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Mort du fondateur de Toyota : retour sur la success story du plus grand constructeur automobile de tous les temps

Eiji Toyoda, qui a fait de Toyota une entreprise d'envergure mondiale, est décédé mardi 17 septembre à l'âge de 100 ans. Rétrospective d'une marque qui a révolutionné le marché des constructeurs automobiles.

Tout un symbole

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Les fondateurs de Toyota, Eiji et Kiichiro Toyoda, ont lancé en 1938 dans une bourgade de campagne, Koromo, loin de Tokyo et près de Nagoya, « une machine qui allait transformer le monde ». Entité indépendante de la maison mère spécialisée dans les métiers à tisser automatiques qui, dès 1934, avait commencé à produire des automobiles, cette usine de construction automobile allait croître rapidement pour devenir la huitième compagnie mondiale au dernier classement Forbes 500 2013 avec 265 milliards de dollars de chiffre d’affaires. La bourgade de Koromo est devenue en 1959 la ville de Toyota. Eiji Toyoda après avoir été le dirigeant qui a transformé son entreprise pendant 35 ans est mort au Toyota Memorial Hospital. Ces symboles montrent à quel point Toyota est devenu un symbole majeur de l’industrie japonaise.

Un leader solide

Toyota, redevenu premier constructeur en volume en 2012 après une difficile année 2011, a produit depuis sa création 200 millions de voitures. Dès 1971, Toyota est le troisième constructeur mondial. L’entreprise a réussi à s’imposer comme leader de l’automobile mondiale en parvenant mieux que ses concurrents à produire en grande série des véhicules fiables mais longtemps sans panache. Mais c’est en prenant le risque d’explorer les voies d’une innovation radicale avec l’hybridation que Toyota s’est préparé à pérenniser son leadership par une stratégie d’avance technique.  

Basée sur les flux tendus et les méthodes de qualité totale dont Toyota allait devenir le champion mondial, la performance de l’industrie japonaise allait ouvrir dans les années soixante-dix une nouvelle séquence dans l’histoire du monde automobile. Toyota s’est implanté aux États-Unis dès 1957 et a commencé à y produire en 1985, puis en Grande-Bretagne. La création en 1999 d’une usine Toyota à Onnaing en fait également un producteur français qui emploie près de 4000 personnes. Présent sur tous les continents, avec 63 sites de production, et sur toutes les gammes, Toyota est le seul constructeur vraiment global ce qui lui donne un avantage par rapport à ses rivaux immédiats Volkswagen et GM.

Une culture de la performance

C’est le pragmatisme et l’humanisme qui permettent de mieux définir la culture de Toyota. Dans la galaxie automobile mondiale, c’est probablement Michelin qui se rapprocherait le plus de cette culture, peut-être parce que ces deux firmes se sont développés loin des capitales.

Toyota a pratiqué très tôt le « kaizen », c’est-à-dire l’amélioration continue qui a constitué la base de la « Toyota way of production », qui rassemble les règles de production, elles-mêmes désormais contenues dans la « Toyota Way » définie en 2001. Cinq principes constituent cette vision rigoureusement déclinée à travers le monde : Défi, Kaizen (amélioration continue), Genchi genbutsu (aller et observer sur le terrain), Respect, Travail en équipe. Le respect de l’environnement est également un engagement fort de Toyota comme la construction d’une relation partenariale avec ses fournisseurs.

Une stratégie d’innovation à long terme

Avec l’hybride, l’ambition de Toyota était très élevée : trouver le moyen de relayer, à terme, l’inusable moteur à combustion interne. Le parcours de la première voiture commerciale à propulsion hybride a été difficile, coûteux pour la firme de Nagoya obstinément à l’écart des modes. Cette voiture hybride aura attiré tous les sarcasmes des  constructeurs qui condamnaient à l’avance cette aberration inefficace et coûteuse qui consistait à mettre deux moteurs au lieu d’un dans une voiture. Longtemps confidentielle, les ventes cumulées depuis 1997 ont dépassé deux millions en septembre 2010. La Prius 3 diffusée à partir de juin 2009 avec plus de performances et un prix constant gagne régulièrement la première place des ventes au Japon. Ce véhicule dit de niche a été le troisième modèle vendu au monde et a atteint un million de ventes pour la seule année 2012. Toyota, fort d’une expérience unique, a annoncé que toutes ses voitures seront hybrides, ou électriques, dans les prochaines années. Dès maintenant 18 modèles hybrides sont commercialisés sous les marques Toyota et Lexus. Avec plus de 5 millions de voitures hybrides produites jusqu’à ce jour, soit 14% de ses ventes mondiales te 40% au Japon, Toyota a réussi brillamment son pari grâce à son opiniâtreté.

Toyota qui présente entre ses gammes Toyota et Lexus un ensemble de véhicules dotés d’un groupe moto-propulseur parfaitement éprouvé depuis plus de dix ans : autour de la Prius, on trouve désormais l’Auris, la Yaris et la Prius+, version monospace. Les plug-in hybrides sont également intégrés dans l’offre avec la Prius Plug-in, vendue aux Etats-Unis depuis janvier 2012. Toyota estime qu’avec l’hybride plug-in, un nouveau saut qualitatif est obtenu. En comparant à un véhicule essence de taille similaire, l’économie de carburant peut aller jusqu’à 64 % et la réduction des émissions de CO2 jusqu’à 58 %.

Toyota s’intéresse aussi beaucoup à l’hydrogène. En présentant avec son concept car FT-Bh une évolution majeure de ses véhicules hybrides pour descendre à 2,1 l/100 de consommation et 49 g/km de CO2. Toyota qui estime que cette technologie pourrait être disponible dès 2015. Son concept hydrogène FCV-R présente les nouvelles lignes de la marque, très aérodynamiques. C'est un modèle à pile à combustible, avec deux réservoirs d'hydrogène sous pression de 700 bars, destiné aux moyennes et longues distances. Son autonomie affichée de 700 km est une performance que l'électrique à batteries est incapable d’égaler. Si l’hydrogène est encore un pari risqué, l’opiniâtreté qu’a démontré Toyota pour imposer l’hybride est un gage de continuité dans sa stratégie hydrogène.

Toyota a donc rassemblé les conditions d’un succès durable : une image de qualité que n’a pas terni plusieurs campagnes de rappels techniques depuis 2009, une présence sur tous les marchés, et une forte culture d’innovation.

 
Commentaires

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  • Par wolfgangamadp - 20/09/2013 - 11:25 - Signaler un abus Bagnoles moches, mais bien

    Bagnoles moches, mais bien construites. Pour avoir du joli et bien construit, aller chez Honda.

  • Par lsga - 20/09/2013 - 13:23 - Signaler un abus Et rien sur le Toyotisme ? rien sur le Lean ?

    vous parlez d'un résumé...    Donc pour rappel, le succès de Toyota est principalement dû à son organisation de la production basée sur une hiérarchie inversée.    L'entreprise n'a pas une bureaucratie "stratège" chargée d'imposer sa "vision des choses" à l'ensemble de la chaîne de production ( Fordisme ). Chaque agent économique est chargé de réfléchir à l'évolution de son poste et de son appareil. La "hiérarchie" n'est là que pour centraliser l'information et faciliter les échanges entre collaborateurs.    C'est ainsi que chez Toyota, ce ne sont pas les commerciaux et les managers qui règnent en maîtres ( comme chez Peugeot ou GM ) mais les ingénieurs et les techniciens. Voilà la base sur la quelle repose leur stratégie d'innovation et leur culte de la performance ( technique, pas financière)    En France, nous ferions bien de nous inspirer d'eux. Le commercial, le comptable et le financier prennent beaucoup trop de place. Il est temps que les ingénieurs les virent à coup de pieds dans le derrière.

  • Par The Jester - 20/09/2013 - 23:24 - Signaler un abus @wolfgangamadp

    Regardez l'Auris hybride ou les lexus CT, IS ou GS et vous verrez qu'elles sont loin d'être moche. Mais vous vous arretez peut etre à la prius.

  • Par Lennart - 21/09/2013 - 07:46 - Signaler un abus @Isga

    "Le commercial, le comptable et le financier prennent beaucoup trop de place. Il est temps que les ingénieurs les virent à coup de pieds dans le derrière." Croyez bien que chez Toyota les commerciaux, comptables et financiers ont leur place ....équivalente à celle des ingénieurs.

  • Par lsga - 21/09/2013 - 14:40 - Signaler un abus @Lennart : désolé de connaître le toyotisme

    Chez Toyota, les commerciaux et les comptables ont une place. Certainement pas celle de manager ni de dirigeant. Idem en Allemagne.   La France est gangrenée par les bureaucrates : Avocats, Banquiers, Commerciaux... Ces postes improductifs, dépourvus d'une réelle compréhension du métier de leur entreprise, se retrouve systématiquement à des postes de direction.   Résultat : Google, Microsoft, Apple, BMW, Mercedes ne sont pas français.

  • Par Lennart - 21/09/2013 - 16:16 - Signaler un abus @lsga

    Quelle piètre connaissance de l'entreprise, et les Apple, Microsoft, Google ont eux aussi des financiers, des controleurs de gestion et dont les pdg tout comme leurs ingénieurs écoutent très sérieusement les avis.

  • Par lsga - 21/09/2013 - 16:31 - Signaler un abus @Lennart : je ne parle pas de supprimer les bureaucrates

    je parle simplement de leur reprendre le pouvoir.   Bien entendu, les bureaucrates ont un rôle à jouer. Mais mettre les financiers, avocats ou commerciaux à la tête d'une entreprise amène aux désastres de GM, Peugeot, etc.   Les ingénieurs : voilà ceux qui sont capables de manager une grande entreprise. Polytechnique plutôt que l'ENA ou HEC, tout simplement.

  • Par Lennart - 21/09/2013 - 17:07 - Signaler un abus @isga

    "Les ingénieurs : voilà ceux qui sont capables de manager une grande entreprise." Il en existe quelques uns qui en plus de leurs compétences techniques ont une vision "globale" de tous les paramètres de fonctionnement d'une grande entreprise, mais ils ne sont guère légion.

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Jean-Pierre Corniou

Jean-Pierre Corniou est directeur général adjoint du cabinet de conseil Sia Partners. Il est l'auteur de "1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est-elle possible ?" (2012).

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