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L’océan Atlantique monte de 12,8 cm au nord de New York en 2 ans : ce que cette hausse sans précédent préfigure sur les côtes françaises

Cette hausse observée par des scientifiques américains est due à des circonstances spécifiques à la région, mais aussi au vaste phénomène de hausse du niveau de la mer. Ce à quoi l'Amérique du Nord est confrontée, certaines régions de France doivent aussi y faire face.

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L’océan Atlantique monte de 12,8 cm au nord de New York en 2 ans : ce que cette hausse sans précédent préfigure sur les côtes françaises

L’océan Atlantique est monté de 12,8 cm à New York en 2 ans.  Crédit Reuters

Atlantico : Comment expliquer ce phénomène localisé dans le nord-est des Etats-Unis ? Comment, en 2 ans, le niveau de la mer a-t-il pu monter de 128 mm ?

Fernand Verger : Il est probable qu'il s'agisse d'un phénomène maritime exceptionnel et localisé lié à une modification des courants de marée dans une configuration géographique donnée. Cette hausse est localisée et non générale. C'est lié au phénomène, mais une augmentation aussi rapide se greffe sur un niveau de la mer qui monte. La configuration géométrique du littoral a une grosse importance sur la marée. Si cette géométrie change, les niveaux changent aussi. Car il faut bien savoir que la marée est un phénomène ondulatoire qui tient compte de la géométrie du bassin réceptif : les caps peuvent avoir un effet de ralentissement et d'augmentation à l'amont et à l'aval des rives.

Le chiffre de 128 mm est certes impressionnant, et l'on peut comprendre que les médias en aient fait leurs choux gras, mais on ne peut en aucun cas généraliser à partir de ce fait, qui reste local.

Si une hausse aussi rapide peut se produire là-bas, cela peut-il se produire sur nos côtes ? Lesquelles ?

Des modifications du dessin littoral sous l'effet des tempêtes et de la montée générale du niveau de la mer peuvent se produire sur nos côtes (estuaires de la Somme, de la Loire, de la Gironde ; bassin d'Arcachon, baie de Bourgneuf, delta du Rhône.....) et y entrainer des conséquences sur le niveau des pleines mers locales. Admettons que le Cap Ferret, qui ferme en partie le Bassin d'Arcachon, "s'ouvre" : alors, la marée dans le bassin changera. Il sera beaucoup plus vulnérable face à la pleine mer, le remplissage sera plus rapide et plus important. Des morceau du littoral sombreraient très rapidement dans ce cas.

La période de fortes marées actuelle et les tempêtes que nous avons connues ces dernières années sont-elles liées au phénomène de montée des eaux ?

Effectivement cela se rattache à la montée du niveau de la mer. Xinthia, qui a envahi La Faute sur Mer et le Marais poitevin, n'aurait pas eu les mêmes effets au 19e siècle, car le niveau était plus bas. Si vous enlevez 20 centimètres au niveau de la mer, cela change bien des choses. Or c'est exactement de 20 centimètres que le niveau de la mer a augmenté depuis le début du 20e siècle. Beaucoup de digues ont été construites au 19e siècle, et un certain nombre d'entre elles n'ont pas été surélevées. Aujourd'hui leur hauteur est insuffisante, comme on a pu le voir dans le Marais poitevin. Ce à quoi nous assistons, c'est à une accélération de ce phénomène déjà entamé depuis longtemps.

Ces fortes montées locales sont-elles aussi graves qu'elles en ont l'air, comparé au lent et constant mouvement de montée du niveau de la mer ?

Lors de la dernières glaciation, le niveau de la mer se trouvait 100 mètres plus bas qu'aujourd'hui. A l'époque on pouvait se rendre à pied dans ce qui est aujourd'hui l'Angleterre. Nous nous trouvons dans une reprise de la montée géologique, mais rappelons bien que ce phénomène progressif est tout ce qu'il y a de plus normal. On s'effraie de 128 mm à un endroit par suite d'une configuration particulière des lieux, mais on a bien assez des 3 millimètres annuels. En outre, des travaux ont été réalisés à divers endroits, comme en Gironde, parce qu'une centrale nucléaire se trouvait dans une situation très proche de celle de Fukushima en 1999. Des mesures ont donc été prises, tout comme après la tempête Xinthia. C'est simple : à chaque fois qu'une catastrophe se produit, ou qu'on la frôle, on prend des mesures. Mais en Flandre française ou dans le bassin picard, aucune mesure n'est prise. Pour que les pouvoir publics réagissent, il faudra une catastrophe… Sachant qu'une catastrophe sans morts est "saine" en ce qu'elle nous pousse à nous équiper pour l'avenir.

 
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Fernand Verger

Fernand Verger est géographe et géomorphologue, professeur émérite du département de géographie de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris, et directeur d’études honoraire à l’École pratique des hautes études.

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