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La mort subite du diplomate russe, cette étrange “épidémie” qui a frappé 7 fois en moins d’un an

Depuis l'assassinat de l'ambassadeur de Russie en décembre dernier, c'est plus d'une dizaine de hauts dignitaires russes qui sont morts dans des conditions parfois clairement suspectes, même si les déclarations officielles se veulent rassurantes.

Tout va bien...

Publié le

Le 27 janvier 2017, Alexander Kadakin, l’ambassadeur de Russie en Inde meurt à la suite d’une maladie fulgurante. Le secret diplomatique couvre les circonstances exactes de ce drame.

Le 20 février 2017, Vitaly Tchourkine, ambassadeur extraordinaire de Russie auprès des Nations Unies s’effondre dans son bureau de New York et meurt après avoir été transporté aux urgences. Ce proche collaborateur de Vladimir Poutine qui était estimé comme le successeur potentiel de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, était réputé pour son franc parler et son appartenance à la ligne dure du Kremlin. Ce qui semble certain, c’est que ce n’est pas l’administration russe qui pouvait en vouloir à ce fidèle serviteur de l’Etat.

Denier en date, Mirgayas Shirinsky, l’ambassadeur de Russie au Soudan est retrouvé mort dans la piscine de sa résidence.

La plupart des cas évoqués ci-avant (sauf deux) sont vraisemblablement dus à des causes naturelles. S’ils sont tous morts autour de la soixantaine, c’est oublier que l’espérance de vie des individus mâles russes était en 2014 de 64,37 ans contre 73,09 ans en Chine et 73,09 ans en Inde(2). La raison est très simple : le taux d’alcoolisme observé en Russie est le plus élevé au monde. De plus, le milieu diplomatique où se succèdent déjeuners, dîners et cocktails plantureux, n’est pas propice à l’abstinence sauf dans les pays interdisant l’alcool (et encore…).

Si on considère que les décès cités ci-avant, même violents, sont explicables, d’autres morts suspectes attirent effectivement l’attention. Mais les individus concernés ont tous eu des liens avec les services de renseignement russes.

Le 8 novembre 2016, Sergei Krivov, est tué au Consulat de Russie à New York. Dans un premier temps, il est annoncé qu’il est « tombé » du toit avant que l’on ne parle de cause « naturelle ». Or Krikov était « officier de sécurité » du consulat russe, appellation qui peut comprendre de nombreuses activités. Il n’était peut-être qu’un des gardes de sécurité qui sont normalement affectés au sein de toutes les représentations diplomatiques, ou ce n’était qu’une couverture pour d’autres activités - en particulier ayant trait à l’espionnage ou le contre-espionnage -. La presse américaine qui a enquêté sur ce cas a trouvé que cette personne était bien trop discrète pour être honnête. Cela dit, si un service russe lui reprochait quelque chose, il aurait procédé autrement pour le neutraliser car un décès au consulat à New York ne pouvait qu’intriguer les observateurs.

Le corps sans vie d’Oleg Erovinkin est retrouvé à Moscou le 26 décembre 2016 à l’arrière d’une voiture de la société Rosneft. La personne décédée est un ancien général qui a servi au sein du KGB puis du FSB avant d’être désigné en mai 2008 comme chef de cabinet d’Igor Sechin, proche conseiller du président Poutine et patron de Rosneft. Les autorités laissent entendre que Erovinkin est mort d’une crise cardiaque. Mais la rumeur court qu’il était la principale source russe de Christopher Steele, l’ancien officier du MI-6 qui a rédigé un rapport controversé sur Donald Trump daté du 19 juillet 2016. Dans ce cas précis, il y a effectivement matière à doutes. Si, contrairement à la légende, l’emploi de la violence est extrêmement rare dans le monde des services secrets, elle doit être « exemplaire » quand elle est employée. Si c’est le cas pour Erovinkin(3), son exécution n’est pas destinée à le « punir » mais à décourager tout autre volontaire au bavardage.

 
Commentaires

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  • Par moneo - 28/08/2017 - 10:50 - Signaler un abus hum

    beaucoup de rappels historiques mais bien peu de certitudes A propos , un spécialiste, comme vous ,doit pouvoir nous dire quelles hypothèses autres qu"un malheureux accident pourraient t expliquer la présence d'un chasse neige sur l'aéroport de Moscou ,un jour sans neige, ayant causé le décès du PDG de Total

  • Par cloette - 28/08/2017 - 11:06 - Signaler un abus Poutine

    Le territoire russe son pays abrite beaucoup d'amis qui ne lui veulent pas du bien ....

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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