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Mort subite de l’adulte : le mythe de la rupture d’anévrisme

La peur de la mort est toujours fortement présente dans l'esprit de beaucoup de personnes. L'instant où frappe la mort est en revanche mystérieux.

Santé

Publié le
Mort subite de l’adulte : le mythe de la rupture d’anévrisme

 Crédit LOIC VENANCE / AFP

La mort, cet événement qui survient fatalement

 
L'expression "issue fatale" parfois employée pour désigner la mort exprime bien le caractère obligatoire de cet évènement que l'on ne vit qu'une fois, à part les rarissimes personnes qui auraient connu un état de mort imminente avant de reprendre une vie pleine et entière. C'est pratiquement la seule certitude concernant l'avenir de tout individu : il mourra un jour. Il s'agit d'un fait plus empirique que scientifique. Faut-il croire les transhumanistes qui affirment que l'espérance de vie à la naissance sera prochainement élevée à des centaines d'années ?
L'être humain vieillit et meurt. Meurt-il parce qu'il vieillit ou vieillit-il parce qu'il est mortel ? Il est clair que le vieillissement et la mort – celle qui est plus ou moins programmée - sont liés.
 
Chacun reconnaît aisément un mort : il est immobile, sans réaction, le regard vide et figé, le corps rigide et froid. L'instant où frappe la mort, cette seconde terrible et magique, ce brutal passage dans le monde inerte et sans relation, est en revanche mystérieux. Deux organes sont prééminents dans la vie et dans le passage de la vie à la mort : le cœur et le cerveau. En général, l'arrêt cardiocirculatoire (la mort "cardiaque") précède l'arrêt du fonctionnement du cerveau (la mort "cérébrale") : le plus souvent, c'est l'arrêt de la pompe cardiaque qui est l'événement déclenchant le processus de mort. Le flux artériel cesse, les organes nobles ne sont plus perfusés (cerveau, muscle cardiaque, poumons, foie et reins) et ils ne reçoivent de ce fait plus d'oxygène ni de glucose et ne peuvent pas non plus éliminer le gaz carbonique. Le processus de mort va très vite : c'est le cerveau qui meurt le premier, car il a un très gros besoin en oxygène et en glucose (il commence déjà à souffrir au bout de quelques minutes).

 

La notion de mort subite

 
La mort subite est une mort brutale qui ne prévient pas. On emploie également l'expression de "mort inattendue". C'est un sujet de discussion récurrent qui réapparaît à chaque fois que survient un cas chez une personne non sénile. Typiquement, c'est le cas de cet homme âgé de 47 ans qui rentre en fin d'après-midi d'un déplacement professionnel de quelques heures. Il descend du train, se dirige vers sa voiture et au moment d'ouvrir la porte s'écroule et meurt sur-le-champ. La mort subite frappe à toute heure du jour ou de la nuit et à tout âge. Elle est particulièrement impressionnante et choquante quand elle touche de jeunes sujets, a fortiori des enfants. Celle qui frappe les nourrissons a été médiatisée : c'est un drame que l'on sait mieux prévenir aujourd'hui. Il n'est pas rare que la mort subite soit immédiatement précédée d'une sensation de malaise général, mais ce prodrome (ou signe annonciateur) survient en règle générale beaucoup trop tard pour que l'on puisse éviter le décès.
 
Quand on parle de mort subite, on évoque habituellement un décès brutal qui survient chez une personne en relative bonne santé, en général active. Mais la mort subite peut également se produire au cours d'une maladie non habituellement mortelle. D'où l'intérêt d'utiliser aussi cette autre expression de "mort inattendue". Cette mort est inattendue parce que les témoins et les proches la voient et la vivent comme quelque chose qui ne devait pas arriver. Elle est en quelque sorte foudroyante. Elle se distingue de la mort qui survient dans un contexte de maladie ou d'accident graves : une méningite bactérienne, une encéphalite, une pneumonie, une diphtérie, une fièvre typhoïde, une septicémie, une leucémie, un cancer avec plusieurs métastases, une hémorragie interne, une occlusion intestinale aiguë, une inhalation de corps étranger avec asphyxie, une noyade, un violent traumatisme (chute, agression, accident de la voie publique, accident de sport…), un empoisonnement accidentel ou volontaire sont des exemples de circonstance favorisant une mort non subite, car s'inscrivant dans un contexte causal bien identifié. Lors de ces différentes situations, non seulement le décès se produit dans des circonstances permettant de le prévoir, mais de plus il est fréquent que le dernier souffle du sujet survienne au cours d'une agonie plus ou moins lente : le mourant se meurt.
 
 
 

La mort subite frappe à tous les âges

 
Quand elle survient chez un nourrisson, un petit enfant, un grand enfant, un préadolescent ou un adolescent, la mort subite est révoltante : pourquoi lui, pourquoi elle, pourquoi nous ? Elle paraît déjà plus "acceptable" quand elle frappe un adulte d'âge mûr, mais c'est chaque fois un coup de tonnerre dans un ciel serein. Au contraire, si une mort subite survient chez une personne âgée et surtout très âgée, elle est plus facilement acceptée. Surtout, elle est très souvent non reconnue comme telle : "Elle est morte de vieillesse ; il était déjà très âgé ; elle était vraiment fatiguée ; il avait bien vécu ; elle était usée ; il est mort de sa belle mort, etc." Alors que la mort subite existe bien sûr chez la personne âgée ou très âgée. Elle est même fréquente et chaque décès a une explication.
 
Mourir de vieillesse est une formule commode, mais qui n'a pas grand sens médicalement. On pourrait à la rigueur l'employer pour qualifier la fin de vie d'une personne très âgée dont l'état physique et psychique se serait affaibli d'une façon très progressive sur des mois et des mois, jusqu'à en arriver de jour en jour à s'éteindre comme une bougie qui n'a plus de cire à brûler. Ce n'est tout de même pas le cas habituel, mais on ne cherche le plus souvent pas à comprendre la cause exacte du décès d'un grand senior. Sans faire de l'amélioration de l'espérance de vie un objectif essentiel, cela permettrait tout de même de progresser en matière de prévention. Par exemple cette femme âgée de presque 89 ans, vivant dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), qui, un lundi vers midi est retrouvée morte alors qu'une aide-soignante lui avait parlé dix minutes plus tôt et qu'elle allait bien : "C'est sûrement une rupture d'anévrysme, dit l'infirmière coordinatrice", "Elle avait bien décliné depuis sa fracture, dit l'infirmier"… Il fallait plutôt chercher du côté de son traitement : c'est à la vérité une intoxication au potassium, sur un terrain d'insuffisance rénale chronique proche du niveau sévère. Cet exemple véridique est l'occasion de préciser que beaucoup de décès "inexpliqués" ont probablement une origine médicamenteuse et cela plus spécialement en EHPAD. L'iatrogénie médicamenteuse a encore frappé, hélas.

 

 
Commentaires

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  • Par gerint - 13/08/2018 - 11:39 - Signaler un abus Ce sujet de la mort subite est un sujet crucial

    Vu le nombre élevé de victimes souvent assez jeunes. J’ai écrit une réponse qui a été balayée par le rafraîchissement de la page. C’est très énervant sur ce site où il faut courser comme un malade et qui n’ioffre que des commentaires trop limités en longueur pour des sujets complexes avec une bureautique très pauvre

  • Par gerint - 13/08/2018 - 11:50 - Signaler un abus Rapidement

    8 fois sur 10: mort subite= fibrillation ventriculaire. Essentiellement des hommes. Causes: atteinte coronaires fréquentes à partir de l’âge moyen, cardiomyopathies chez les plus jeunes, anomalies électriques comme le Brugada, rarement, QT long (pas exceptionnel), chez les jeunes. Comme vous le dites: ne pas oublier les médicaments.., Traitement; très souvent un défibrillateur implantable,

  • Par Stéphane Gayet - 13/08/2018 - 12:07 - Signaler un abus Précisions utiles et enrichissantes

    Merci pour vos précisions qui enrichissent le sujet. La mort subite est trop mal connue, alors que sa meilleure connaissance par le grand public - ainsi que par une partie des professionnels de santé qui la connait encore mal à dire vrai - pourrait éviter bien des décès de personnes jeunes.

  • Par gerint - 13/08/2018 - 12:11 - Signaler un abus Comment réduire les morts subites

    Pour les sportifs: interrogatoire précis au moment de signer le certificat, au moins une lecture experte de l’ECG et là l’ IA pourra jouer un rôle majeur vu le nombre de tracés à lire. Recours facile à l’échographie cardiaque avec ses compléments modernes (strain...), l’ECG d’effort bien que très important n’est pas assez discriminant pour moi. ECG de très longue durée implantable de en cas de cardiopathie à risque, de syncope inexpliquée: les appareils actuels deviennent très faciles d’emploi, connectés mais restent à rembourser. Pour tout le monde: ne pas attendre trop longtemps pour une première consultation cardiologique surtout avec des facteurs de risque (rôle de conseil du médecin traitant). Hélas la stratification des risques actuelle est trop faiblement prédictive pour implanter un défibrillateur avant un premier incident clinique ou au moins une menace électrique sur le suivi ECG. Mais il va forcément y avoir des progrès techniques, biologiques...

  • Par gerint - 13/08/2018 - 12:24 - Signaler un abus Je pense comme vous Dr Gayet

    que le problème de la mort subite qui fait pourtant autant de victimes est mal connu des médecins en général mais tant qu’on ne leur proposera pas de stratification claire du risque et de la conduire à tenir en particulier pour les personnes non connues comme cardiaques (mais même chez les cardiaques le problème n’est pas facile) on ne pourra pas les blâmer.

  • Par Stéphane Gayet - 13/08/2018 - 13:09 - Signaler un abus Un grand merci pour ces précisions

    Ces précisions seront très utiles aux lecteurs qui auraient besoin d'en savoir plus. Vous avez raison au sujet des sportifs : on n'en parle pratiquement pas, mais il y a encore de trop nombreux sujets jeunes qui décèdent chaque année au cours ou au décours d'un exercice sportif de forte intensité.

  • Par assougoudrel - 13/08/2018 - 16:58 - Signaler un abus Et moi qui ne connaissait que

    la mort subite du nourrisson. Merci pour cet article.

  • Par Dorine - 14/08/2018 - 09:34 - Signaler un abus Question

    Il y a de plus en plus de troubles du rythme paroxystiques du coeur, chez les jeunes et moins jeunes. Pour avoir perdu un neveu de mort subite, et grand consommateur de téléphone mobile, peut-on envisager une interaction entre les ondes des téléphones portés sur soi et les circuits électriques du cœur ?

  • Par gerint - 14/08/2018 - 11:09 - Signaler un abus Dorine

    Je ne pense pas que le téléphone portable puisse entraîner de trouble du rythme chez un adulte qui utilise son téléphone raisonnablement. Des études ont cependant suggéré un effet carcinogène notamment cérébral et cardiaque chez des rats fortement exposés avec des coefficients spécifiques d’absoration nettement au-dessus de 2 W/kg, maximum légal. Il faut rester prudent avec les ondes électromagnétiques sans doute et les intérêts financiers sont tels qu’il est difficile de faire la lumière (on a mis tellement de temps avec le tabac...). Certains se disent gênés par les ondes et il y a déjà eu jurisprudence. Pour ma part je pense que les troubles graves du rythme cardiaque répondent à des causes qui n’ont rien à voir avec les téléphones. Même si de temps en temps on ne trouve pas de cause précise chez un patient réanimé,

  • Par gerint - 14/08/2018 - 11:13 - Signaler un abus Absorption

    et non absoration...

  • Par gerint - 14/08/2018 - 11:30 - Signaler un abus Dorine

    Les tueurs cardiaques: obstructions coronariennes avec leur cortège de facteurs de risque, modifiables (hygiène de vie) ou pas encore modifiables (hérédité); hypertension artérielle et encore plus si associée à un diabète notamment; maladies musculaires ou des voies de conduction à déterminisme génétique; certains médicaments ou des associations de médicaments sur terrain prédisposé ou à dose inadaptée ou sans la surveillance nécessaire.

  • Par Stéphane Gayet - 14/08/2018 - 12:05 - Signaler un abus Ondes électromagnétiques des téléphones et activité du coeur ?

    Dorine, la question est pertinente. Les ondes électriques du corps humain sont produites et conduites par des cellules nerveuses et leurs prolongements (neurones du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs) et certaines cellules musculaires embryonnaires comme celles du tissu nodal du cœur (qui produit et conduit l’activité électrique du cœur). Toutefois, cette activité électrique ou plutôt électro-physiologique est de nature différente de celle des ondes électromagnétiques émises par les appareils électroniques. À ma connaissance, nous n’avons pas actuellement d’éléments factuels en faveur d’une interaction entre les deux. Mais cette question est à suivre de près. C’est différent lorsque l’on a un défibrillateur automatique implanté, pour lequel l’éloignement des téléphones mobiles est recommandé. Ces propos appuient l’avis de Gerint, qui cependant nuance cette position en parlant d’emploi « raisonnable » du téléphone mobile (or, Dorine, vous parliez de « grand consommateur » de téléphonie mobile). Il est clair qu’avec la génération « téléphone en main du soir au matin », on va obtenir des effets délétères. L’effet carcinogène est aujourd’hui bien démontré, comme le dit Gerint.

  • Par Dorine - 14/08/2018 - 13:51 - Signaler un abus effet carcinogène des portables

    Les ORL disent qu'il y a une augmentation significative des neuro gangliomes et autres.

  • Par Dorine - 14/08/2018 - 13:57 - Signaler un abus Merci Gerint - merci Mr Gayet

    Je crois qu'on peut rajouter un gros facteur de risque vasculaire en plus du tabac. Ce sont les joints qu'on fait semblant d'ignorer, mais dont je constate fréquemment les effets désastreux sur les artères chez les fumeurs réguliers de joints.....

  • Par Stéphane Gayet - 14/08/2018 - 15:49 - Signaler un abus Toxicité du cannabis

    Dorine, en effet, la fumée de cannabis contient les mêmes éléments toxiques et cancérigènes (goudrons) que ceux de la fumée de tabac. Elle est ainsi dangereuse pour les poumons, l’appareil cardiovasculaire et le système nerveux central. Sa responsabilité dans la survenue de la schizophrénie est aujourd’hui avérée.

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 14:23 - Signaler un abus assou

    félicitation pour ton humour mais...fais pas rigoler Gerint, il est en consultation...c'est vrai qu'un géronte éreinté c'est un facteur de risque maximal nous dirait le docteur...quant à Dorine...la lecture d'Atlantico c'est ben pire!!!!

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 14:29 - Signaler un abus dorinne ET TARTUFFE BEN PIRE ENCORE

    DORINE L'exemple est admirable, et cette dame est bonne: Il est vrai qu'elle vit en austère personne; Mais l'âge, dans son âme, a mis ce zèle ardent, Et l'on sait qu'elle est prude, à son corps défendant, 125 Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages, Elle a fort bien joui de tous ses avantages: Mais voyant de ses yeux tous les brillants5 baisser, Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer; Et du voile pompeux d'une haute sagesse, 130 De ses attraits usés, déguiser la faiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps. Il leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude Ne voit d'autre recours que le métier de prude; 135 Et la sévérité de ces femmes de bien, Censure toute chose, et ne pardonne à rien; Hautement, d'un chacun, elles blâment la vie, Non point par charité, mais par un trait d'envie Qui ne saurait souffrir qu'une autre ait les plaisirs6, 140 Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 14:31 - Signaler un abus CQFD

    Voila ce que la merde technique d'Atlantico a fait des vers de Molière!!!illisible SHAME ON YOU FERJOU ...CQFD

  • Par Dorine - 15/08/2018 - 21:08 - Signaler un abus Ah !

    On dirait que Kelenborn est en phase maniaque

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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