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La nouvelle ministre de la culture confrontée au retour du serpent de mer de la réforme de l’assurance chômage des intermittents du spectacle

Le dossier épineux des intermittents va-t-il être le baptême de feu de la nouvelle ministre de la culture ? Le patronat vient de mettre de l’huile sur le feu en annonçant vouloir neutraliser le surcoût, estimé à 200 millions d’euros, engendré par le régime spécifique des intermittents du spectacle qui concerne 150 000 bénéficiaires.

Clientèle électorale

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La nouvelle ministre de la culture confrontée au retour du serpent de mer de la réforme de l’assurance chômage des intermittents du spectacle

La nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a passé huit ans au CNC, elle est donc issue du sérail culturel, contrairement à Fleur Pellerin.

Atlantico : Va-t-on assister à un nouveau bras de fer entre le gouvernement et le monde de la culture comme en 2014 ? 

Josée Pochat : C’est avant tout son manque d’autorité qui affaiblit l’exécutif qui n’est jamais capable de taper du poing sur la table. Sur le dossier des intermittents du spectacle, on connait le scénario par coeur avec leur menace récurrente de faire grève et de torpiller le festival d’Avignon. Mais les véritables acteurs du dossier, ce sont les partenaires sociaux qui tous les trois ans renégocient les conditions d’indemnisation des chômeurs. Et les intermittents représentent 150 000 chômeurs sur les 5 millions inscrits en catégorie de A à C et à eux-seuls ils représentent 1 milliards des 4 milliards de déficit annuel de l’assurance chômage. Ce sont eux qui cotisent le moins qui sont servis le plus. De toute façon il n’y a jamais de bons moments. Mais aujourd’hui, le déficit global de l’UNEDIC va atteindre à la fin de l’année la somme abyssale de 30 milliards.

En 2012, le rapport de la Cours des comptes titrait « Le régime des intermittents du spectacle, la persistance du dérive massive ». Tout est dit.

Eric Verhaeghe : A moins que Manuel Valls (ou François Hollande) n'interviennent personnellement en amont pour désamorcer la crise, on voit mal comment le problème pourrait être évité. Rappelons ici que les intermittents contestent l'existence du surcoût qu'on leur impute et soutiennent même que l'application des règles de droit commun leur serait plus favorable. Ils n'en sont pas à un paradoxe près, puisque les intermittents adorent soutenir, dans le même raisonnement, qu'ils doivent bénéficier de la solidarité et qu'en même temps ils en sont les victimes! Sur le fond, c'est Manuel Valls qui était intervenu en 2014 pour assouplir les mesures que les partenaires sociaux avaient prises en ce sens. On ne serait pas à une contradiction près. Aujourd'hui, on vit sur le mythe embrouillé selon lequel le régime des intermittents est indispensable à la culture en France. Nous sommes le seul pays qui pense que la culture passe par des subventions aux chômeurs. Personne n'ose évidemment dire la vérité: depuis que la culture est une politique publique, le rayonnement de la culture française s'éteint. Depuis l'arrivée de Jack Lang rue de Valois, la France n'a plus produit aucun artiste de renommée mondiale, et le marché de l'art s'éloigne de la France. Cherchez l'erreur!

Après les profs, le gouvernement risque de se mettre à dos le monde de la culture à quelques mois des présidentielles, c’est encore la base électorale du ps qui s’effrite… L'exécutif peut-il prendre ce risque politique dans la situation actuelle ?

Eric Verhaeghe : L’exécutif fait aujourd'hui un calcul totalement suicidaire. Hollande est convaincu qu'il sera le seul candidat de gauche au premier tour, en dehors de Mélenchon qui ne pèse même plus 5%. Il ne fait donc plus d'effort pour rassembler à gauche, mais a décidé de piéger la droite en proposant des textes qui la mettent en difficulté. Soit la droite les vote, et elle se compromet, tout en permettant à Hollande de mordre sur ses voix. Soit la droite les refuse, et Hollande pourra reprocher le jour j à son adversaire son manque de cohérence. Dans tous les cas, on voit bien que le discours qui se met en place est celui du rassemblement et de la main tendue à droite pour le second tour, sans trop se soucier des gens de gauche. Cette démarche a une logique: si Hollande affronte Marine Le Pen au second tour, il pourra revendiquer un libéralisme compatible avec une bonne partie de l'opinion de droite. C'est sa seule façon de convaincre les électeurs de droite de voter Hollande plutôt que Le Pen. Dans ce cas de figure, Hollande part du principe que les voix de gauche lui seront acquises.

La création d’un fond de soutien à l’emploi culturel prévu pour juillet 2016 ne pourrait-il pas apaiser les tensions ? Sinon, quelles autres pistes existent ?

Josée Pochat : En France, on considère qu’indemniser les chômeurs doit servir à financer une politique culturelle. On doit cesser de mélanger les genres. L’assurance chômage n’est pas faite pour subventionner la culture. Il faut distinguer ces deux sujets et ne pas les mettre sur un pied d’égalité. On parle de deux choses différentes. C’est au ministère de la Culture de financer éventuellement avec le budget qui est le sien un fond culturel. Et l’indemnisation des chômeurs est un autre sujet.

Mais dès que le dossier sur les intermittents revient sur la table, les personnalités du monde de la culture montent au créneau et dénoncent l’injustice des mesures en martelant qu’elles visent les plus précaires. C’est faux. Le statut des intermittents pose deux problèmes majeures qu’il faut absolument résoudre. Le premier problème est posé par la fameuse « annexe 8 » qui concerne des métiers qui n’ont absolument rien à voir avec le monde du spectacle comme les coiffeurs, comptables, tapissiers, stylistes, maçons… Lorsqu’ils arrivent à Pôle emploi, ils se définissent par leur statut d’intermittents du spectacle et non par leur métier. Et lorsque les conseillers de Pôle emploi leur proposent des offres en rapport avec leurs spécialités, ils refusent pour ne pas perdre leur statut d’intermittent, plus avantageux que le régime général. L’autre problème à régler c’est la situation des « permittents »: qui vient de la contraction entre le permanent et l’intermittent.

Le phénomène est tellement massif qu’on a du inventer un mot pour désigner ces personnes qui ont le statut d’intermittent du spectacle mais qui sont employées depuis des années par un seul et même employeur. Il y a une fraude généralisée. Prenons un exemple réel de quelqu’un qui travaille dans une société de production et qui touche 3000 euros par mois. La société de production lui verse 2000 euros net par mois du 1er au 20 de chaque mois et du 20 au 30, Pôle emploi lui verse 1000 euros. Mais en réalité elle travaille le mois entier pour la société de production. C’est donc de l’argent détourné. C’est le cas en radio et en télé où pendant la période des grilles d’été, les contrats des intermittents s’arrêtent et c’est Pôle emploi qui leur rémunèrent leurs vacances. Il y a un exemple célèbre, celui de Stéphane Guillon qui s’est fâché avec France Inter après 7 ans de collaboration. Les prudhommes ont requalifié ses contrats en CDI et Radio France a été condamnée à verser 212 000 euros à Pôle emploi qui payait indument les vacances de l’humoriste. Le problème c’est que ce système est utilisé à grande échelle dans les radios, les télévisons, les sociétés de production ce qui leur permet de vendre leurs programmes à des prix dérisoires. Ce n’est donc même plus de la culture que Pôle emploi finance mais de la sous-culture ! Peut-on encore se permettre cela? Jusqu’où va-t-on aller ? Est ce que 30 milliards de déficit ne suffisent pas?

Eric Verhaeghe : Le bon sens devrait d'abord consister à se demander si oui ou non la culture française a besoin de financer les intermittents. La culture française rayonne-t-elle plus depuis que le régime des intermittents existe? Je ne crois vraiment pas, et on peut même préjuger du contraire: le régime des intermittents attire, grâce à ses bons soins, des gens qui n'ont aucun talent mais qui peuvent vivoter en se livrant à quelques impostures artistiques et en insultant le système qui les fait vivre. En outre, il permet à des majors de dégager d'importantes marges de profit en reportant le coût de la précarité sur le smicard qui travaille à l'usine. Dans la culture comme dans d'autres domaines, la "solidarité" est la meilleure arme que le grand capital utilise pour tenir la base et saigner les classes moyennes, tout en préservant ses profits. Le bon sens serait de demander aux entreprises culturelles de financer leur propre régime d'indemnisation, s'il est plus favorable que le régime ordinaire.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/02/2016 - 10:14 - Signaler un abus La loi Lang-de-pute Aubry a donc institué la fraude généralisée?

    La loi socialiste de 1993, aggravant et élargissant le statut des intermittents a créé la fraude, avec l.aide des festivals t'es d'été qui ont fait le petit chantage minable, et il aura fallu attendre 23 ans pour se rendre compte que cela pose un grave problème d'Egalité??? Évidemment puisque c'est dérogatoire! Ce que ne veulent pas avouer les gauchistes, c'est que ce régime dérogatoire, qui devait nous fournir la culture la plus exceptionnelle au monde, a abouti à l'exact inverse des buts que poursuivaient l'exception...éternelle histoire gauchiste? Plutôt que se demander si les exceptions doivent être abrogées ( ce qui est une évidence) ils devraient évoquer la libération totale de la culture, mise au tapin par Lang-de-pute et Martine Aubry, les deux macs de la culture gauchiste...

  • Par Anguerrand - 19/02/2016 - 14:01 - Signaler un abus Le scandale des régimes speciaux

    Pour un régime PS qui se dit égalitaire, comment peut il admettre les milliards dépensés pour le régime chômage des intermittents du spectacle ( 1 milliard), le régime des fonctionnaires et pire des régimes spéciaux ( 20 milliards) . Comment le privé qui doit financer ces dépenses pour des privilégiés ne se rebelle t il pas ? Le FN n'évoque pas non plus une mise à niveau de tous ces privilèges honteux.

  • Par tubixray - 19/02/2016 - 17:51 - Signaler un abus Salut les troubadours

    On évoque largement les pseudo intermittents ou les pseudos spectacles travaillant à la télé ou à la radio..... Exemple récent à un festival régional ou des artistes remarquables sont invités chaque année; en 2015 mauvaise pioche un spectacle qu'un bobo encarté à EELV ne supporterait même pas, l'un des "artistes" était en fait un des permanents du festival lourdement subventionné par la commun .... Les fumistes à pole emploi comme tout le monde ....

  • Par vangog - 19/02/2016 - 18:01 - Signaler un abus @Anguerrand Le FN, c'est l"Egalité pour tous"!

    Dans le programme du Front National, vous pourrez lire: "de même, dans un objectif de simplification, il convient de fusionner les régimes de base et les régimes complémentaires-dont la distinction n'a plus lieu d'être, aujourd'hui. dans la fonction publique, une caisse de retraite séparée doit être instituée; Elle prélèverait les cotisations instituées sur les traitements, et verserait les pensions correspondantes. les régimes indemnitaires (primes) seraient alors intégrés dans les calculs des cotisations et des pensions". ça change tout, n'est-ce-pas @Anguerrand?

  • Par Anguerrand - 19/02/2016 - 20:03 - Signaler un abus Non vangog le FN n'est pas l'égalité pour tous

    Le programme FN ne prévoit pas la suppression des régimes spéciaux ni l'alignement des avantages criants des fonctionnaires. De plus vous souhaitez l'égalitarisme comme les socialistes. Hollande, par ailleurs a viré Fleur Pèlerin qui n'était pas une flèche, à la demande de Julie Gayet ce qui est purement scandaleux, un cas précédent s'était produit suite à l'intervention de Valoche. C'est ça la république exemplaire promis par FH.

  • Par Borgowrio - 19/02/2016 - 21:37 - Signaler un abus Assistés et compagnie

    Exeption française , des faux artistes qui tapent sans vergogne dans la caisse des chômeurs et se verrouillent un régime super avantageux en sabotant les spectacles payant et les vrais artistes avec public qui eux payent des impôts

  • Par vangog - 20/02/2016 - 01:28 - Signaler un abus @Anguerrand vous ne vous demandez pas pourquoi les médias

    français sont envahis, depuis quelques années, et encore plus aujourd'hui ( même votre média favori...) par les gauchistes les plus médiocres, les Askolovitch, Joffrin, Bourdin, Weill, El Krief de la propagande gauchiste, alors que les Français sortent progressivement, mais sûrement, de leur manipulation gluante? Car des petits soldats comme Filipetti, puis Pellerin accumulent laborieusement les pierres du mur de la honte médiatique qu'a commencé à dresser Lang-de-pute, ministre du collabo Miterrand. Ne vous leurrez pas! Ce n'est pas parceque Pellerin a été évincée un peu brutalement par la grosse limace, qu'elle n'a pas apporté sa pierre à l'édifice de la propagande gauchiste,..

  • Par vangog - 20/02/2016 - 01:35 - Signaler un abus @Anguerrand peut-être ne savez-vous pas lire...

    mais avec les patriotes, les fonctionnaires deviendront des Francais comme les autres, qui cotiseront pour leur régime de retraite... Avec les UMPS, c'est vous et moi, Anguerrand qui payons leurs retraites grâce à nos impôts, et cela ne sera plus le cas avec les patriotes! Et pour les régimes spéciaux, je vous conseille la lecture du programme du FN, qui a l'intention de tailler dans le maquis des caisses de retraite spéciales et de le simplifier en les regroupant. Et oui, l'Egalité, Anguerrand, l'Egalité!

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Josée Pochat

Josée Pochat est chef du service politique de Valeurs actuelles.

 

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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