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Neurotechnologie : comment le cerveau pourrait devenir une arme aux mains des militaires (ou des terroristes)

Les neuro-technologies sont considérées comme des outils à "double usage", ce qui signifie qu'en plus de servir à la résolution de problèmes médicaux, elles peuvent aussi être appliquées (ou déviées) à des fins militaires. La possibilité d'une "prise de contrôle" sur le cerveau d'autrui n'est pas (plus ?) forcément une idée réservée aux fans de SF...

Côté obscur

Publié le

Quel est l'intérêt de cette avancée pour la science ? Cette innovation pourra-t-elle aidée les personnes victimes d'AVC ou celles malades d'Alzheimer ?

Comme cela a été mentionné, si l’on s’en tient aux applications pour lesquelles ces technologies ont été développées, il s’agit bien de développer des thérapeutiques innovantes, permettant de traiter des patients résistants aux médicaments dans le cas de la neurostimulation ou, plus audacieux encore, utiliser le signal nerveux lui-même pour permettre une certaine rééducation du patient après un accident qui ne lui permet plus l’autonomie de la commande motrice. Le développement de ces technologies fabuleuses suppose que l’on poursuive les découvertes sur le fonctionnement du cerveau normal, seules à même de nous permettre de comprendre et de corriger celui du cerveau "pathologique".

Dans le contexte que vous évoquez des accidents vasculaires cérébraux, il s’agit de vraies avancées thérapeutiques et chacun peut s’en réjouir. Maintenant, s’agissant de maladie d’Alzheimer, je suis beaucoup plus sceptique. L’enjeu pour cette maladie et pour les maladies neurodégénératives dans leur ensemble, est de trouver une solution qui "enraye" la mort neuronale, ce qui se retrouve dans une démarche que l’on désigne par la "neuroprotection". Beaucoup de travaux sont réalisés dans cette voie, mais rien de positif à cette heure… Si maintenant vous pensez qu’il soit possible de "rétablir" quelque peu la mémoire d’un patient atteint de cette maladie, alors oui la démarche scientifique est justifiée pour aller dans cette direction mais, en dépit d’un immense progrès sur les mécanismes de cette mémorisation, il est aujourd’hui impossible de "préserver" cette mémoire. Mais que ce soit impossible aujourd’hui ne signifie pas que cela sera encore le cas demain et les travaux doivent se poursuivre dans cette direction.

Les méthodes d’imagerie cérébrale pourraient permettre de "lire dans les pensées" les plus intimes des individus. Comment ?

Il est indéniable que le développement de l’imagerie cérébrale depuis une vingtaine d’années, et plus exactement de ce que l’on nomme l’imagerie cérébrale "fonctionnelle", a permis de faire progresser de façon quelque peu fulgurante les connaissances sur le cerveau humain. Plus exactement, ces méthodes expérimentales dites "non invasives" ou "peu invasives" (juste une petite injection intraveineuse dans le pire des cas) ont permis de remettre l’Homme au centre des recherches en neurosciences. Jusque-là, l’expérimentation était limitée à l’animal et l’abord des fonctions cognitives en était très limité. Ici le sujet humain, qu’il soit normal ou souffre d’une pathologie neurologique ou psychiatrique, va être soumis à des tests plus ou moins sophistiqués permettant l’exploration de ces fonctions cérébrales dites "supérieures", du langage à la mémoire en passant par les processus attentionnels…

Alors si nous visualisons les zones qui s’activent spécifiquement dans le cerveau d’un sujet en train de réciter un poème de Verlaine, il est de fait que nous accédons à un degré d’intimité qui permet de dire ce que vous mentionnez dans votre question. Beaucoup a été dit sur les fabuleux pouvoirs de cette imagerie. Et beaucoup a été dit de ses limites, en particulier lorsqu'il est imaginé pourvoir détecter le mensonge dans un prétoire dans une démarche de "neuro-justice". A ce stade, beaucoup de prudence s’impose face à l’utilisation de ces technologies et le mirage de l’image ne doit pas nous faire oublier notre ignorance et nous conduire à plus de modestie face à ces technologies, quelles qu’elles soient…

 
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  • Par zouk - 05/11/2015 - 09:48 - Signaler un abus Neurologie à double usage

    Du calme! Ce n'est qu'une expérience de laboratoire. Est-elle transposable à l'homme? Permettrait-elle de manipuler des masses? nous avons déjà la propagande et le mensonge pour ce faire: voyez nos gouvernements autour du monde. Et c'est déjà beaucoup trop.

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André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de neurosciences à Aix-Marseille université.

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