Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 17 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

La nouvelle prime d'activité ne résout en rien l'empilement des aides sociales françaises, alors que la création d'un impôt négatif permettrait de le faire

Le premier ministre a annoncé mardi 3 mars la création d'une "prime d’activité", à destination des bas salaires et qui a pour intention de remplacer le revenu de solidarité active et la prime pour l’emploi. Ouverte aux jeunes, contrairement au RSA, elle a pour vocation à compléter les salaires modeste et à inciter les chômeurs à retrouver du travail.

Demi mesure

Publié le

Alors que le France doit prouver sa maîtrise budgétaire pour répondre aux critères de Maastricht, quel impact cet impôt négatif aurait-il dans les finances publiques ?

J'ai le sentiment que cet impôt négatif correspondrait à une rationalisation de l'Etat providence, avec une concentration d'aide à ceux qui en ont le plus besoin.

Il n'y aurait pas de coût supplémentaire. L'objet est d'avoir une protection efficace pour ceux qui en ont vraiment besoin. Comme le disait Tony Blair: "Il nous faut construire un filet de solidarité qui soit un tremplin, et non pas un filet qui enferme".

La solidarité de l'Etat se finance à travers de nombreuses ponctions, comme la CSG par exemple. Qu'en serait-il d'un impôt négatif ?

En réalité, l'impôt négatif aurait effectivement beaucoup plus de sens si l'on faisait une réforme de l'impôt sur le revenu qui engloberait la CSG – qui est en réalité un impôt déguisé. Et non pas avec pour perspective d'augmenter la progressivité de la CSG comme le propose Piketty, qui serait une folie alors que nous avons déjà le record de la taxation marginale sur le travail. Mais au contraire, dans l'esprit de proportionnaliser davantage l'ensemble impôt sur le revenu + CSG, avec une retenue à la source. Cela constituerait un dispositif simple, efficace, par rapport au mille feuille des diverses allocations sociales votées au fil du temps.

En quoi un tel impôt pourrait-il pallier la désincitation au travail que les dispositions actuelles semblent provoquer ?

Il faut être clair sur l'idée qu'un impôt négatif a avant tout pour objectif d'être un filet de solidarité efficace. En effet, il permettrait de gommer l'effet de taxation marginale dissuasive du travail en bas de l'échelle des salaires.

En revanche, certains comme à gauche, ou libéraux comme Gaspard Koenig, évoquent un revenu universel pour tous. Je suis très réservé sur cette proposition qui alimente les mécanismes de l'assistance et qui donnerait à chacun un droit sur le travail des autres. Je défends le revenu minimum garanti. Il faut pour autant faire attention à ce que ce revenu minimum ne soit pas considéré comme un choix de vie : c'est la raison pour laquelle l'Angleterre, ou les Etats-Unis par exemple ont développé un "workfare", c'est-à-dire des emplois d'utilité collective pour sortir les personnes de l'enfermement éventuel dans ces revenus minimums.

Dans quelle mesure, selon vous, le système actuel n'est-il pas suffisamment incitatif à l'emploi ? Comment coupler ces deux objectifs que sont le fait d'assurer un revenu minimum pour tous, et d'inciter à un retour à l'emploi ?

C'est une question délicate. Indiscutablement cependant, lorsque le montant et la durée des indemnisations de chômage est moins généreuse qu'en France, on observe que le phénomène qui consiste à aller "prendre son chômage" existe moins.

Nous connaissons tous des gens qui "prennent leur chômage", qui l'utilisent au maximum, de manière répréhensible.  Il faut peut-être revoir les allocations chômage dans un sens plus incitatif, réformer dans le but d'inciter au travail est une bonne chose, mais cela n'aurait aucun sens de le faire dans une période où il n'y a pas d'emploi.

Cliquez sur "plein écran" pour lire le programme d'action d'Alain Madelin

 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Madelin

Alain Madelin a été député, Ministre de l'Economie et des Finances et président du Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale, avant d'intégrer l'UMP.

Il est l'auteur de Faut-il supprimer la carte scolaire ? (avec Gérard Aschieri, Magnard, 2009).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€