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Mobilisation des retraités : voilà à quoi pourrait ressembler une solution à la fois financière ET humaine pour sauver le système

Plusieurs organisations syndicales ont appelé à une mobilisation nationale des retraités pour ce 9 octobre. Alors que le gouvernement envisagerait l'idée d'introduire un âge "pivot" à 63 ans, certains syndicats ont déjà fait connaître leur opposition à un tel projet.

Colère des retraités

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Quels sont les enjeux sociaux à respecter, allant de la nécessité de sous catégoriser les retraités, ceux-ci n'étant pas un groupe homogène, à cette situation paradoxale qui tend à relever l'âge de la retraite alors que les séniors éprouvent de plus en plus de difficultés à être en emploi passé un certain âge ?

Philippe Crevel : Le taux d’emploi des seniors s’est amélioré ces dernières années. Le taux de chômage des plus de 50 ans est meilleur que celui des jeunes. Mais, il est exact que ce taux tend à s’accroître quand celui des jeunes diminue. Par ailleurs, les seniors éprouvent les pires difficultés à retrouver un emploi quand ils sont au chômage. Les pouvoirs publics croient à l’effet horizon. En reportant l’âge légal de la retraite, cela aurait mécaniquement un effet sur l’âge de départ réel qui est par nature inférieur au premier.
La réforme de Nicolas Sarkozy a contribué à relever l’âge réel de départ à la retraite de plus d’un an. Un recul de l’âge de la retraite pose néanmoins le problème de l’employabilité des seniors. Les entreprises doivent adapter l’outil de travail pour prendre en compte les capacités, les attentes de salariés plus âgés. Par ailleurs, cela pose également un problème de prévoyance. Les risques d’arrêt de travail sont plus importants pour les plus de 60 ans et sont plus longs et coûteux.
 
En jouant sur l’âge de la retraite, le gouvernement souhaite diminuer les dépenses de retraite tout en augmentant les rentrées. C’est un pari car les Français restent très attachés à un départ précoce à la retraite. Ils sont néanmoins conscients qu’il sera de plus en plus difficile de maintenir le seuil des 62 ans qui est de toute façon fictif. En effet, avec des durées de cotisations de 42 ou 43 ans, il faut avoir commencer à travailler à 19 ou 20 ans. Or, actuellement, l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans. Selon une étude de 2018 du Cercle de l’Epargne, 72 % des Français pensent ne pas pouvoir partir à la retraite avant 65 ans.
 
Jacques Bichot : Certes, les retraités ne constituent pas un groupe homogène, pas plus que les moins de 25 ans ou les 25-60 ans. Mais cela n’empêche pas la société de fonctionner : bien au contraire, une certaine diversité est excellente, car nous nous enrichissons mutuellement de nos différences, tant qu’elles ne dégénèrent pas en antagonismes. Cette diversité est précisément l’une des raisons pour lesquelles il serait bon d’avoir un système de retraites offrant des possibilités multiples, que ce soit pour l’âge de départ, pour la transition entre l’activité à plein temps et la retraite à plein temps, pour les arrangements matrimoniaux en matière de droits à pension, et ainsi de suite. 
 
Les difficultés d’emploi des seniors ne sont pas globalement insurmontables. Au Japon, où la situation démographique est catastrophique, beaucoup de septuagénaires sont en activité – pas forcément la même que dix ou vingt ans plus tôt. Les pays nordiques et les Etats-Unis sont également bien mieux placés que la France en ce qui concerne le travail des seniors. Il faut arrêter de désirer un retrait massif de la vie active à 62 ans, alors qu’à cet âge les Français sont majoritairement en pleine forme physique et intellectuelle. 
 
Justement, le passage à une retraite par points, organisée en un régime unique, peut offrir une formidable possibilité d’évoluer dans le sens d’une retraite plutôt choisie que subie. Fort heureusement, la population française est composée de personnes très différentes les unes des autres : pourquoi vouloir les soumettre à une retraite uniforme ? Chacun doit pouvoir, en fonction de ses desiderata, de sa vie de famille et des opportunités qui se présentent, organiser son troisième âge de manière spécifique. Si le Haut-Commissariat fait convenablement son travail, la retraite par points permettra de liquider une fraction seulement de ses points, de cumuler perception d’une pension et activité professionnelle, de revenir totalement ou partiellement sur une liquidation le jour où l’on a l’occasion et l’envie de reprendre une activité professionnelle. Elle permettra aussi des arrangements matrimoniaux sur mesure, en remplacement des règles rigides mais différentes selon les régimes qui régentent actuellement les pensions de réversion. 
 
La réforme des retraites peut donc constituer un progrès fantastique. Encore faudrait-il que la sottise, hélas si répandue dans la sphère politique, laisse la place à une imagination réaliste. Entre ceux qui promettent que demain on rasera gratis, et les conservateurs pur sucre aux yeux desquels les réformes de grande envergure sont irréalisables, il existe un chemin qui peut nous mener à de très grandes améliorations de notre système de retraites par répartition, épaulé par un recours raisonnable à la capitalisation. 
 
Emprunter ce chemin requiert une véritable révolution intellectuelle, le passage d’un droit positif mensonger à une législation respectueuse des réalités économiques : ce ne sera pas facile, et il y faudra très probablement une seconde étape (axée sur le théorème de Sauvy) après la première étape (unification du système grâce au passage aux points), mais ce sera passionnant – et ce qui est passionnant se réalise rarement sans difficultés.
 
Eric Verhaeghe : Le système français ne peut vivre à l'écart des contraintes européennes. Il faut comprendre qu'un système de retraite publique n'est pas structurellement différent d'un système privé. Dans l'un et l'autre cas, la caisse de retraite doit constituer d'énormes provisions pour garantir le paiement des rentes. Dans le cas du système privé, ces provisions doivent être matérialisées sur un compte. Dans le cas des retraites payées par la sécurité sociale, ces provisions s'appellent la garantie de l'Etat qui a pris un engagement hors bilan équivalent aux coûts des retraites à liquider. Laisser partir un retraité à 60 ans plutôt qu'à 63 ans, c'est lui offrir 36 mois de rente supplémentaire. L'Europe empêche ses États membres de prendre de tels engagements de long terme sans précaution. Songeons qu'un salarié qui prend sa retraite à 60 ans peut vivre encore 40 ans, parfois plus. Pour les retraités qui partent en 2018, l'État contracte des engagements jusqu'en 2058 et même au-delà. Pour éviter une déroute collective des retraites en Europe, l'Union a imposé le relèvement progressif de la durée effective de carrière dans l'Union. On ne peut à la fois vouloir l'équilibre des finances publiques et prendre de tels engagements pour les générations futures, qui seront les financeuses (peut-être insolvables) des retraites. Songez qu'un jeune qui entre dans la vie active en 2018 n'aura pas forcément assez de sa carrière professionnelle pour financer la retraite de ceux qui partent la même année. D'où l'idée de maintenir le plus longtemps possible les "seniors" en emploi pour qu'ils ne passent pas du côté des "dépenseurs". Un chômeur cotise pour les retraites et rapporte au système. Mieux vaut un sexagénaire chômeur qu'un sexagénaire retraité. Le coût de la solidarité n'est pas le même. C'est dans le cadre de ces engagements européens que nous faisons le maximum (plutôt avec succès d'ailleurs) pour retarder le plus possible le moment du départ à la retraite. 
 
 
 
Commentaires

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  • Par LOTHARINGIEN 31 - 09/10/2018 - 11:19 - Signaler un abus Les cocus se rebiffent ....

    Les cocus se rebiffent .... mais Macron n'en a rien à faire , il aime : "les jeunes" , les riches , les start up , une vieille dame (mais une seule ..) , les voyages à l'étranger , les musulmans (surtout un..).... Il n'aime pas : les vieux , les gaulois , les râleurs , les plaintifs , les retraitées à 500 euros qui n'ont pas assez cotisé,les jeunes qui ont peur de traverser la rue , les jeunes qui l'appellent manu , les illettrés... Macron : le Robin des Bois inversé qui prend aux pauvres pour donner aux riches (cf à Colombey ou il a reconnu : " MOI je ne donne que ce que je prends ailleurs...") , arrogant , prétentieux , imbuvable ...

  • Par ISABLEUE - 09/10/2018 - 12:09 - Signaler un abus chaque deux ans on doit bosser un an de plus !!

    faut arrêter les conneries, là !! Créer des emplois et mettez les gens au boulot, oui... Tout cela est seulement pour FAIRE BAISSER le niveau de retraites.. Il sait bien que les gens se font virer avant 60 ans, les gens maintenant ont fait plusieurs boites.. Mais ils n'en ont rien à faire, les protégés de l'Administration....

  • Par Taravana - 09/10/2018 - 15:19 - Signaler un abus Un article de bonne qualité

    J'en retiens cette phrase "Encore faudrait il que la sottise , hélas si répandue dans la sphère politique , laisse la place à une 'imagination réaliste "

  • Par robotiq - 09/10/2018 - 15:26 - Signaler un abus Travailler plus pour une meilleure retraite

    Ancien cadre dans la fonction publique j'aurais pu prendre ma retraite à 60 ans mais je l'ai prise à 63 ans (et ces trois ans de plus ne m'ont pas tué) et si cela avait été nécessaire j'aurais pu la prendre à 65 ans sans que j'en sois traumatisé pour autant. Il est vrai que les gens travaillant dans le privé et susceptibles de perdre leur travail à un âge où il est difficile de retrouver un emploi sont très naturellement attachés à pouvoir prendre leur retraite plus tôt et cela me paraît légitime. Dés lors pourquoi ne pas repousser à 65 ans l'âge de départ à la retraite de tous ceux qui bénéficient d'une garantie d'emploi, fonctionnaires et assimilés ce qui serait une juste contrepartie à la sécurité de l'emploi et la maintenir à un âge moins avancé pour les autres ?

  • Par ajm - 09/10/2018 - 16:52 - Signaler un abus Grande Tambouille.

    Cette réforme va être l'occasion pour l'Etat de faire une infame tambouille en brouillant toutes les cartes sous le prétexte de regime unique pour tous avec comme objectifs: -pratiquer un jeu de bonneteau de façon à prendre à ceux qui cotisent beaucoup pour distribuer des miettes à tous ceux qui cotisent peu. - se débarrasser d'une partie de ses responsabilités d'employeur pour faire payer à la place les salariés du privé et leurs employeurs. -piquer au passage les réserves des regimes complémentaires salariés et professions libérales. -réduire les droits des cadres tout en continuant à les faire cotiser au maximum, bien au-delà du plafond SC. -casser au maximum les réversions ou les mettre toutes sous conditions de ressources à l'instar de ce qui est pratiqué pour la pension SC. -mettre toute cette usine à gaz sous la houlette directe de Bercy via une CSG qui grandira encore et qui permettra à ce dernier, quand l'occasion se présentera, de siphonner les fonds pour combler le déficit de l'Etat.

  • Par lasenorita - 09/10/2018 - 17:31 - Signaler un abus Il fait travailler les Français..

    ..plus longtemps pour donner nos sous aux terroristes qui nous envahissent! Beaucoup de Français ont commencé à travailler à 16 ans et il est logique qu'ils partent à la retraite à 60 ans..ce n'est pas le cas de nos députés et ministres qui,eux,n'ont jamais,vraiment,travaillé de leur vie et ne veulent pas prendre leur retraite à 72 ans!..Les sous que Macron prend aux retraités:il les donne aux envahisseurs qui débarquent de n'importe où,qui ont un logement,les transports,les soins de santé gratuits..Macron dilapide les sous des retraités:il faut 1 à 2 milliards d'euros pour l'entretien des soi-disant ''mineurs'',les retraites des centenaires en Algérie coûtent 1 milliard d'euros..et là les gauchistes ne disent rien,bien au contraire ils encouragent les terroristes musulmans à venir chez nous..La manif à Paris a donné lieu à des ''débordements'';magasins saccagés,des C.R.S. ont été visés par des projectiles,un CRS a été blessé....je désapprouve cette façon qu'ont les gauchistes de ''défendre les retraités''...Ces Cégétistes qui jetaient les objets précieux des pauvres Pieds-Noirs dans les eaux du port de Marseille,en 1962....

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 10/10/2018 - 01:55 - Signaler un abus Écrêtons les retraites

    À par exemple 3000€/mois puisque -et surtout celles des cumulards - puisque c’est de la répartition et tout le monde pourra partir à 60 ans pour laisser place aux jeunes et il restera encore de quoi éponger les dettes !!

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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