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Neuro-thrillers : pourquoi les films d'horreur font de plus en plus peur

Il n'y a pas que votre imagination. Grâce aux avancées de la recherche en neurologie, les films d'horreur sont beaucoup plus effrayants qu'ils ne l'étaient dans le passé.

Bouh !

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Neuro-thrillers : pourquoi les films d'horreur font de plus en plus peur

Atlantico : Les réalisateurs de films d'horreur s'appuieraient désormais sur des études neurologiques pour rendre leurs films encore plus terrifiants. Le cerveau a-t-il des zones spécialement liées à la peur ?

Philippe Vernier : Il y a effectivement dans le cerveau des régions qui sont spécifiquement activées par la peur.

Une de ces régions, qui est bien connue, est l'amygdale et les ganglions de la base, qui sont impliqués dans la mise en place de cette réaction de peur. Ces régions permettent de faire la corrélation entre un événement vécu et la peur : si vous voyez une voiture arriver sur vous ou s'il y a un animal effrayant en face de vous, par exemple. 

La peur est aussi souvent liée à un apprentissage : quand on a appris qu'une situation est effrayante, et qu'on la vit ou qu'on la revit, ou des choses approchantes, les systèmes de peur vont s'activer.

Pourquoi n'avons-nous pas tous les mêmes peurs ?

Nous avons tous un socle neurologique commun de peur "innée" et une partie de nos peurs qui sont apprises par notre cerveau en fonction de notre éducation.

La majorité des peurs sont apprises, c'est pourquoi nous n'avons pas tous les mêmes peurs. Par exemple, une personne née en montagne, habituée à marcher sur des pentes de plus en plus escarpées, aura appris à maitriser la peur du vide. Des citadins qui n'ont jamais vécu ce genre de situation et se retrouvent sur un pont avec du vide de chaque coté peuvent, à l'inverse, avoir très peur. 

Quels sont les éléments qui déclenchent systématiquement la peur au niveau du cerveau ?

Pour déterminer notre socle de peur innée, beaucoup d'expérience ont été pratiquées sur des animaux. Il en ressort que nos peurs innées touchent tout ce que attrait plus ou moins à notre survie immédiate. C'est un instinct primaire qui s'enclenche pour sauvegarder notre espèce. En ce sens, il est très important d'avoir des mécanismes cérébraux qui déclenchent la peur au bon moment.

Les petits animaux seront par exemple toujours effrayés par une ombre plus grosse qu'eux, un mouvement rapide ou un être entrain de vous charger, qu'ils associent à un possible prédateur. Les animaux évitent aussi naturellement le vide, sauf pour les animaux vivant en montagne. Toutes ces peurs "innées" se retrouvent chez l'homme. 

Comment expliquer que l'on ait peur au cinéma alors que le danger n'est pas réel ?

C'est une des facultés propre à l'être humain, qui nous distingue des animaux.
 

Notre cerveau a la capacité d'entièrement reconstruire un monde uniquement par ce que vous voyez et entendez sur un écran. Si le film est bien fait, vous pouvez ainsi totalement réagir comme si vous viviez réellement la situation.

C'est le même mécanisme cérébral qui se met en place lorsque vous lisez un livre de Stephen King par exemple. Vous avez peur alors que vous êtes chez vous, en sécurité, bien au chaud sous une couette. 

Dans les films d'horreur, quelles sont les peurs qui provoquent le plus de réaction chez le spectateur ?

Je pense que les réalisateurs s'emploient dans un premier temps à réveiller les peurs primitives des spectateurs, afin de toucher le plus grand nombre de personnes possible. Cela peut être des ombres, la nuit, des lieux clos dont on ne peut pas s'échapper (associés à des pièges), la vue du sang, des mouvement rapides, des êtres plus grands que nous, les griffes, les dents, les armes... Tout ce qui dans la vraie vie menacerait de nous blesser ou de nous tuer. 

Les peurs innées sont plus nombreuses pour les êtres humains que pour les animaux, car notre cerveau est plus dévellopé. Un animal dans un lieu clos ne paniquera pas forcément, car il ne l'associera pas à un piège qui peut lui couter la vie, alors que les humains si. 

Après, selon les pays et les différents cultures, les réalisateurs s'appuient également sur les peurs apprises. Une chose peut faire très peur en France et pas du tout au Japon. Mais je pense qu'un film d'horreur qui ne fait pas appel aux peurs innées à aucun moment n'a aucune chance de marcher, alors que l'inverse n'est pas vrai.

 
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  • Par zouk - 06/03/2016 - 10:06 - Signaler un abus Films d'horreur

    Un dévoiement caractéristique de notre civilisation: aller toujours plus loin dans l'amoralité pour dépasser l'habitude qu'elle engendre.

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Philippe Vernier

Philippe Vernier est Directeur de Recherche au Centre national de la recherche scientifique, et est le directeur de l’Institut des Neurosciences Paris-Saclay (CNRS Université Paris Sud).

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