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Nucléaire en Iran : Les Etats-Unis et la France responsables ?

Et si le programme nucléaire iranien trouvait sa source dans l'Occident ? C'est ce qu'Edouard Valensi explique, démontrant que la France et les Etats-Unis ont accompagné pendant des années les ambitions nucléaires à la frontière du Golfe Persique. Extraits de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix" (2/2).

Arme persane

Publié le 15 juillet 2012
 

A bien des égards, le dossier iranien évoque la détestable comédie nucléaire irakienne : George Bush et Saddam Hussein plaidant de concert le faux pour aller ensemble vers le pire. Dans le dossier nucléaire iranien, tout est également dissimulation, demie ou contre-vérité, tant du côté iranien qu’occidental, pour laisser au final un pouvoir théocratique se doter de l’arme nucléaire.

Cette dérive peut être stoppée, mais à condition d’accepter une réalité à laquelle doivent se plier les diplomates :

- admettre que pour la Nation iranienne l’accusation de prolifération nucléaire n’a pas de sens, et qu’à la source du programme nucléaire on trouve la France et les Etats-Unis,

- reconnaître que le programme iranien est toujours en gestation et qu’il faudra des années avant que le pouvoir iranien dispose d’une tête opérationnelle,

- concéder qu’il n’est pas possible d’y mettre fin ni par une action militaire, ni par des sanctions unilatérales,

- pour qu’au final la Nation iranienne mette d’elle-même fin à ce programme et renoue ainsi avec la communauté internationale.

A la source du programme nucléaire iranien : les Etats-Unis et la France

Ce programme s’inscrit, en effet, dans une continuité historique, celle de la traditionnelle puissance d’un empire dont la capitale, Persépolis, était le centre du monde. Un héritage qui demande que l’Iran, aujourd’hui, s’affirme au dessus de ses voisins, « leader naturel d’une région, écouté attentivement par tous les Etats qui la composent. Cela cadrerait avec l’image que l'Iran nationaliste fait de lui-même : une grande et ancienne civilisation qui tranche avec les petits États arabes du Golfe, de grossiers parvenus et c’est là une version édulcorée des jugements que les nationalistes iraniens portent sur les monarchies arabes voisines du Golfe ».

Une prétention qui naguère recueillait des soutiens empressés. Pendant des années les Etats-Unis et la France firent assaut de diplomatie et d'inconscience pour accompagner les ambitions nucléaires de l’Iran du Chah Mohammad Reza Pahlavi. Tant a été fait que l’on ne peut rappeler ici que les principaux engagements :

- en 1959 est créé le Centre de recherche nucléaire de Téhéran (CRNT), exploité par l'Organisation de l'Énergie Atomique d'Iran (OEAI). Le CRNT était équipé avec un réacteur nucléaire de recherche fourni par Washington, d'une puissance de 5 MW, opérationnel depuis 1967 et fonctionnant à l'uranium hautement enrichi,

- en 1974, moyennant un prêt iranien de 1,18 milliards de dollars, la France accorde à l’Iran 10% dans Eurodif et 10% de sa production. Elle s’engage à faire construire par Framatome cinq centrales atomiques, à approvisionner l'Iran en uranium enrichi et à faire construire par Technicatome un centre nucléaire,

- Au même moment une idylle nucléaire était nouée avec les industriels américains Westinghouse et General Electric avec le Chah comme jeune premier.

- Pire, en 1976, le Président américain Gerald Ford donne son accord pour la revente à Téhéran d’une installation de traitement du combustible nucléaire, permettant d'extraire du plutonium : c’est à dire du coeur d’une bombe !

L’arrivée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeiny en 1979 va mettre fin à ces bien imprudentes collaborations.

Ainsi la France prive l’Iran de l’accès à l’uranium d’Eurodif.. De cette décision unilatérale va résulter de grandes tensions et elle pourrait être à l’origine de plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers. Ils seraient ourdis par le régime des mollahs jusqu’à ce que la France et l’Iran règlent en 1991 le contentieux Eurodif. La France rembourse plus de 1,6 milliard de dollars, l’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif.

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Extrait de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix", l'Harmattan (30 mai 2012)

 


Edouard Valensi

Edouard Valensi est l'auteur de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix" aux éditions de l'Harmattan

Il est resté pendant dix ans à la tête de la cellule qui a programmé la force de dissuasion française au sein de la Délégation générale pour l'armement.

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