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L’oeil de Berlin : pourquoi Wolfgang Schauble doute d’Emmanuel Macron

Au cœur de la présidence à venir, la capacité d’Emmanuel Macron à convaincre l’ordo-libéral Schaüble de réformer les traités sera essentielle.

Doute

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L’oeil de Berlin : pourquoi Wolfgang Schauble doute d’Emmanuel Macron

La refondation de l’Europe constitue l’une des pierres angulaires des projets macroniens. Pour beaucoup d’observateurs français (et selon les déclarations mêmes d’Édouard Philippe et de quelques autres), le nouveau gouvernement est libéral, ce qui devrait suffire à convaincre nos homologues allemands du bien-fondé de la politique qui s’engage. Mais, dans une interview au Spiegel, le Dr Schaüble a exprimé des réticences, jugeant par exemple irréaliste l’idée de Macron (mais largement défendue à gauche) d’un ministre européen des Finances.

Il n’est donc pas inutile de mesurer la différence entre l’auto-proclamation libérale du gouvernement Macron et l’approche ordo-libérale du Dr Schaüble.

Ce qu’est le libéralisme pour le Dr Schaüble

Pour comprendre la position allemande vis-à-vis d’Emmanuel Macron, il faut se référer à la notion mal connue en France d’ordo-libéralisme, très différente du libéralisme tel que nous le comprenons. Pour beaucoup de Français, le libéralisme n’est pas incompatible avec une présence forte de l’État, ni avec un déficit public important. Il n’en va pas de même en Allemagne.

La notion d’ordo-libéralisme telle qu’elle est pratiquée par Wolfgang Schaüble repose sur des idées très différentes. En particulier, l’État ordo-libéral est beaucoup moins dépensier que l’État en France. Il s’interdit le recours au déficit, et il repose sur une inflation maintenue à un niveau faible par une banque centrale indépendante. Sur ce point, les dispositions prévues par les traités de l’Union en sont une assez bonne incarnation.

C’est d’ailleurs pourquoi les Allemands ne sautent pas de joie à l’idée d’une intégration européenne plus poussée. D’un point de vue ordo-libéral, l’Europe telle qu’elle existe suffit: une banque centrale indépendante, une inflation à 2% et des critères budgétaires dits de stabilité résument à la perfection l’espace utile réservé à l’État. Nul n’est donc besoin d’en rajouter en créant de nouvelles zones d’intégration.

On ne sera donc pas surpris que Schaüble considère comme irréaliste l’idée macronienne d’un ministre européen des finances. Dans l’esprit ordo-libéral, cette idée est même dangereuse dans la mesure où elle laisse entendre qu’il y aurait besoin, en Europe, d’une politique budgétaire plus interventionniste que la simple recherche de l’équilibre budgétaire.

En quoi Macron n’est pas ordo-libéral

En réalité, contrairement à ce qu’Édouard Philippe déclare, ni Macron ni son gouvernement ne sont et ne seront libéraux.

Certes, certains aspects de la politique annoncée recouvre les attentes des ordo-libéraux. C’est le cas des ordonnances sur le marché du travail, dont Schaüble ne cache pas qu’elles sont un préalable urgent à toute prise en compte des revendications françaises dans la “refondation de l’Europe”. Sur ce point, on peut même considérer qu’elles sont une sorte de devoir d’été imposé par les partenaires européens de la France.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/05/2017 - 09:25 - Signaler un abus Aucune mesure forte de baisse des prélèvements...

    C'est un euphémisme, car le gouvernement a déjà prévu de fortes augmentations d'impôts pour financer la part de la protection salariale qui sera "économisée" par les salariés, soit environ 200 milliards qui doivent être trouvés ailleurs...si c'est pas populiste, ça? Nous, au FN, avions prévu des économies sur la protection sociale, notamment en faveur des étrangers. Macron a prévu de faire rentrer d'avantage d'étrangers en France afin de créer la mini-croissance socialiste qui fait croire aux gogos qu'il a vaincu la crise (il vous a déjà fait le coup, avant de changer d'étiquette)...ce qui signifiera, à moyen terme, plus de dépenses sociales et, donc, plus d'impôts pour les privilégiés qui ont la malchance d'en payer encore...vous avez dit "libéral", Macron? Wouaaaaarffff!

  • Par ombelline - 19/05/2017 - 10:17 - Signaler un abus Étatisme dictatorial

    Macron sera certainement beaucoup plus autoritaire que Hollande pour faire appliquer ses lois sociales technocratiques grâce à ses députés LREM (rémunérés par les contribuables) qui valideront sa politique pour le remercier d'être élus et à l'abri du besoin pour quelques années.

  • Par raslacoiffe - 19/05/2017 - 16:42 - Signaler un abus Les lendemains qui déchantent

    C'est pour bientôt... Dire que les Français ne voient rien arriver!!!Désespérant.

  • Par Deneziere - 20/05/2017 - 09:51 - Signaler un abus Libéralisme et état

    La possible compatibilité entre le libéralisme et un état fort, pour les libéraux, se limite aux fonctions régaliennes. Point barre. A ces fonctions, pour la France, on pourrait à l'extrême rigueur ajouter celles qui ont un sens historique au regard de la cohésion nationale. Malheureusement, c'est la porte ouverte à tous les abus, comme on le constate avec l'éducation et la protection sociale. Rappelons enfin que le ministère de l'économie n'est pas régalien. Tout ceux qui glapissent contre le soi-disant libéralisme de untel ou untel sont des tartuffes. La France en est à des années-lumières, et Micron aussi.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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