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Le mystère de la Sécu des danaïdes : mais comment expliquer que la chute du nombre de consultations et d’actes médicaux n’ait eu aucun impact sur les déficits ?

Le nombre de consultations médicales est en baisse, et pourtant rien n'y fait. L'assurance maladie continue de creuser son trou, la faute à un État devenu le roi des tours de passe-passe.

Puits sans fond

Publié le - Mis à jour le 11 Juillet 2014
Le mystère de la Sécu des danaïdes : mais comment expliquer que la chute du nombre de consultations et d’actes médicaux n’ait eu aucun impact sur les déficits ?

Dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont condamnées, aux Enfers, à remplir sans fin un tonneau sans fond. Crédit Wikipédia commons

Atlantico : De nombreux indicateurs mettent en évidence une diminution significative de la consommation de soins et de biens médicaux. Dans ses dernières statistiques, la Caisse nationale d'assurance maladie du mois de mars fait état d'une baisse de 2,2% à 3,6% des consultations médicales en fonction de la spécialité (voir ici et voir également le tableau ci-dessous sur le taux de croissance de la consommation de soin et de biens médicaux). Paradoxalement, on constate que le déficit de l'assurance maladie ne tend jamais vers une diminution, devenant un gouffre financier sans fond.

A quel point le déséquilibre entre les recettes et les dépenses est-il insuffisant pour expliquer ce phénomène ?

Jacques Bichot : Les pouvoirs publics ont pris des mesures visant à rémunérer les médecins indépendamment du nombre de leurs consultations (coordination des soins pour les personnes âgées, modération des prescriptions, etc.). C'est ce qu'on appelle la "rémunération sur objectif de santé publique" (ROSP). Payer les médecins pour moins prescrire peut engendrer des économies sur la pharmacie, mais sur la médecine de ville, à nombre de consultations égal c'est un supplément de dépense. Ainsi, en 2012, la rémunération des médecins hors ROSP a augmenté seulement de 0,8 %, mais de 2,3 % ROSP comprise. En 2013, c'est 1,5 % hors RSOP et 1,8 % avec.

De manière générale, quand les pouvoirs publics veulent faire des économies, c'est souvent un bon prétexte pour dépenser davantage…

Globalement, les dépenses d'assurance maladie du régime général calculées ou prévues pour la Commission des comptes de la sécurité sociale ont augmenté de 2,6 % en 2012 et 2,4 % en 2013, et sont attendues à + 2,4 % à nouveau en 2014.Pour l'ensemble du régime général, c'était 2,9 % puis 2,7 %, et 2,5 % prévus pour 2014 : la maladie fait un peu moins mal que l'ensemble, et notamment que la vieillesse (CNAV uniquement) qui est à 3,5 % puis 3,9 %, mais avec une prévision 2014 à 2,2 %.

Voir l'étude de l'Insee sur les dépenses de santé

A la lecture des différents rapports de la Cour des comptes, on s'aperçoit que les dépenses publiques ne sont pas toujours imputées aux activités qu'elles concernent. De quoi est composé le déficit de la sécurité sociale ?

L'intrication des comptes de la sécurité sociale, des comptes des autres composantes de la protection sociale (dépendance, assurance chômage, 8 minima sociaux, etc.), et des comptes de l'État et des collectivités territoriales (départements principalement) est extrême. L'État agit comme ces multinationales auxquelles il reproche de faire apparaître leurs bénéfices dans les filiales et dans les pays qu'elles souhaitent, sans souci du réalisme des comptes des filiales. Les multinationales cherchent surtout à "optimiser" leurs impôts (c'est-à-dire à les minimiser). L'État a d'autres objectifs, en particulier faire apparaître les déficits là où ils sont le moins visibles, où encore dans une branche où il est plus facile de faire des économies (en particulier la branche famille). Il dispose pour cela de nombreuses tuyauteries entre branches et autres organismes, et il en rajoute à l'occasion. De ce fait le parlementaire de base ne peut pas comprendre grand-chose au film, et l'homme de la rue encore moins.

 
Commentaires

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  • Par Texas - 08/07/2014 - 07:02 - Signaler un abus Compte Pénibilité

    Et pour que la balance des chiffres de la Protection Sociale retourne à la normale , vous reprendrez bien un peu de comptes-pénibilité ?

  • Par bernija - 08/07/2014 - 08:29 - Signaler un abus Grnad ménage & remise en ordre

    Il est grand temps qu'un grand ménage ait lieu et que la maison état soit remise en ordre. D'un point de vue objectif, je ne vois qu'un seul parti capable de le faire : le Front National. Les autres partis, responsables de la situation actuelle depuis des décennies, s'entêtent dans leur logique électoraliste, corporatiste et sectaire. Ce sont des incompétents notoires, pourtant réélus à chaque élection et assurés de toucher un salaire scandaleux au vu de leurs résultats, et une retraite tout aussi non méritée.

  • Par tubixray - 08/07/2014 - 09:01 - Signaler un abus La meilleure médecine du monde ?

    Taux d'IRM par habitant inférieur de moitié par rapport au reste de l'Europe, délais pour RV ophtalmo hallucinants, urgences saturées, maisons de retraite (EPHAD) indignes pour certaines ... Mais ou passe tout ce fric ????

  • Par zouk - 08/07/2014 - 10:15 - Signaler un abus Le tonneau des Danaïdes

    Tristement vrai. Et pas seulement de la SS et du système de protection sociale "que le monde entier nous envie", mais encore du dédale des comptes publics, les voies détournées existent partout, comment imaginer que le Parlement -et encore moins les citoyens- puissent s'en sentir responsables. La confusion est totale.

  • Par vangog - 08/07/2014 - 11:46 - Signaler un abus Cout d'un milliard d'euros supplementaireaire

    pour l'Aide Médicale d'Etat, depuis l'annulation par les socialos du ticket modérateur. Augmentation de 13% par an des personnels hospitaliers et fonctionnaires à vie depuis l'ère Mitterrandienne. Voici quelques raisons objectives à l'augmentation de la dette de la SS! Et si on renvoyait, enfin, ceux qui ne savent pas gérer?...

  • Par Pourquoi-pas31 - 08/07/2014 - 19:01 - Signaler un abus N'y a t'il pas une claire volonté

    de dissimuler les véritables comptes des services de l'état ? La même situation dans une entreprise privée et c'est une sévère sanction que pourra aller jusqu'à mettre l'entreprise en faillite.

  • Par yeneralobregone - 08/07/2014 - 21:46 - Signaler un abus le mal est à la racine :

    l'état providence. ça peut éventuellement fonctionner à la première génération , à la deuxième, ça commence à coincer , et à la troisième, on aboutit à ce que frédérique bastiat avaient pronostiqué il y a plus de 150 ans: " cette grande fiction ou tout le monde essaient de vivre au dépend de tout le monde " . nous y sommes !

  • Par Anguerrand - 09/07/2014 - 11:40 - Signaler un abus La fraude estimée à 20 milliards

    Les cartes vitales utilisées par 30 personnes, les arrêts " maladies "bidons" la fraude aux allocations de toute sorte, à Barbes on vous vend un dossier complet pour obtenir ces allocations, ces centenaires maghrébins qui ne meurent jamais, les régimes spéciaux et fonctionnaires qui se servent copieusement comme expliqué dans l'article. Jamais aucun contrôle ainsi avec la même carte vitale on peut se faire rembourser plusieurs fois une même opération. Mettons de l'ordre dans ce système pourri et la sécu sera bénéficiaire comme en Allemagne et on ne demandera plus au privé tous les efforts.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales, coécrit avec Arnaud Robinet (Les Belles-Lettres, 2013.)

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