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Mini-lolitas : il est plus facile d'accuser Internet que les parents

Un récent rapport parlementaire de Chantal Jouanno a dénoncé l'hypersexualisation des fillettes... ce qui a permis aux dirigeants politiques de mettre en cause Internet, nouveau bouc émissaire des temps modernes.

Sexualité

Publié le

L’hypersexualisation des jeunes filles inquiète et vient de faire l'objet d'un Rapport parlementaire de la part de le sénatrice Chantal Jouanno. À peine le débat engagé, certains ont déjà trouvé le coupable idéal en nommant Internet. Un réflexe hâtif, souvent guidé par une certaine paresse intellectuelle, car en désignant un média comme coupable – comme on l’a fait maintes fois pour la télévision ou la radio – on évite de se poser les réelles questions.

Certes, Internet permet un accès à tout.

Au meilleur comme au pire. C’est d’ailleurs ce qui fait de lui le formidable instrument de liberté qu’il est. C’est pourquoi il doit s’utiliser avec responsabilité. Et c’est bien celle des parents qui est engagée. Il faut reconnaître que - souvent par ignorance - ceux-ci abdiquent devant Internet. Alors qu’il faut au contraire redoubler de vigilance ne serait-ce que par l’utilisation du filtre parental. Et par le dialogue.

Au-delà, il ressort de l’étude de l’Observatoire Orange-Terrafemina qu’il s’agit du fruit d'une esthétique développée par des marques... Il existe évidemment une corrélation entre hypersexualisation et hyperconsommation. Pour les marques, nul doute qu’il s'agit là d'une extension du domaine de leur business à travers l’élargissement de leur cible – désormais recrutées de plus en plus jeunes –, le développement des produits dérivés via l’accessoirisation – un marché extrêmement porteur -, par l’annexion de deux territoires convoités : celui de la jeunesse et celui de la transgression...

Certainement faut-il y voir aussi un phénomène parallèle à la "kidultisation" de la société : les filles « deviennent femmes » plus tôt et les mères veulent rester adolescentes le plus tard possible. Avec l'utopie d'une complicité mères-filles copines dans un espace générationnel gris, celui de l’adulescence. Le film LOL a parfaitement mis en lumière ce phénomène.

Enfin, il existe un effet cosmétique, un effet de surface du phénomène : les ados développent une attitude hypersexualisée très tôt (esthétique des marques, accessoirisation, style bitchy Rn'B...), sans que l'on constate sur le fond de véritable changements dans le comportement (l'âge moyen du premier rapport sexuel semble n'avoir pas bougé).

Finalement, on constate au-delà des modes une certaine permanence du sujet - le tabou demeure - même s'il emprunte aujourd’hui des voies différentes voire opposées : dans les années 1960, la liberté sexuelle se faisait - ou se disait - en marge et contre les marques et la société, aujourd'hui elle se fait - ou se dit - en allégeance avec les marques pour rester dans le jeu social.

 
Commentaires

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  • Par ropib - 09/03/2012 - 09:57 - Signaler un abus les médias de masse

    Les médias de masse structurent la société (professionnalisation du sport, bipartisme politique... sont par exemple des créations ex-nihilo des médias), et le web a un impact très important sur le monde actuel. Simplement ce phénomène n'est justement pas véhiculé par le web mais par la télévision (quasiment pas par la presse ou la radio). Il serait mal venu d'attaquer la télévision qui représente le monde de l'industrie et des années 50, c'est à dire le programme politique d'à peu près tous les partis actuels.

  • Par cesar 13 - 09/03/2012 - 13:51 - Signaler un abus @ropib

    Très juste votre commentaire . C est bien la télé le vehicule de la "kidultisation" , mais c est plus facile d accuser internet ( peu controlable ) que la télé ( pourtant bien controlable par les etats ) ou .... les parents .

  • Par claus44 - 09/03/2012 - 18:54 - Signaler un abus texte très juste

    Texte très juste qui résume l'état actuel de notre société, une société sans responsabilité, narcissique à l'extrême (voir le succès de Facebook) que je résumerai par la formule triviale TPMG : Tout Pour Ma Gueule

  • Par bibifricotin22 - 10/03/2012 - 07:20 - Signaler un abus Bien vu

    Bonne analyse du phénomène , surtout lorsque vous évoquez son lien avec l'hyper-consommation... les marques créent un sorte d'obligation de séduction auquelle tt le monde doit obéir

  • Par albatros - 10/03/2012 - 09:59 - Signaler un abus Et les parents ?

    Les parents ne savent plus ou ne veulent plus éduquer leurs enfants, c'est pas plus compliqué que cela. Et il leur faut rejeter la faute de leur propre carrence sur les médias.

  • Par intermiss - 10/03/2012 - 14:07 - Signaler un abus Les MINI-MISS

    COMMUNIQUE DE PRESSE Pas de concours de « MINI-MISS » pour les enfants de moins de 7 ans. Jeudi 22 décembre 2011, lors de son audience au SENAT avec Madame Chantal JOUANNO, Sénatrice qui vient d’être chargée par la Ministre Roselyne BACHELOT d’une mission sur le phénomène de l’hypersexualisation des jeunes filles de moins de 12 ans, Michel LE PARMENTIER a présenté à l’ancienne Ministre des Sports le projet d’une charte pour les concours de « MINI-MISS® ». - Il y a 22 ans, Michel LE PARMENTIER , créateur des concours « MINI-MISS®» en FRANCE a présenté la première élection « MINI-MISS® FRANCE » le 20 juin 1990 au premier étage de la Tour Eiffel -

  • Par intermiss - 10/03/2012 - 14:07 - Signaler un abus Les MINI-MISS suite

    Voici le projet de la « MINI CHARTE » pour « MINI-MISS®» qui sera envoyée aux parents de toutes les candidates au titre de « MINI-MISS® » Les candidates devront être âgées de 7 ans au minimum et 12 ans au maximum au cours de l’année du millésime de l’élection. Aucun concours mettant en scène des enfants de moins de 7 ans ne sera autorisé. Lors de la manifestation les candidates se présenteront devant un jury de professionnels et de personnalités : - tenue 1 : robe de cérémonie ou « princesse » - tenue 2 : « tendance-mode enfant » en

  • Par intermiss - 10/03/2012 - 14:11 - Signaler un abus MINI-MISS suite

    Lors de la manifestation les candidates se présenteront devant un jury de professionnels et de personnalités : - tenue 1 : robe de cérémonie ou « princesse » - tenue 2 : Jeans, baskets et tee-shirt. Le maquillage sera formellement interdit ainsi que les maillots de bain ou le port de talons hauts. Seuls seront autorisés : - la « poudre libre » transparente et incolore pour le visage (anti-brillance pour les prises de vues télévisées et photos) - le « gloss » incolore et transparent pour les lèvres. - Les paillettes en spray pour les cheveux. Tout manquement à ces obligations et recommandations verra la disqualification de la candidate. Les concours de « MINI-MISS » sont des concepts et marques déposés à l’INPI et à la SACD. Toutes imitations ou contrefaçons feront l’objet de poursuites judiciaires avec constitution de partie civile pour les dommages et intérêts. Service de presse du « Comité Miss Paris - Miss Nationale - Miss Internationale »

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David Lacombled

David Lacombled est journaliste de formation. Après ses missions gouvernementales comme chargé de cabinet entre 1993 et 1995, il devient consultant et fonde en 1997 la Société européenne de conseil et de communication, Orange bleue. Il est aujourd'hui directeur délégué à la stratégie des contenus du Groupe Orange. En mars 2013, il a publié Digital Citizen, manifeste pour une citoyenneté numérique chez Plon.

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