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Mossoul : pourquoi la bataille contre l'Etat Islamique est loin d'être terminée

Les forces militaires irakiennes, soutenues par leurs alliés chiites ont pris le contrôle de l'Est de Mossoul le 24 janvier dernier. Cette petite victoire marque une première étape dans la chute du groupe Etat islamique. Le groupe terroriste va devoir être amené à repenser sa stratégie s'il veut garder son pouvoir de nuisance.

Victoire ou revers ?

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Ce qui est vérifié, c’est que le nombre des véhicules kamikazes qui ont fait tant de mal depuis le début de l’offensive sur Mossoul le 17 octobre 2016, est en diminution. Mais il est toutefois toujours impressionnant de voir dans les vidéos de propagande diffusées par Daech que ces volontaires (de plus en plus jeunes) affichent toujours un grand sourire avant d’aller à la mort. Leur idéologie est bien solide pour les transformer ainsi en robots tueurs. Daech tente bien de remplacer ce manque par des drones qui expédient des grenades ou des petites charges explosives mais leur pouvoir létal est infiniment moindre que celui des VBIED (vehicle-borne improvised explosive device).

Il convient aussi de noter l’emploi massif de missiles anti-chars sur le front syro-irakien. Ils sont employés à toutes les sauces et pas uniquement pour détruire des véhicules blindés. A l’évidence, des « retours d’expérience » (RETEX) seront à faire sur l’utilisation massive de ces armes très précises et destructrices. Cela pose aussi la question de leur provenance dans les rangs de l'Etat Islamique qui ne semble manquer ni de postes de tir ni de munitions.

Quelle est la stratégie que pourrait désormais adopter le groupe terroriste dans l'optique de maintenir encore son emprise sur les territoires qu'il contrôle ? Au regard de la situation sur le terrain, tant en Syrie qu'en Irak, l'EI est-il encore un groupe que nous devons craindre ?

La question qui se posait avant le début de l’offensive sur Mossoul était : l'Etat Islamique va t-il résister ou s’exfiltrer en menant des combats retardateurs comme il l’avait fait par le passé ? La réponse est aujourd’hui connue : il a résisté.

Mais la même question se pose à nouveau pour la zone occidentale de la ville. En effet, bien que les milices chiites aient refermé le siège à l’ouest de la ville, il est loin d’être hermétique car il y a trop peu de combattants pour tenir tout le désert. Une partie des forces de Etat Islamique engagées à Mossoul peut donc « techniquement » quitter la ville.

De plus, la vieille ville à l’Ouest présente des avantages pour les défenseurs : ruelles étroites, population civile encore présente, positions préparées à l’avance, etc. Si le GEI résiste, les combats vont être longs et coûteux en vies humaines. Par contre, elle est prenable car si le Tigre crée bien un fossé anti-chars important, il peut être franchi après l’établissement de ponts flottants ou en réparant un (ou plusieurs) des cinq ouvrages détruits par les bombardements américains et par les sabotages de Etat Islamique. Les forces irakiennes ont aussi la possibilité de contourner la ville par le sud-ouest pour, par exemple, commencer par reprendre l’aéroport. Cette prise aurait un côté symbolique très fort.

Tout en menant des offensives là où on ne l’attend pas comme cela a été le cas dans les régions de Dohuk, Erbil et Soulemaniyeh, le GEI peut donc décider de se replier partiellement vers la Syrie où il conserve une puissance opérationnelle significative. Sans parler de la reprise de Palmyre le 20 décembre de l’année dernière, il suffit de voir les assauts furieux que Etat Islamique lance sur la garnison gouvernementale de Deir ez-Zor, localité encerclée depuis plus de deux ans. Il est même parvenu à isoler la base aérienne du reste de la ville posant d’immenses problèmes d’approvisionnements aux forces gouvernementales syriennes. Alors que sur le théâtre irakien, Etat Islamique ne sort ses matériels lourds du type blindés ou pièces d’artillerie que lorsque les conditions météorologiques empêchent l’aviation alliée d’évoluer, il n’hésite pas à le faire en Syrie, même par beau temps !

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 30/01/2017 - 10:31 - Signaler un abus Iran et Irak..

    ...partitionnés de fait sont le théâtre d'affrontement des puissances nucléaires de la guerre froide (E-U en Irak, Russie en Syrie), la sanctuarisation des leurs espaces d'affrontement - ou plutôt d'influence - est un fait. Leurs supplétifs, alliés qu'ils soient ethniques, religieux ou les deux n'est que le prolongement de la stratégie de ses puissances. Le seul fait nouveau est le retour de l'Iran, qui cherche à s'implanter de façon pérenne en Syrie, poussant ainsi ses ressources en Irak et au Liban. Les deux inconnues dans ces manœuvres longues sont l'attitude des E-U avec Trump - des signaux contradictoires ont été envoyés - et la capacité des Kurdes désunis à contrer les offensives de la Turquie (d'où le rapprochement du PKK turc qui tire les ficelles derrières le PYS syrien avec ll'Iran). Résumé qui n'est que la partie émergée de la complexité de cette carte régionale...

  • Par Gordion - 30/01/2017 - 10:32 - Signaler un abus correction

    ...PYD syrien...

  • Par Ganesha - 30/01/2017 - 11:06 - Signaler un abus Sunnistan indépendant

    Regardons la réalité en face : Assad et ses alouites en Syrie, les chiites en Irak, ne sont pas assez nombreux pour imposer leur volonté sur l'entièreté du territoire de leur pays. La création d'un ''sunnistan indépendant'' est inéluctable.

  • Par emem - 30/01/2017 - 13:47 - Signaler un abus Le véritable ennemi

    La bataille contre l'EI est loin d'être terminée parce que l'EI est un leurre qui permet d'évacuer le véritable djihad, celui qui est inscrit dans le coran

  • Par emem - 30/01/2017 - 13:47 - Signaler un abus Le véritable ennemi

    La bataille contre l'EI est loin d'être terminée parce que l'EI est un leurre qui permet d'évacuer le véritable djihad, celui qui est inscrit dans le coran

  • Par fanfoué - 30/01/2017 - 20:21 - Signaler un abus Un sacré merdier

    La complexité de la situation et la fluctuation des alliances rendent impossible toute paix à court ou moyen terme. Il y a là un scénario à la libanaise mais à la puissance 10, et dont les retombées seront bien plus importantes. C'est des décennies de conflit qui attendent les populations de la région.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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