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Mines d'info : ce que les usages des ados sur les réseaux sociaux peuvent nous apprendre

Toujours perçu comme une menace pour nos adolescents, le rapport qu'ont ces derniers aux réseaux sociaux est bien plus complexe et maîtrisé qu'il n'y parait.

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Mines d'info : ce que les usages des ados sur les réseaux sociaux peuvent nous apprendre

"Les adolescents gèrent mieux leur identité numérique que les adultes". Crédit Reuters

Atlantico : Que savent les adolescents au sujet des réseaux sociaux et notamment des paramètres de sécurité et de protection des données personnelles ? Les adolescents en savent-ils plus que nous à ce sujet ? 

Pierre Duriot : Ils connaissent les ficelles, à n'en point douter, grâce au temps qu'ils y passent et ils se refilent les astuces entre eux. Cela leur est permis car ils n'ont pas comme un adulte, des intendances à assurer et une activité professionnelle. Le temps consacré est un facteur important dans un apprentissage quel qu'il soit et ils sont souvent très motivés pour les outils informatiques.

En savent-ils plus qu'un adulte ? Difficile à dire, beaucoup d'adultes ont de très hauts niveaux de qualification, on peut penser plutôt que les uns et les autres n 'ont surtout pas le même registre de connaissances informatiques et que le registre se construit plutôt en fonction de l'utilisation que l'on fait de ces outils. En somme, il faut différencier, d'un côté, les réseaux sociaux, les jeux, les musiques et les films, de l'autre les logiciels graphiques, de gestion et de travail... Même si tout le monde peut être amener à jouer ou participer aux réseaux sociaux, on n'utilise pas l'ordinateur de la même manière selon sa place d'adulte ou d'adolescent donc on ne peut pas comparer en termes de "plus" ou de "moins" pour les uns et les autres. 

Nathalie Nadaud-Albertini : La plupart des adolescents maîtrisent beaucoup mieux les paramètres de sécurité et de protection des données personnelles que nous. Souvent, quand ils en parlent à des adultes, ces derniers sont perdus dans la précision des explications données par les adolescents. Parfois, ça vaut aussi pour le chercheur qui les interroge… 

Les ados maîtrisent-ils mieux leur identité numérique que les adultes ?

Nathalie Nadaud-Albertini : Oui, les adolescents gèrent mieux leur identité numérique que les adultes, pour une raison assez simple : les adultes ne sont pas nés avec Internet, et encore moins avec les réseaux sociaux, alors que les adolescents ont toujours connus Internet, et ont appris l’usage des réseaux sociaux et d’Internet en même temps que l’usage de l’ordinateur. Ils envisagent donc les réseaux sociaux comme quelque chose qui va de soi, ce qui est loin d’être le cas des adultes qui s’y sont mis comme on se met à l’apprentissage d’une langue étrangère quand on a passé l’âge scolaire. Les adultes diront souvent qu’ils ne sont pas très doués avec les nouvelles technologies, en pensant être les seuls à tenir ce discours, alors que nombreux sont les adultes à se vivre comme des cancres du numérique.

Globalement, les adolescents savent mieux ce qu’ils veulent dire et montrer via les réseaux sociaux et surtout à qui ils veulent montrer tel pan de leur identité numérique et à qui ils ne veulent pas le montrer.

Pierre Duriot : Ce n'est pas une question de maîtrise mais de conscience. On a forcément une certaine maîtrise de son identité informatique dans la mesure où l'on sait  parfaitement, ou l'on devrait savoir, que sur internet on ne trouve de notre vie privée que ce qu'on y a mis nous même. On peut penser qu'un adulte va réfléchir à qui pourra voir une photo de lui lors d'une soirée arrosée un peu plus qu'un adolescent. Il faut savoir que la plupart des recruteurs vont maintenant chercher à quoi correspond votre identité numérique avant de vous embaucher et cela a valu quelques surprises à certains. A cet effet, les adolescents fonctionnent beaucoup plus dans l'instantanéité, sans souci du lendemain, et pourtant. Il faut bien avoir conscience que les photos, une fois passées dans les tuyaux informatiques le sont pour longtemps.

 
Commentaires

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  • Par pintejp - 03/01/2014 - 11:48 - Signaler un abus Non les jeunes n'ont pas la culture adaptée pour mesurer les RS

    On peut dire,il est vrai, que nos jeunes utilisent aujourd'hui beaucoup plus les réseaux sociaux et il en sera encore plus question pour les digiborigénes qui naissent aujourd'hui. Il est aussi vrai que les adultes même s'ils sont sur le tard des migrants du digital sont loin de comprendre tout ce qui les environnent lorsqu'ils sont sur la toile lors et en dehors de leurs pérégrinations…. Je pense par contre pour le vivre en cours avec des étudiants depuis 1993 qu'ils n'ont pas la culture du Web suffisante pour déchiffrer l'envers du Web et leur traçabilité sur les réseaux sociaux. Pas de connaissance et encore moins de maîtrise de quelques outils libres pour le faire. Ils sont nés trop vite dans le monde Google et ils ne savent que Googler leur nom sur Internet. Il faut voir leurs yeux quand je leur montre QWANT, IMMERSION, ou simplement WEBMII …. J'encourage par contre toutes les initiatives visant à leur donner cette culture dés le plus jeune âge !! L'avenir leur et nous réserve de belles surprises, j'en ai déjà plein d'exemples dans le tiroir ...

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Pierre Duriot et Nathalie Nadaud-Albertini

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan 2013).

Nathalie Nadaud-Albertini est chercheuse associée au Centre d'Etude des mouvements sociaux à l'école des Hautes études en Sciences Sociales.

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