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Minute Narcisse : quitte à vous regarder dans le miroir, voilà les maladies que vous pouvez apprendre à détecter (et on ne parle pas que de maladies de peau)

Yeux jaunes, peau olivâtre, visage gonflé... En un coup d’œil dans la glace, on peut apercevoir des indices qui en disent long sur notre santé et éviter de laisser s'installer certaines maladies.

Miroir mon beau miroir !

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Minute Narcisse : quitte à vous regarder dans le miroir, voilà les maladies que vous pouvez apprendre à détecter (et on ne parle pas que de maladies de peau)

Alors qu'une équipe de scientifiques européens a mis au point un miroir connecté qui peut, en un instant, analyser votre état de santé général, on peut imaginer qu'en exerçant un peu son œil, on puisse soi-même percevoir son état de santé en faisant sa toilette matinale. Couleur de la peau ou des yeux, il est utile de pouvoir comprendre les signaux d'un mauvais état de santé qui se manifestent extérieurement.

Atlantico: La première chose qui nous frappe est la couleur de notre peau: du rouge au vert en passant par une blancheur immaculée, comment peut-on interpréter la couleur, et l'état général de notre carnation?

Guy-André Pelouze: La peau a deux particularités que l'on peut facilement remarquer: sa couleur et son aspect lisse ou ridé.

Une peau ridée prématurément est un signe presqu'infaillible du contact avec  la fumée de cigarette. Les petites rides autour des yeux sont beaucoup plus fréquentes chez les fumeurs hommes ou femmes. Bien plus que le soleil ou qu'une alimentation de mauvaise qualité, le tabac accélère le vieillissement de la peau, à cause des radicaux libres, agents d'oxydation, qu'il contient. Si l'on arrête le tabac jeune, la peau peut se régénérer mais après un certain temps les effets sont irrécupérables. La peau est en quelque sorte le miroir des effets de la fumée de cigarette sur les organes internes, et pas seulement le larynx ou les bronches, le cerveau, les artères, la vessie, les reins.

La couleur de la peau aussi peut indiquer des carences. Je pense en particulier à la peau très blanche de ceux qui ne s'exposent pas au soleil: l’éviction de l’exposition  au soleil volontaire ou liée au climat entraine un défaut de production de vitamine D, associée à une augmentation du risque d’un  très grand nombre de maladies (cancers, maladies cardio-vasculaire, etc.). Mieux vaut s'exposer un peu au soleil sans crème solaire, en dénudant au moins les bras et les jambes tout en évitant une surexposition bien sûr aux heures les plus chaudes. Le bronzage naturel n’est pas synonyme d'une future mauvaise santé, au contraire, mieux vaut prendre le soleil que de rester trop pâle. Cet avantage est bien sûr plus marqué lorsqu'on est blanc, les problématiques sont différentes pour les peaux brunes ou noires même si la question de la production de  vitamine D demeure.

Stéphane Gayet : Notre visage exprime beaucoup de choses, en effet. Déjà notre humeur – ne dit-on pas que le visage est le reflet de l’âme ? —, mais nous la connaissons… et les autres aussi ; et puis, son effet sur notre faciès s’efface en général lors de l’auto-inspection devant un miroir. En revanche, il y a des signes qui ne s’effacent pas sur notre visage et qu’il est bon de reconnaître.

Il est raisonnable de partir de l’hypothèse que l’on se regarde tous les jours devant un miroir et que, dans ces conditions, l’on découvre ce qui est apparu récemment et assez rapidement. Mais nous évoquerons également des signes apparaissant plus lentement et que l’on découvre un jour.

Un changement de couleur de la peau est en général quelque chose qui nous frappe. Deux cas sont à distinguer : le changement qui concerne toute la peau de façon diffuse, et celui qui est localisé. Nous nous mettrons dans la situation d’une personne ayant une faible pigmentation, mais ces éléments sont tout de même extrapolables à une personne de peau très pigmentée.

Les modifications diffuses de la peau sont essentiellement liées au sang qui circule dans les vaisseaux capillaires du derme. Il est bon en effet de rappeler que la peau — ou tégument — est constituée d’un tissu de revêtement non vascularisél’épiderme, et d’un tissu conjonctif sous-jacent vasculariséle derme. Ce dernier est le tissu nourricier, il est riche en capillaires sanguins. Ces modifications de coloration se voient en général encore mieux sur les muqueuses que sont les lèvres d’une part, et les conjonctives oculaires d’autre part (les blancs des yeux).

Une peau très pâle signe, soit une réduction importante du débit sanguin cutané du fait d’un resserrement des artérioles terminales (minuscules artères), soit une anémie. Dans le premier cas, une chute de tension, des troubles digestifs, le froid, le stress, la fatigue, une dette de sommeil peuvent être en cause ; dans le second, le manque de globules rouges (anémie) peut résulter d’un saignement digestif ou d’une destruction (hémolyse), attribuable en général à une infection virale, bactérienne ou parasitaire, un médicament, une allergie ou un produit toxique.

Une peau très rouge au contraire révèle une augmentation importante du débit sanguin cutané du fait d’une dilatation des artérioles terminales (car l’excès de globules rouges ou polyglobulie, autre cause possible, met des semaines à se constituer). Cet érythème (rougeur de la peau) peut être lié à la chaleur, au soleil, une fièvre, une émotion (mais elle ne dure pas). Il est par ailleurs bien connu qu’un effort physique intense et soutenu provoque également un érythème du visage par élévation adaptative du débit sanguin.

Une peau jaunâtre ou franchement jaune est le signe d’un ictère (du grec ikteros : jaunisse, terme utilisé dans le langage courant pour désigner l'ictère). Cet aspect sera développé dans la deuxième question avec la coloration jaune du blanc des yeux.

Une peau légèrement bleutée ou violacée est quant à elle le signe d’une cyanose (du grec kyanos : bleu). En temps normal, l’hémoglobine du sang circulant est saturée en oxygène (hémoglobine oxygénée ou oxydée : rouge). Mais si une défaillance des poumons ou de la circulation pulmonaire survient, elle reste insaturée en oxygène (hémoglobine réduite : bleutée) et apparaît cette coloration appelée cyanose. Au lieu d’être bien oxygéné, le sang est à la fois trop pauvre en oxygène (O2) et trop riche en gaz carbonique (CO2). La cyanose est un signe inquiétant qui traduit un trouble pulmonaire ou circulatoire aigu et sérieux ; elle est habituellement associée à une dyspnée (essoufflement) et un pouls accéléré. Certaines bronchites ou pneumonies aiguës peuvent donner une cyanose, de même qu’une embolie pulmonaire importante (artère bouchée).

Les modifications localisées de la couleur de la peau du visage ont une tout autre signification et une certaine bénignité en général. Il faut bien distinguer les formations colorées uniques des formations colorées plurielles. Une formation colorée unique a en principe une cause locale : piqûre de moustique ou de puce, morsure de tique, blessure, brûlure, furoncle (abcès centré sur un poil), etc. C’est une rougeur, la cause est en général évidente et il existe une douleur locale. Quand il s’agit de formations colorées plurielles, de couleur rose pâle, rose, rouge ou rouge foncé, cela évoque une allergie, notamment médicamenteuse, ou une infection virale (rubéole ou autre). Le purpura (taches rouge sombre ne s’effaçant pas à la pression, contrairement aux précédentes) est nettement plus rare et s’inscrit en général dans un contexte infectieux plus ou moins sévère.

On dit souvent que les yeux jaunes sont le signe d'une mauvaise santé du foie: est-ce qu'on peut réellement attribuer une perturbation du blanc des yeux à des maladies?

Stéphane Gayet : L’ictère est une coloration jaune anormale et inquiétante de la peau qui est liée à l’accumulation dans le sang de bilirubine – pigment jaune — qui ne s’y trouve en temps normal qu’à très faible concentration. Avant d’apparaître sur la peau, il se voit dans les yeux, les blancs des yeux (que l’on appelle les conjonctives oculaires). La bilirubine est, avec la biliverdine dont elle dérive, un pigment biliaire. Elle est le résultat normal de la dégradation physiologique de l’hémoglobine, pigment respiratoire des globules rouges — ou hématies — transportant l’oxygène (O2) et le gaz carbonique (CO2). Les hématies ayant une mort programmée au bout de 120 jours, elles sont de façon normale dégradées à ce terme ; la dégradation de l’hémoglobine — pigment rouge – aboutit à de la bilirubine dite libre (jaune) qui est éliminée dans la bile, cette fois sous forme conjuguée. En temps normal, aucun ictère. Mais, si des hématies sont détruites rapidement et en grand nombre (hémolyse), la concentration dans le sang de bilirubine dite libre augmente, d’où l’ictère (associé à une anémie) : c’est la première cause d’ictère (mais pas la plus fréquente). Les causes d’hémolyse aiguë sont assez variées : infections virales ou à mycoplasme (très petite bactérie), transfusion, médicaments, produits toxiques… La deuxième cause est l’existence d’un obstacle sur les voies biliaires, empêchant le passage de la bile dans le duodénum et provoquant la diffusion de bilirubine conjuguée dans le sang. Les principales causes d’ictère d’origine biliaire sont l’hépatite virale ou bactérienne, les parasitoses du foie (échinococcose, douve, amibiase et autres parasitoses tropicales), les calculs biliaires, la pancréatite aiguë et les cancers du foie ou du pancréas.

Comme on le voit, l’ictère peut en effet être l’expression visible d’une maladie du foie, mais le processus de digestion n’est pas en cause : le foie est une énorme glande annexe du système digestif, mais il ne participe pas à la digestion, car il n’est relié à l’intestin grêle que par voie veineuse (système porte) et il ne reçoit donc aucun chyme intestinal (bouillie alimentaire dont les nutriments sont extraits dans l’intestin grêle pour passer dans le sang). L’expression « aliment lourd pour le foie » est dénuée de sens ; cependant, certains aliments très gras déclenchent des contractions douloureuses de la vésicule biliaire, la digestion des graisses nécessitant de la bile.

À côté de l’ictère, les conjonctives oculaires peuvent exprimer d’autres atteintes. Un œil très rouge d’un seul côté et non douloureux est généralement le fait d’une hémorragie conjonctivale. Un œil rouge et douloureux traduit en général une conjonctivite qui ne demande qu’à gagner l’autre œil (cause virale ou allergique). En cas de kérato-conjonctivite, la douleur est très vive et il y a un trouble de la vue. Un œil un peu rouge et associé à un mal de tête pulsatile et prédominant du même côté est en principe l’expression d’une migraine.

Il faut encore préciser que, en cas d’anémie, certes la peau est pâle, mais c’est encore plus net au niveau des blancs d’œil dont la blancheur est particulièrement nette.

Enfin, lorsque les deux pupilles n’ont pas le même diamètre (anisocorie) et qu’il s’y associe une vision double (diplopie) ou floue, il faut évoquer le début d’un botulisme, intoxication alimentaire grave (paralysie) par des conserves en verrines préparées à la maison.

L'état des cheveux, de la pilosité doit-il aussi nous alarmer?

Guy André Pelouze : La perte des cheveux est très facilement identifiable. Il existe différent types de calvitie, celle des tempes est très différente de celle du sommet du crâne par exemple. Sans entrer dans les détails des différents types de calvitie il faut retenir que la la calvitie du sommet du crâne appelée calvitie du vertex est associée à un sur-risque coronarien. 

 

Tableau N°1 : Calvitie et risque coronarien

Stéphane Gayet : Les coiffeurs le savent bien : l’état de nos cheveux reflète d’une certaine façon notre santé. De quelle façon ?

Déjà à moyen terme : l’essentiel du cheveu n’est pas vivant, c’est une longue fibre dense et cohérente, constituée de cellules kératinisées et mortes. La partie vivante est la racine qui est élaborée dans la matrice du follicule pileux, invagination profonde de l’épiderme dans le derme du cuir chevelu. Les follicules pileux sont sensibles à de nombreux facteurs qui influent sur la qualité du cheveu. C’est ainsi qu’une carence alimentaire, une intoxication chronique, une anémie, une insuffisance de fonctionnement de certaines glandes hormonales (thyroïde, glandes sexuelles), de nombreux médicaments, une infection de gravité moyenne, un état dépressif ou anxieux, un surmenage, un mauvais sommeil, etc. vont retentir sur la croissance des cheveux (diamètre, densité et qualité des cheveux, coloration, densité du cuir chevelu en cheveux) en l’altérant. Étant donné qu’un cheveu s’allonge d’environ un centimètre par mois, l’effet d’une perturbation sur la chevelure demande au minimum sept à dix jours. L’expression « blanchir en une nuit » est assez répandue, mais elle est surréaliste. En revanche, la pigmentation de toute une population de follicules pileux peut cesser d’un seul coup, avec un effet visible sur les premiers millimètres du cheveu au bout d’une semaine environ.

À court terme, c’est différent. L’effet d’une baisse de l’état général, d’une fatigue, d’un stress important, d’une insomnie, d’une intoxication alimentaire ou de toute autre maladie aiguë un peu sévère, va se traduire en quelques heures, au niveau des cheveux, par une baisse de leur tonus érecteur. Au lieu d’être mis en tension par son muscle, le cheveu est atone, ce qui donne un effet de chevelure plate, sans volume ni forme. Ainsi décrit, cela peut paraître mineur, mais il n’en est rien : la physionomie s’en trouve réellement modifiée, ce qui fait que le visage semble fatigué et peu agréable, sans ressort. Bien sûr, l’impact défavorable sur la chevelure s’associe à l’aspect maladif du visage en rapport avec le trouble de l’état général en cause.

Ainsi, nous sommes en quelque sorte trahis par nos cheveux qui expriment notre état santé. Du reste, ne dit-on pas d’un animal de compagnie bien nourri et en bonne forme qu’il a « un beau poil » ? C’est bien sûr le même processus.

Les sourcils quant à eux peuvent refléter le bon ou au contraire le mauvais fonctionnement de certaines glandes hormonales. La glande thyroïde et les glandes sexuelles, en particulier, sécrètent des hormones ayant un effet sur les sourcils, qui peuvent être épais, longs et fournis, en cas de bon fonctionnement hormonal, ou au contraire fins, courts et clairsemés, en cas d’insuffisance hormonale.

 
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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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