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Objectif inflation : la Fed et la BCE font-elles monter les prix ou monter la bourse ?

Ou font-ils monter l'immobilier ?

Money time

Publié le
Objectif inflation : la Fed et la BCE font-elles monter les prix ou monter la bourse ?

Atlantico : La Fed et la BCE font-elles monter les salaires, l’immobilier ou la bourse ?

Jean-Paul Betbeze : la bourse, puis l’immobilier, puis les salaires, bientôt… Et pourtant, la Fed, la Banque centrale américaine, fait tout son possible ! Elle a deux objectifs, bien différents : le plus haut niveau d’emploi compatible avec la stabilité des prix, définie comme 2% d’inflation à moyen terme. On peut dire qu’elle réussit à moitié, ou étrangement, avec un taux de chômage de 4,2%, le plein emploi, mais avec une inflation sous-jacente (hors produits volatiles) encore à 1,5%. Les salaires horaires montent de 2,4% seulement.

Nous n’avons donc plus, aux Etats-Unis, les hausses de salaires à 4% des hauts de cycles précédents, même si nous avons à peu-près le même taux de chômage. La croissance « fait » moins d’emploi, cet emploi « fait « moins » de salaire et ce salaire « fait » moins d’inflation. 

Donc, aux Etats-Unis, la Fed persiste. Elle maintient sa politique monétaire « accommodante »,  pour obtenir 2% d’inflation en essayant de pousser plus d’Américains vers le marché du travail. Les taux courts sont à 1,25 % et le taux à 10 ans est 2,4%. Donc les taux courts sont négatifs en termes réels et les taux longs à un minimum historique. L’objectif de la Fed est que les entreprises empruntent (en banque ou plus encore sur le marché) pour augmenter leur rentabilité en investissant, puis en embauchant. Donc les salaires augmentent, puis l’inflation. Mais, avec ces taux d’intérêt si bas, les profits des entreprises montent certes, sans être pour autant entièrement réinvestis : les entreprises restent très liquides. Les plus grosses, portées par la révolution technologique en cours, atteignent des valeurs très élevées et continuent d’augmenter. Inutile de placer dans des bons d’état qui rapportent 2,4% sur un an, si la bourse le fait en une semaine ! Mieux vaut des monopoles mondiaux liquides !

Le Dow Jones  est ainsi passé de 18 600 le matin de l’élection de Donald Trump à 23 440 actuellement : +26% ! Quant à l’immobilier, il bénéficie de ces taux longs très bas, puisqu’un même remboursement mensuel permet d’acheter plus beau et plus grand. Le prix de vente médian d’une maison neuve est actuellement de 320 000 dollars, contre 220 000 en 2010 à la sortie de crise et 280 000 en 2007-2008, son plus haut précédent. Au fond, sur un an, acheter un bon d’état américain rapporte 2,4%, une maison augmente d’au moins 10 % et la bourse américaine de 30%. 

La baisse des taux court et long a fait monter l’inflation, mais pas celle qu’on voulait, pas celle des salaires et du coût de la vie. Elle est passée dans le prix du mètre carré et dans celui des titres ! A continuer ce jeu, on alimente une bulle immobilière et boursière, jusqu’à ce que 2% s’ensuive. Avec alors les risques de remontée des taux courts et longs pour des entreprises et des ménages trop endettés, dans une économie qui peut ralentir trop vite, sinon tomber en récession. Aujourd’hui, Donald Trump « pousse la machine » par la déréglementation et la baisse des taux d’impôts au-delà de sa limite « normale », signalée par le plein-emploi qu’elle a atteint grâce à la baisse des taux d’intérêt. 

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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