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La mondialisation mauvaise pour les pauvres des pays pauvres ? Cette étude grandeur nature a la réponse

L'une des principales conséquences de la mondialisation, souvent décriée, est la délocalisation des usines vers les pays en développement afin de réduire les coûts de production. Une récente étude menée par deux économistes anglo-saxons en Ethiopie a voulu montrer les effets de ces emplois manufacturiers à bas salaires issus de ces délocalisations sur le niveau de vie et la santé des travailleurs, mais également sur l'économie en général.

Modèle de développement

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
La mondialisation mauvaise pour les pauvres des pays pauvres ? Cette étude grandeur nature a la réponse

C’est en Asie que les stratégies de développement se sont le plus appuyées sur l’industrie, et c’est là que la pauvreté a le plus diminué. Crédit Pixabay

Atlantico : Les économistes Chris Blattman (Université de Chicago) et Stefan Dercon (Université d'Oxford) ont réalisé une étude sur treize mois en Ethiopie (voir ici), demandant à cinq entreprises d'embaucher des personnes réparties en trois groupes distincts constitués aléatoirement, afin de mesurer les effets des emplois manufacturiers à bas salaires sur le niveau de vie et la santé des travailleurs, mais également sur l'économie des pays en développement.

En l'état actuel, que sait-on sur ces effets ? 

Jean-Marc Siroën : Certains pays ont pu se développer grâce à leurs matières premières agricoles, minérales ou énergétiques. Ils ont bénéficié de la hausse de leurs prix dans les années 2000, mais doivent affronter aujourd’hui les conséquences de leur baisse. Beaucoup de pays asiatiques, le Japon d’abord, les dragons ensuite, puis la Chine, et plus récemment le Bangladesh, le Vietnam ou l’Inde, ont adopté un modèle de développement fondé sur l’industrialisation mais à partir d’un niveau de productivité faible, reflété dans des salaires très bas. Cette stratégie a permis d’absorber une main d’œuvre sous-employée et souvent miséreuse, dans les villes mais surtout dans les campagnes, et d’accroître la productivité agricole. Au fur et à mesure que ces excédents se résorbaient et que la productivité s’améliorait, les salaires ont augmenté ce qui exige d’ailleurs une reconversion des industries à bas salaires. La Chine est parvenue à ce stade alors que les pays africains, comme l’Ethiopie, en sont encore à leur phase initiale, où la compétitivité de l’industrie ne peut être acquise qu’à partir de coûts salariaux extrêmement bas, peut-être trop il est vrai, par rapport à la productivité. 

L'étude conclut que les emplois manufacturiers à bas salaires n'ont pas d'effets bénéfiques notables sur le niveau de vie des travailleurs. Pour quelles raisons ?

Ce résultat est moins inattendu qu’il n’y parait. Les individus se dirigent vers les activités qui leur assurent le moins mauvais niveau de vie. Si l’industrie verse des revenus supérieurs à d’autres activités, les individus se dirigent massivement vers ces emplois ce qui provoque la baisse des salaires et la hausse des revenus alternatifs. Certes, cet arbitrage fonctionne plus ou moins bien, mieux en milieu urbain que dans les campagnes où les alternatives sont plus restreintes. Il aurait d’ailleurs été intéressant de comparer le niveau de vie des ouvriers à celui des employés agricoles. La méthode "aléatoire" de Blattman et Dercon, aujourd’hui très prisée des économistes, ne permet pas d’extrapoler un contrefactuel pertinent qui nous dirait si la situation des individus aujourd’hui employés dans l’industrie aurait été meilleure si l’Ethiopie n’avait pas d’industrie. Dans ce cas, on peut supposer que l’excédent de main d’œuvre qui en découlerait conduirait plutôt à des salaires et des niveaux de vie plus bas dans l’ensemble de l’économie. 

Outre les effets de ces emplois manufacturiers à bas salaires sur le niveau de vie, l'étude a également mesuré leurs effets sur la santé des travailleurs. Il en ressort notamment que travailler dans le secteur manufacturier augmente les risques sanitaires de 28%. Dans quelle mesure est-il possible de réduire les risques sanitaires liés à ces emplois manufacturiers mis en évidence par l'étude ? Que penser de l'avis de certains économistes qui affirment que la régulation de ces emplois, relativement à ce risque sanitaire, risque d'entraîner des coûts opérationnels additionnels, et ainsi de limiter les opportunités d'embauche ?

D’une manière générale, et pas seulement dans les pays en développement, l’industrie nuit davantage à la santé que les emplois de bureau, et même dans les pays industriels l’espérance de vie des ouvriers est plus faible que celle des bureaucrates. Rappelons-nous du scandale de l’amiante ! Mais dans un pays comme l’Ethiopie, il convient plutôt de comparer la situation sanitaire de l’industrie à celle des secteurs agricoles (près de la moitié du Pib) et miniers. Le résultat n’est pas acquis. Il est vrai que les pays en développement, et pas seulement dans l’industrie, peuvent se livrer à un "dumping" sanitaire car la sécurité a un coût que les firmes cherchent à réduire à un niveau qu’on doit considérer comme inacceptable. D’autant plus qu’il s’agit d’une vision à court terme car, sur le long terme, l’amélioration de la productivité implique des travailleurs en bonne santé et rassurés sur leurs conditions de travail. La concurrence internationale peut inciter à une course vers le bas qui doit être contrée par des normes internationales, des labellisations crédibles, l’action de la société civile notamment sur les firmes multinationales qui sont souvent les employeurs. On peut regretter que les traités commerciaux négligent souvent cet aspect.  

 
Commentaires

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  • Par john mac lane - 17/10/2016 - 17:18 - Signaler un abus Des profs analysent des études bidonnées de profs....

    Pour avoir des subventions et des élèves l'année suivante, chaque prof doit produire des articles dans le sens misérabiliste qui plait à son université sur la base d'études qui tiennent sur le dos d'un paquet de riz....Overdose de ces articles de profs qui se regardent le nombril et vous font des articles sur la base d'articles d'autre profs fussent ils de Chicago, qui ne servent qu'a obtenir des élève l'année suivant et pour bien montrer que les futurs enseignements seront donné dans le sens misérabiliste qui plait aux recruteurs de Paris Dauphine....Un simple séjour en réel en Ethiopie vous démontrerait le ridicule de ces études faites au doigt mouillé qui doivent entrer dans le misérabilisme d'objectif.

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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