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Ministère des familles, secrétariat d’Etat à l’Egalité réelle, profession de foi féministe... les dernières pirouettes de François Hollande qui en disent long sur ce qu’il reste de la gauche

Dans une interview accordée au magazine féminin "Elle", François Hollande a annoncé son intention de rebaptiser le ministère de la Famille en "ministère DES Familles". Ce nouvel intitulé doit permettre de " reconnaître toutes les familles ", qu’elles soient "monoparentales ", " recomposées " ou " de même sexe ".

Tou-t-e-s égal-e-s !

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Ministère des familles, secrétariat d’Etat à l’Egalité réelle, profession de foi féministe... les dernières pirouettes de François Hollande qui en disent long sur ce qu’il reste de la gauche

Atlantico : Pourquoi le Président juge-t-il soudain nécessaire d'affirmer que la notion de "famille" recouvre des réalités diverses ? Est-ce nouveau ? Ce changement d'appellation change-t-il quoi que ce soit concrètement ?

Zohra Bitan : Sur le principe, c’est une réalité il y a DES familles, mais toutes ces familles s’appellent la famille, cellule qui existe depuis la nuit des temps et qui a fait l’objet de mépris de la part du gouvernement lors des manifestations de la Manif pour tous, même si les revendications sont discutables.

Mais ce changement d’appellation ne va bien-sûr rien changer. Le quinquennat de François Hollande est un quinquennat de proclamations qui, un jour court après la droite, le lendemain après le FN et qui fait des déclarations en fonction de la situation de notre pays et la colère des Français. On répond à cette colère non pas par des annonces mais par des actes. Reconnaitre les familles dans leur diversité est un fait partagé par l’ensemble des Français qui n’ont pas besoin d’entendre François Hollande le dire. Tout le monde sait que les familles sont diverses et variées. Les reconnaitre, c’est encore de l’ordre du symbolique. Ce qui aurait été pertinent, c’est que le président nous dise quelles mesures précises et concrètes mettre en place pour la famille, la petite enfance, les crèches, la maltraitance des enfants, l’accès au pédo-psychiatre, les centres médico-pédagogiques, le relogement des familles récompensées, etc. Or, sur tous ces sujets cruciaux, François Hollande reste mutique. La famille n’est pas une priorité de ce gouvernement sinon ça se saurait !

François Miclo : Un principe : méfions-nous toujours de ceux qui nous collent du pluriel partout ! Depuis Joseph de Maistre, qui ne voyait "point d'homme dans le monde", mais "des hommes", le pluriel est, en politique, la marque la plus explicite de la réaction. Or, cette marque jugée autrefois infamante est devenue, depuis le début des années 1980, le nec plus ultra de la pensée de gauche. C'est problématique, car c'est la négation de toute pensée rationnelle. La famille est un universel anthropologique. Sous toutes les latitudes et à toutes les époques, l'être humain, écrit Claude Lévi-Strauss, s'inscrit dans un réseau de parenté qui se caractérise a minima par "quelques propriétés invariantes". En un mot, la famille a toujours existé, même si elle a recouvert, au cours de l'histoire, des réalités extrêmement diverses. Relisons Elisabeth Badinter pour nous convaincre qu'au XVIIe siècle, les paysans, qui gardaient leur nouveau-né auprès d'eux, et les aristocrates, qui le plaçaient aussitôt né en nourrice, formaient tous deux une famille. Que l'Histoire et la raison soient bafouées est, en vérité, très peu de choses. Le pire est que François Hollande fait ici montre d'une effroyable contradiction dans les termes mêmes de sa politique. Il a institué le "mariage pour tous", au nom du principe d'égalité, c'est-à-dire d'universalité du droit. Or, en annonçant qu'il va transformer le ministère de la Famille en ministère des Familles, il nie le principe qu'il défendait hier encore. Même dans ses meilleurs jours, Gribouille n'aurait pas mené autre politique que celle-ci.

 

Cette décision n'est-elle pas tout simplement une manière de compenser la fusion du ministère des Droits des femmes et de celui de la Famille, qui avait été perçue par la gauche "sociétale" et les féministes comme réactionnaire ? 

Zohra Bitan : François Hollande ne fait que des annonces qui ne sont que des annonces. Coupler le ministère des Droits des femmes à celui de la Famille, c’est purement réduire les droits des femmes à la famille alors qu’une femme à des droits en dehors de la famille, et que la famille ne constitue pas pour la femme son alpha et omega. Une femme existe en dehors de la famille ; elle est d’abord une femme avant d’être une épouse et une mère. Après, cette reconnaissance des familles est purement symbolique. François Hollande se doit d’être en phase avec la société, mais le problème, c’est que ses annonces ne sont pas suivies de résultats. On a pas besoin d’un président de la République pour savoir qu’il y a des familles, on le sait, on le voit tous les jours. On a besoin d’un président de la République qui explique aux Français comment dans notre société la famille doit être un lieu de bonheur, d’épanouissement qui offre des conditions de vie décente. Et ce n’est pas le cas du tout ! Cette création du ministère des Familles est du même acabit que la mesure sur la déchéance de la nationalité ou que la loi travail de Myriam El-Khomri. Ce gouvernement fait semblant de réformer : il annonce des bombes mais ne finit par que lâcher des pétards. 

François Miclo : Exactement ! Mais il ne faut jamais prêter à François Hollande, surtout quand il prend une décision, une pensée politique digne de ce nom. Le président de la République ne sert, en réalité, aucune idéologie, ni aucun autre intérêt que le sien. Le bien commun lui importe autant qu'à un président du Conseil de la IVe République dont les jours sont comptés. Seuls les petits calculs politicards le guident. Il a créé un "ministère de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes" non pour conduire une politique familiale digne de ce nom, ni même pour protéger l'enfance ou faire avancer les droits des femmes, mais juste pour y caser Laurence Rossignol, dont le grand centre d'intérêt politique est l'environnement… Quand le Président s'est aperçu qu'il avait commis une légère bévue en fourrant dans le même intitulé ministériel la famille, les enfants et les femmes, un choix s'offrait à lui : y rajouter le ménage, les courses et la couture, ou alors mettre un pluriel au mot "famille". Mais il se meut ici dans un nominalisme de pur forme : il se paie de mots ! Et c'est, au final, assez désespérant. Car l'art achevé de la combinazione que pratique François Hollande ne règle aucun des problèmes que connaît le pays.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/03/2016 - 21:22 - Signaler un abus Et un ministère des conneries...

    succédant au ministère de la Kohmery? Parcequ' il y en a plusieurs et parcequ'elles le valent bien! ( Flamby-le-menteur)

  • Par Pourquoi-pas31 - 05/03/2016 - 00:30 - Signaler un abus Changer le nom des ministeres

    cela revient chaque fois a passer quelques millions de l'argent du contribuable par la fenetre. Il faut changer les imprimes, les cartes de visites, les enveloppes, les enseignes et panneaux indicateurs, etc . La liste est trop longue pour que je n'en oublie pas. Allez, à vue de nez, on peut tabler sur une trentaine de millions d'euros.

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Zohra Bitan

Membre fondatrice de La Transition, Zohra Bitan est cadre de la fonction publique territoriale depuis 1989, ancienne conseillère municipale PS de l'opposition àThiais (94), et était porte-parole de Manuel Valls pendant la primaire socialiste de 2011. Militante associative (lutte contre la misère intellectuelle et Éducation), elle est l'auteur de Cette gauche qui nous désintègre, Editions François Bourin, 2014.

 

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François Miclo

Philosophe de formation, François Miclo est rédacteur en chef de tak.frhttp://www.tak.fr/author/fmiclo

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