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Comment Microsoft fait semblant
de trébucher pour gagner le cœur
des consommateurs

En annonçant la première perte de son histoire, Microsoft envoie un curieux signal : malgré une santé de fer, faut-il y voir des difficultés face à la concurrence ? Le bébé de Bill Gates pourrait tabler sur le capital sympathie d'un public qui se méfie de plus en plus de Google ou Facebook.

Même pas peur

Publié le - Mis à jour le 23 Juillet 2012
Comment Microsoft fait semblant
de trébucher pour gagner le cœur
des consommateurs

Jusqu'au début des années 2000, Bill Gates et Microsoft étaient perçus comme l'ennemi public numéro 1.  Crédit Reuters

Atlantico : Microsoft vient d'annoncer la première perte trimestrielle de son histoire : 492 millions de dollars sur la période avril-juin. Faut-il y voir le début de la fin pour le géant américain ?

David Fayon : Il y a certes des aspects structurels et conjoncturels, mais cette perte est en majeure partie imputable à une écriture comptable. L'entreprise a prévu 6,2 milliards pour provisions et dépréciations du fait du rachat d'une régie publicitaire en 2007. Au lieu d'avoir un résultat nettement positif, on se retrouve donc dans le rouge, alors que Microsoft aurait largement pu se retrouver en excédent, avec un résultat comparable à l'année précédente.

On peut observer que la croissance de l'entreprise est de moins en moins forte chaque année. Sur 2010-2011, elle est de 11,8% pour Microsoft, alors qu'elle était de 66% pour Apple, de 88% pour Facebook et de 29% pour Google. Mais rien de tout cela ne remet en cause la politique de Microsoft. L'entreprise mise sur la diversification numérique. Office reste la vache à lait. Windows 8 doit optimiser la politique de convergence, domaine dans lequel il ne faut pas se rater. La force de Microsoft, c'est d'être solidement intégré dans les entreprises avec un écosystème complet de produits : Windows, Office, SharePoint.

Il y a peut être une volonté de faire le buzz avec cette annonce de pertes. Elle peut préparer à des plans sociaux ou des fermetures de site. Il ne faut pas oublier que Microsoft emploie 90 000 personnes dans le monde. L'entreprise peut aspirer à plus de marge de manœuvre.

Dans tous les cas, Microsoft profite d'une très bonne santé. Ces résultats portent sur un trimestre, pas sur une année pleine. En 2011, on table sur un taux de profitabilité à deux chiffres : avec 32,2%, c'est mieux que les 30,7% de Google, les 23,9% d'Apple ou les 26,9% de Facebook.

Aujourd'hui, ils parviennent à mener une politique de rachat en série qui fonctionne. L’acquisition de Skype est pertinente car intégrable à la suite Office. Microsoft est présent aussi bien chez les particuliers que dans les entreprises. Il profite même d'une console de social gaming avec la Xbox.

Qu'investisseurs et analystes comprennent une telle stratégie est une chose. Mais la symbolique d'une telle perte n'est-elle pas l'aveu, auprès du grand public, d'une période de difficultés et de très forte concurrence ?

Jusqu'au début des années 2000, Bill Gates et Microsoft étaient perçus comme l'ennemi public numéro 1. Sa stratégie propriétaire de croissance était mal perçue. Aujourd'hui, Google et Facebook prennent progressivement cette image. Nous sommes passés de l'ère du logiciel à l'ère des données.

On peut voir dans cette annonce de perte la recherche d'une forme de reconnaissance, de sympathie. Microsoft ne serait pas cet ennemi public numéro 1 : il faut acheter ses logiciels pour assurer sa pérennité. Le grand méchant dont il faut se méfier, c'est plutôt Facebook ou Google.

Les investisseurs semblent vouer une confiance solide à Microsoft, malgré des paris qui peuvent paraître risqués. Comment l'expliquer ?

L'ancienneté de l'entreprise, qui existe depuis 1975, est un facteur de stabilité. Elle est liée via plusieurs partenariats à tout un tas d'acteurs qui en font un groupe solide. La baisse des ventes de PC au profit de la concurrence est contrebalancée par des projets qui, s'ils sont moins innovants, devraient amortir la situation. L'entreprise emploie aujourd'hui autant de salariés qu'Apple et Google réunis !

Avec 62 milliards de chiffre d'affaires en 2011 et un profit de 23 milliards, il n'y a pas d'hésitations à avoir ! Le tout avec des centre de recherche et développement qui restent forts. Si j'avais à acheter des actions aujourd'hui, je préférerais opter pour du Microsoft que pour du Facebook. Le retour sur investissement est clair, il a fait ses preuves.

Le carnet de commandes repose sur l'important taux de pénétration au sein des entreprises. Ces dernières ne peuvent pas remplacer les parcs de machines ou de logiciels par les produits concurrents, même si tablettes et smartphones s'imposent de plus en plus aux employés.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

 
Commentaires

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  • Par zelectron - 22/07/2012 - 12:26 - Signaler un abus Microsoft n'est pas un agneau bêlant d'innocence

    Confondre Facebook et Google est une ineptie l'un (FB) s’immisce dans la vie privée avec moult difficultés pour effacer les données ainsi que la page alors que l'autre (G) non !

  • Par amike - 22/07/2012 - 13:57 - Signaler un abus Surprenant !

    On commence à constater l'émergence de fanBoy Microsoft depuis qq temps sur les forums... Je pense que cela est dû 1/ à l'apparition de la marque Microsoft dans la Console de jeu, à distinguer des produits blancs que sont devenus les PC. 2/ le poids majoritaire d'Apple dans les produits de geek, qui provoque un rejet de tous ceux ayant choisi une autre marque Mais il est clair également, que Microsoft comme Intel, cherchent à avoir une meilleure image du consommateur final, pour se constituer un marché de fidèles...

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David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. Il est l'auteur de Web 2.0 et au-delà (Economica, 2è éd., 2010), Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013). et Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de Transformation digitale (avec Michaël Tartar, Pearson, 2014). Observateur et acteur de la société numérique, ses recherches portent sur la transformation digitale des banques.

Il anime enfin le site davidfayon.fr, sur l'actualité du Web et du numérique.

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