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Si Nicolas Hulot est parti parce qu’il pense que la transition écologique est incompatible avec le système d’économie de marché, il se trompe grave

L’embarras d’Emmanuel Macron du départ de Nicolas Hulot montre à quel point une minorité d’écologistes a pris en otage l’appareil d’Etat et la démocratie et freine les capacités de progrès technologique.

Atlantico Business

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Si Nicolas Hulot est parti parce qu’il pense que la transition écologique est incompatible avec le système d’économie de marché, il se trompe grave

 Crédit PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Dire que le départ de Nicolas Hulot n’a pas plongé dans l’embarras le président de la République est un euphémisme. Ce départ montre à quel point nous avons du mal à engager la transition énergétique de façon sereine et positive. Il faut lire le papier de Jean-Pierre Chevènement dans Le Parisien d’hier. L’ancien ministre de l’Intérieur a de l’expérience en matière de démission ; il en a surtout dans la gestion des contradictions de « ses amis éco ». 

A entendre Nicolas Hulot expliquer les raisons de son départ, il aurait pris conscience qu‘il y avait une contradiction entre les nécessités de la transition écologique et les contraintes de l’économie de marché.
Les lobbies, pour reprendre son expression, défendent le système mondialisé, la grande finance et la grande industrie et s’opposent à la réforme tout en noyautant le fonctionnement des démocraties. 
Ce débat n’est pas d’hier. Sans remonter à la révolution française, où Danton et ses amis recensaient les groupes de pression pour les éliminer les uns après les autres, tous les pouvoirs sont soumis à l’influence et même à la pression des lobbies qui agissent au nom de groupes professionnels ou d’intérêts privés. Le fonctionnement de ces lobbies est d’ailleurs «organisé et contrôlé » comme des rouages importants de la démocratie et de l’expression des opinions. En l’occurrence, le groupe de pression qui aurait eu la peau du ministre serait celui des chasseurs. On a de la peine à croire que Nicolas Hulot ait baissé les bras devant le président des chasseurs. Mais passons ! En plus, il doit bien connaître ces pratiques puisque lui même se voyait comme animateur d’un lobbie dument déclaré.
 
Le problème que soulève le départ de Nicolas Hulot n’est donc pas là, il est autrement plus grave. 
Le problème, pour la classe politique et une partie de l'opinion, est de savoir si l'engagement du pays dans la transition écologique est compatible avec le fonctionnement de l'économie de marché.
L’écologie c’est quoi : pour les uns, c’est l’objet d’un courant politique très, très minoritaire (en France du moins) dont l’objet initial est de dénoncer les excès de la croissance trop rapide et trop gourmande en énergies fossiles et en matières premières et dont la revendication principale est de lutter contre toutes les pollutions qui perturbent et menacent notre environnement. 
Ces questions environnementales et de préservation des biens communs comme l’eau, l’air, le sol et le sous sol sont évidemment d’une très grande importance. Personne ne peut être insensible à ce type de risques et d’inquiétudes. Ces risques «écologiques » se sont accrus depuis la fin de la dernière guerre avec une croissance économique rapide et ils se sont étendus à l’ensemble de la planète. 
La préservation de l’intérêt général passe donc par la préservation de l’environnement et par la préservation des équilibres naturels. 
 
Toute la question qui concerne tous les humains, riches et pauvres, noirs et blancs, de tous les continents et de toutes les religions, est donc de savoir comment et par quel moyen peut-on préserver les équilibres (climat, énergie, matières premières). 
On se retrouve aujourd’hui devant deux écoles antagonistes. 
L’une qui considère que la transition écologique doit être pilotée par l’Etat et par ceux qui « savent » ce qu’est l’écologie et qui passe idéalement par un abandon du système de marché capitaliste et mondial puisque c’est le mal. 
L’autre école considère que l’impératif écologique est totalement compatible avec le fonctionnement de l'économie de marché, et même que ça peut être un de ses moteurs. 
 
Les partisans de la première école se recrutent parmi les militants de l’écologie. Les mouvements écologiques ont été très rapidement accompagnés par des intellectuels, qui ont perçu dans les risques naturels, celui d’une catastrophe mondiale dont il fallait se protéger coute que coute. La protection est devenue idéologique, c’est à dire qu’elle s’imposait, quelque soit le cout et les effets collatéraux. D’autant que les membres de ce courant (intellectuels et leaders d’opinion) ont découvert dans l’écologie une façon commode de se ranger dans le camp du « bien » depuis que la gauche a quasiment disparu. Le camp du mal étant celui de l’entreprise, de l’argent et du système. 
La lutte contre l’énergie nucléaire a cristallisé les écologistes et coagulé l’opposition d’une partie des opinions publiques. Nicolas Hulot, qui n’était pas un anti-nucléaire de la première heure, s’est rendu compte très vite qu’en assumant le programme nucléaire français (les projets d’EPR), il risquait de perdre ses appuis et ses soutiens dans l’opinion. 
 
 
Commentaires

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  • Par cloette - 03/09/2018 - 08:44 - Signaler un abus Ecologie

    Décroissance ou Marché ? eh bien on ne sait pas . Et elle est de toute façon contradictoire , le nucléaire est propre, eh bien les écolos n'en veulent pas . Comme s'y reconnaitre ?

  • Par vangog - 03/09/2018 - 10:09 - Signaler un abus Si, au lieu de prôner l’écologisme punitif...

    qui imprègne le logiciel de la gauche, N.Hulot avait évolué vers une écologie intelligente telle que la pratiquent les patriotes RN, il aurait pu agir pour protéger la planète ...il ne lui reste plus , aujourd'hui, que ses emissions ushuaia, qui font passer des messages propagandistes très régressifs et très punitifs, grâce à des images magnifiques d’une planète quasi inhabitée par l’homme...une forme de lobbyisme écologiste (au sens de l’ideologie) assez inutile et assez morbide! Comme les émissions de Yann-Artus Bertrand, si vous ne coupez pas le son, vous aurez une irrépressible envie de vous suicider après les visionnage d‘émissions aussi pessismistes...

  • Par Citoyen-libre - 03/09/2018 - 11:11 - Signaler un abus L'écologie !!!!!

    Dans la réalité, elle a deux facettes : 1) Politique. Elle attire tout un ramassis d'utopiques opportunistes, qui ont vu là le moyen à peu de frais de faire de la politique, du brassage d'air et du médiatique, pour en tirer quelques privilèges et avantages. Et à l'usage, on a vu qu' ils ne savaient rien faire d'autre. Nous avons tous en tête les noms de ces parasites. 2) : l'écologie représente un formidable levier économique. C'est une manne financière colossale, qui touche tous les secteurs de l'industrie : BTP, transport, etc,. Globalement elle permet d'améliorer le bien être des gens. L'écologie, c'est très bien, mais sans tous ces politiques inutiles. Quand les gens isolent leur maison, ils ont un intérêt, c'est paparce que Duflot existe

  • Par guzy1971 - 03/09/2018 - 11:31 - Signaler un abus Commandant Sylvestre ne déçoit jamais

    ... et devrait éviter d'employer un langage "jeune" ridicule pour son âge : Je ne sais si M. N Hulot se trompe "grave" (yo !), mais la vison de l'écologie de M. Sylvestre est gravement datée.

  • Par Benvoyons - 03/09/2018 - 12:17 - Signaler un abus Faire croire qu'un retour en arrière est la seule solution alors

    que cela ne peut que produire que des transferts massifs de population & donc des guerres & des guerres civiles. L’augmentation massive de la pauvreté, d'un dérèglements de tous les traitements, soins, Hôpitaux etc.. Cette solution en fait ne fera qu'une réduction massive de la population mais que les Écologistes savent mais ne veulent pas assumer. Donc ils font croire à un monde merveilleux :)::)) En fait la seule solution est déjà intégrée dans les sciences & les recherches. Même la Recherche Spatiale fait bien parti de la solution. Les solutions sont en avançant & elles ne sont jamais par un retour en arrière. L'Histoire du monde le prouve.

  • Par Anouman - 03/09/2018 - 16:19 - Signaler un abus Ecologie

    En fait c'est surtout un marché intéressant pour certains mais pas forcément pour le consommateur final.

  • Par G.L. - 03/09/2018 - 18:40 - Signaler un abus D.D.

    Développement Durable. L'équilibre entre croissance économique, préservation de l'environnement et Progrès Social. Un très vieux concept qu'on a préféré enterré car il ne servait pas les intérêts des "Pastèques" Verts à l'extérieur et Rouges à l'intérieur. Voilà ce dont on à besoin, un ministère du Développement Durable...

  • Par ajm - 03/09/2018 - 21:53 - Signaler un abus Lanterne rouge de la croissance.

    On a surtout besoin de vrai développement économique, durable ou pas. Le marigot colberto-fiscalo-socialiste où gît lamentablement la France nous enferme dans une situation de lanterne rouge de la zone euro pour la croissance, elle-même region lanterne rouge de la croissance dans le monde.

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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