Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 30 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

"Ne réduisons pas l'existence à la consommation"... Comment la gauche s'y est pourtant largement employée depuis 1968

Martine Aubry s'est prononcée contre le travail dominical prôné par Emmanuel Macron, au motif que le dimanche est "un moment précieux qui doit être consacré à la famille et aux amis, à la vie associative, à la culture et au sport". Omettant au passage que la gauche post soixante-huitarde a largement précipité le consumérisme tant méprisé.

Le client est roi

Publié le - Mis à jour le 12 Décembre 2014
"Ne réduisons pas l'existence à la consommation"... Comment la gauche s'y est pourtant largement employée depuis 1968

La gauche post soixante-huitarde a largement précipité le consumérisme tant méprisé. Crédit Reuters

Dans une tribune publiée mercredi 10 décembre dans Le Monde, Martine Aubry rappelle son opposition au projet de loi pour l'ouverture des commerces le dimanche, mettant au pilori les dérives d'une société consumériste :

"Veut-on faire de la consommation –  encore plus qu’aujourd’hui – l’alpha et l’oméga de notre société ? La gauche n’a-t-elle désormais à proposer comme organisation de la vie que la promenade du dimanche au centre commercial et l’accumulation de biens de grande consommation ?"

Atlantico : Cette gauche authentique, au-dessus des considérations matérialistes, à laquelle Martine Aubry semble se référer n'est-elle pas une gauche rêvée, qui n'a jamais existé dans les faits ?

Gilles Lipovetsky : C'est un effet de discours qui ne repose pas sur la question de la consommation, mais sur la défense des salariés vis-à-vis d'un certain nombre de réglementations.

Le grand discours idéologique sur la consommation est purement incantatoire. Ce ne sont pas 4 ou 5 ouvertures de plus par an qui vont changer quoi que ce soit au rapport à la consommation, qui a aujourd'hui envahi la quasi intégralité des expériences vécues des individus, puisque presque plus rien ne se produit sans échange marchand.  Qu'on le veuille ou qu'on le déplore, la marchandisation des expériences et des désirs est déjà là. Il en est allé de même à Grenoble, où les affiches publicitaires ont été interdites : c'est une mesure purement idéologique, déconnectée du monde consumériste tel que le capitalisme le produit. La gauche met en avant des valeurs prétendument anticonsuméristes pour se donner une virginité, mais en réalité elle défend simplement un certain nombre de catégories professionnelles qui ne tiennent pas à travailler le dimanche.

Christophe de Voogd : Je serais atterré par ce qu'a écrit Martine Aubry, si seulement j'étais vraiment surpris ! Son message va tout simplement à contre sens de la gauche historique, qui a œuvré pour l'amélioration du bien-être des classes populaires et en particulier des travailleurs pauvres. Ce mépris de la consommation n'est rien d'autre qu'une considération de NANTIE. L'expression "accumulation de biens" est symptomatique et devrait faire grincer des dents dans de nombreuses chaumières, car la France compte des millions de citoyens qui, par définition, sont privés de consommation. Et pourtant voilà qu'une personnalité de gauche s'inquiète de "l'excès" de consommation. On a tendance à oublier en France que "l'horrible" mondialisation libérale a sorti de la misère 700 millions de personnes en l'espace de 20 ans. 

Quelles ont été les grandes étapes qui ont nous ont amenés à la société de consommation que Martine Aubry dénonce ? 

Gilles Lipovetsky : La première phase se situe dans les années 1920 aux Etats-Unis. Elle marque le début de la consommation des classes moyennes. Le consumérisme de masse, à proprement parler, voit le jour après la Seconde Guerre mondiale. C'est ce qu'on a appelé les Trente glorieuses, à partir des années 1950, qui concrètement se sont traduites par l'équipement des ménages en électroménager, voitures, radios, télévisions, etc. Aujourd'hui nous ne nous trouvons plus dans une société de consommation de masse, mais d'hyperconsommation. Alors que dans les Trente glorieuses l'essentiel des dépenses allait à l'équipement des ménages, depuis les années 1980 le système est centré sur l'équipement des individus : chaque membre de la famille possède son smartphone, son ordinateur, sa télévision.

Durant les Trente glorieuses, la consommation de masse reste très marquée par des cultures de classe. Les biens de luxe ne sont pas des objets qui entrent dans les aspirations des classes dites "inférieures". Aujourd'hui, une dérégulation des modèles s'est opérée : les jeunes des quartiers les plus déshérités aspirent eux aussi à posséder des marques. Ce ne sont plus des produits qui sont achetés, mais des marques. Tout le monde ne peut pas accéder aux grandes griffes, mais le désir est là, ce qui n'était pas le cas auparavant. L'avion, qui autrefois était admiré au décollage par les classes populaires, est devenu accessible à tout le monde grâce au low-cost. Ce qui apparaissait comme réservé aux classes supérieures est désormais désiré par tout le monde.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 11/12/2014 - 09:10 - Signaler un abus Schizophrénie et incompétence!

    Scooter-Man et Vallsito répètent leurs mantras quasi-hebdomadaires: " il faut de la croissance, il faut de la croissance!...", et la théoricienne de la destruction du travail nous indique, à l'égal des écolo-régressifs, qu'il faut cesser de consommer et encourage la France à se balader le dimanche, et même, tous les jours de la semaine où c'est possible...le résultat de cette psychose de gauche? Toujours moins d'emploi et toujours moins de consommation...cherchez l'erreur! Un conseil aux gauchistes: " ne faites plus rien, ne touchez plus à rien, contentez-vous d'expédier les affaires courantes sans prendre aucune décision, car elles sont toutes plus calamiteuses les unes que les autres!"

  • Par sandhom - 11/12/2014 - 10:21 - Signaler un abus Et l'égalité ?!

    "Martine Aubry me rappelle mon arrière grand- mère, catholique ultra" Démonstration pas fausse, mais l’ambiguïté de la gauche est aussi là : Ne pas trop s'aliéner les travailleurs du dimanche mais faire tomber la pause dominicale et familiale catho, cette abomination chez tous haineux du catholicisme : Moi, je veux bien si l'on peut envoyer ses enfants à l'école le dimanche aussi, que les services publiques au service de tous les publiques soient ouverts, bref, qu'il n'y ait pas de limite. L'égalité pour tous.

  • Par superliberal - 11/12/2014 - 10:31 - Signaler un abus Ah Martine....

    Pas de consommation = pas d'emploi = pauvreté L'ouverture du Dimanche permettra au moins aux touristes de passage de consommer plus, pour les autochtones il y aura certainement une part de report de consommation de la semaine au WE et peut-être un surplus de consommation. C'est toujours ça de pris...et pourquoi pas tous les WE ?

  • Par JonSnow - 11/12/2014 - 10:52 - Signaler un abus Le dictateur Aubry contre la liberté

    Je trouve hallucinant l'attitude d'une certaine gauche, symbolisée par Martine Aubry, qui entend imposer aux gens ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire le dimanche. Selon elle, le dimanche "DOIT être consacré à la famille" ect..." Donc, interdiction de faire du shopping. D'autres commentateurs s'exprimaient comme si on allait obliger les gens à consommer le dimanche au détriment de tout le reste qui allait foutre le camp, comme si la liberté de faire un chose devait nécessairement abolir le choix d'en faire une autre, ou comme si, parce que les magasins seraient ouverts le dimanche (et on ne parle que de 12 dimanches par an), l'ensemble de la population allait s'y précipiter. Pouvoir faire son shopping le dimanche, c'est aussi pouvoir échapper à la cohue moutonnière du samedi, et pouvoir faire le samedi des choses du dimanche. En quoi est-ce un mal? Ces gens-là ne comprennent pas l'essence même de la liberté. Ils ne comprennent pas l'idée de laisser la liberté de choisir, de l'exercice du libre-arbitre. C'est effrayant! Ce sont des dictateurs en puissance, qui se croient supérieurs, et pensent savoir mieux que les citoyens ce qui est bon ou pas pour eux

  • Par ygx - 11/12/2014 - 11:17 - Signaler un abus Les mémères

    Quand seront nous, enfin, libérés des mémères qui continuent à la ramener, dans des domaines où elles sont complètement hors-jeu celui de la politique intérieure en particulier, par exemple, l'amère de Lille, la mère Chirac... N'y a-t-il personne, autour d'elles, pour leur demander de la boucler?

  • Par eltarzan - 11/12/2014 - 11:18 - Signaler un abus Dogmatisme et clientélisme !

    En gardant ses 35H et en appliquant le liberalisme américain (24Hx7J) le PS peut résoudre le problème de chomage de la France : cela revient doubler les emplois marchandes.

  • Par zouk - 11/12/2014 - 11:57 - Signaler un abus Martine AUBRY et le consumérisme

    Elle a tout faux, sauf sur un point et là elle a pleinement raison: la gauche et particulièrement le PS n'a plus de pensée, plus d'horizon autre que de ruiner systématiquement les riches, qui seuls ont les moyens, de plus en plus limités d'ailleurs, d'INVESTIR condition préalable à tout développement dont celui-serait-il négligeable pour elle?- de l'emploi.

  • Par superliberal - 11/12/2014 - 14:28 - Signaler un abus C'est normal c'est une Enarque

    Qui dit ENA dit personne douée d'une intelligence supérieure et d'une arrogance encore un cran haut dessus.

  • Par valencia77 - 11/12/2014 - 14:35 - Signaler un abus valencia77

    french economic and social problems can be easily solved if the mexican system is adopted. Let them drift accross the border to richer countries. They can't go to the Emirates thiough as they only need hard workers. One reason why France collects all the lazy bums.

  • Par superliberal - 11/12/2014 - 14:49 - Signaler un abus C'est normal c'est une Enarque

    lire "au dessus".

  • Par mado83@free.fr - 11/12/2014 - 16:23 - Signaler un abus "res, non verba" des réalités, non des mots

    C de Voogd a TOUT dit, rien à ajouter si ce n'est que certains socialistes aimeraient bien retrouver les belles heurs des Soviets..

  • Par Phlt1 - 11/12/2014 - 16:46 - Signaler un abus On peut le dire.?.

    Le socialisme est la "philosophie du matérialisme". Est ce qu'on peut le dire, ou ça fait vomir les bobos pseudo "humanistes".?. Et tant qu'on aura pas admis cela, nous continuerons à nous faire pieger par cette idéologie qui fait le contraire de ce qu'elle prône parce que ce qu'elle prône n'existe pas dans la réalité. Je n'ai jamais rencontré plus matérialiste qu'un socialiste.

  • Par 2bout - 11/12/2014 - 17:37 - Signaler un abus Mr Lipovetsky, avec Atlantico,

    en abordant le thème de la GPA, vous rappelez que le modèle social voulu par cette gauche tend à uniformiser notre société, engendrant des besoins communs à l'ensemble de ses membres : au nom de l'égalité, on va réclamer le droit de consommer de la couche à tous ceux qui le souhaitent, et par ailleurs, on va interdire à d'autres de pratiquer une activité économique le dimanche. Pour rappel, l'expression totalitarisme dont relève les idéaux de cette gauche, vient du fait qu'il ne s'agit pas seulement de contrôler l'activité des personnes, comme le ferait une dictature classique. Le régime totalitaire va au-delà en tentant de s'immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté. En clair, tout le contraire de la Liberté, qui offrirait le choix à chacun d'exercer ou non toutes les activités dont il aurait envie, au moment où il le souhaite.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

Voir la bio en entier

Gilles Lipovetsky

Gilles Lipovetsky est philosophe et sociologue. Il enseigne à l'université de Grenoble. Il a notamment publié L'ère du vide (1983), L'empire de l'éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992), La troisième femme (1997) et Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d'hyperconsommation (2006) aux éditions Gallimard. Il vient de faire paraître "De la légèreté" aux éditions Grasset.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€