Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 19 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les monopoles sont mauvais économiquement on le sait. Et c'est encore pire pour leurs salariés que pour les consommateurs

Face à une entreprise de nature monopolistique, l'on a tendance à se méfier d'une hausse des prix des produits ou services proposés. Mais une étude récente menée aux Etats-Unis met en lumière le fait qu'une situation de monopole fait aussi pression sur les salaires des employés de ces firmes.

Nouveau monde

Publié le
Les monopoles sont mauvais économiquement on le sait. Et c'est encore pire pour leurs salariés que pour les consommateurs

Atlantico :  Selon une étude récente (publiée par les économistes José Azar, Ioana Marinescu, et Marshall Steinbaum) concernant les Etats-Unis, il apparaîtrait que les situations monopolistiques locales auraient pour conséquence, non pas, comme cela est attendu, des hausses de prix pour les consommateurs, mais des pressions à la baisse sur les salaires. Comment expliquer un tel résultat et peut-on imaginer des conséquences analogues en France ? 

Jean-Charles Simon : L’étude s’intéresse à deux problèmes qui mobilisent beaucoup les économistes aujourd’hui : les mouvements de concentration de nature monopolistique ou oligopolistique, visibles par exemple dans la tech mais à l’œuvre aussi dans d’autres activités ; et la très faible dynamique des salaires dans la plupart des économies développées. 

Les défenseurs des grandes fusions-acquisitions et des géants économiques font valoir que les prix des biens et services sont très sages dans la plupart des secteurs.

Et de fait, non seulement l’inflation totale est faible, mais hormis certains services très particuliers comme l’éducation ou la santé, et parfois l’impact de quelques matières premières, les prix de beaucoup de biens d’équipement et de consommation ainsi que de nombreux services diminuent et/ou leur qualité s’améliore. 

Pour autant, cela ne signifie pas que la concurrence s’exerce pleinement et complètement. Et c’est comme « acheteur » de travail ou de prestations que les grands groupes apparaissent exercer leur pouvoir croissant, plutôt qu’à l’endroit du consommateur. L’étude en référence insiste sur des marchés du travail locaux, et peut donc concerner des entreprises de taille petite ou moyenne devenues des monopsones sur leur localité en tant qu’employeur. Mais elles-mêmes dépendent de plus en plus aujourd’hui d’un ou de plusieurs grands groupes, par exemple de la grande distribution ou d’entreprises clientes de très grande taille. Deux phénomènes sont ainsi à l’œuvre : l’un concerne une moindre mobilité des salariés qui seraient donc davantage soumis à la pression d’employeurs locaux eux-mêmes moins nombreux ; l’autre, qui me semble majeur actuellement, est la dépendance soit directe soit indirecte aux grands groupes, qui captent de plus en plus les gains de productivité et les profits. C’est évidemment un sujet global, pas seulement américain.

En quoi une telle situation peut-elle illustrer un décalage entre une mobilité théorique des salariés et une réalité montrant un ancrage local, souhaité ou contraint, empêchant le jeu de l'offre et de la demande de produire ses effets ?

La mobilité des Américains sur leur territoire, souvent citée comme un exemple pour un marché du travail efficient et permettant aux salariés de mieux faire jouer la concurrence, aurait tendance à diminuer. Et de fait, on le voit dans des pays comme la France où cette mobilité a toujours été moins évidente, ça peut entraîner du chômage ou une moindre capacité de négociation salariale des travailleurs. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Deneziere - 04/01/2018 - 05:54 - Signaler un abus C’est exactement la même chose en France...

    ... où les monopoles d’état créent le même phénomène. Dans les couches du haut, les fonctionnaires se bouffent des « fromages » , comme ils disent, sont arrogants, pantouflent, se mêlent de politique et se font élire, tandis que les couches du bas subissent les inepties de la gestion des ressources humaines de la fonction publique, s’aigrissent et font du présentéisme ou de l’absentéisme.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€