond perdu et surtout pas pour les neuros chroniques Hulot explosé, place à la supercherie de Dany qui ne sert qu'ç l'installer en conseiller des européennes, on nous prend pur des cons et l'europe libérale ne va pas nous aider comme la décroissance salvatrice à la Hulot nous aurait menés par le fond, impasse e cul de sac, un France aux prises à des quadras qui sont en train de donner leur langue au chat

  • Par zen-gzr-28 - 06/09/2018 - 12:59 - Signaler un abus Jupiter est effectivement un imposteur

    Comme certains de ses très proches et beaucoup de députés LREM. Au fait, dans quel sens marchent-ils ? Dans le sens de l'incompétence de leur chef ? Ils répètent tous les expressions de ce dernier, ex : le mot réforme est remplacé par transformation. Le service public, le chômage,l'immigration, les zones de non-droit, les impôts et taxes ......vont être transformés en quoi ????

  • Par Bobby Watson - 06/09/2018 - 14:29 - Signaler un abus Novlangue inefficae

    @ zen-gzr-28: tout à fait d'accord avec vous. La com, c'est cette capacité à faire disparaître la réalité sous des euphémismes . La bande à Macron s'emploie depuis toujours à dissimuler son imposture sous des vocables enchanteurs comme " transformation, nouveau monde, etc ". Mais la réalité finit toujours par l'emporter , et ,à ce moment-là, le refoulé macronien explose: "réfractaires, lépreux " et autres gentillesses. Je crois qu'on n'a pas fini de l'entendre éructer contre son peuple.

  • Par ciara - 06/09/2018 - 16:09 - Signaler un abus Cheval ou ane?

    L'auteur parle d'un cheval qui semble être un canasson. Moi je pense qu'il s'agit d'un mulet ou peut même d'un âne.

  • Par ciara - 06/09/2018 - 16:17 - Signaler un abus Les "réformes " de Macron

    Elles plaisent à une certaine droite, stupide qui pense qu'il suffit de baisser le nombre de fonctionnaires et de s'attaquer au statut des cheminots pour que demain une France prospère , sans impôts, renaisse. finalement, c'était aussi l'objectif de Fillon. Alors s'il échoue, c'est qu'il n'a pas supprimé assez de fonctionnaires. Mais, pas dans la police ( votre petit confort n'est-ce pas) pas dans l'armée, pas dans l'éducation, pas dans la justice. Alors OU???? Cela personne ne le dit . Parce que personne ne sait faire. Peut-être les pompiers ? Peut-être les Hôpitaux.? Ah non et votre petite santé alors. ??? Non Macron est un illusionniste, comme l'était Fillon et comme Mélenchon ou Wauquiez.

  • Par J'accuse - 06/09/2018 - 19:32 - Signaler un abus Pour répondre à ciara sur les fonctionnaires

    C'est dans les ministères et les collectivités territoriales qu'il faut agir, et bien sûr pas dans la police, la justice ou les hôpitaux. Les ministres et les élus locaux ont recruté sans retenue depuis des décennies, et des centaines de milliers de postes peuvent y être supprimés. Non seulement sans nuire aux services publics, mais en les améliorant rien que par ça, et d'abord en faisant des économie sur nos impôts. OK ?

  • Par gerint - 06/09/2018 - 22:02 - Signaler un abus Même la réforme du travail ne sert à rien

    Ou à pas grand-chose. jusque là je n’ai vu personne pour qui elle a changé quelque chose et le chômage demeure

  • Par Yves3531 - 07/09/2018 - 00:50 - Signaler un abus @Clara...

    augmenter I’efficacité des services publics tout en diminuant le nombre de fonctionnaires c’est bien sûr possible. Il faut faire ce dont on ne vous parle jamais parce que c’est toucher au cœur des bénéficiaires du système oligarchique parasite: diminuer le nombre archi-plethorique de non opérationnels qui dans le public n’ont jamais diminué et se terrent dans les bureaux malgré les énormes bénéfices de l’informatisation et augmenter le nombre d’operationnels infirmiers, policiers, magistrats, ... et je ne parle pas de cette surcouche d’intouchables au vrai sens du terme, car on ne les voit jamais ni au boulot ni ce pourquoi on leur donne des heures, la cohorte des bénéficiaires de délégations syndicales....

  • Par Bobby Watson - 07/09/2018 - 09:06 - Signaler un abus @Yves3531

    Tout à fait d'accord avec vous. Les attaques incessantes contre " le fonctionnaires " sont insupportables. Elles mettent dans le même panier ceux qui sont au service du public, et ceux qui en profitent... La semi-privatisation de la Poste a été une catastrophe pour la distribution du courrier. Proposer d'embaucher de contractuels à la place des titulaires est une mesure démagogique aux conséquences redoutables pour la qualité du service.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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