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Michael Pettis, le gourou de l’université de Pékin et de la Fondation Carnegie livre à Atlantico sa sombre vision de l’économie mondiale

Considéré par le Financial Times comme un des plus grands experts de l'économie chinoise, et l'auteur de la "meilleure analyse jamais lue" de la crise de la zone euro, l'économiste Michael Pettis répond aux questions d'Atlantico.

Attachez vos ceintures

Publié le - Mis à jour le 13 Janvier 2016
Michael Pettis, le gourou de l’université de Pékin et de la Fondation Carnegie livre à Atlantico sa sombre vision de l’économie mondiale

Atlantico : 8 années après le début de la grande récession, l'Europe semble se réveiller. En effet, selon les estimations de la Banque centrale européenne, le PIB de la zone euro devrait croître de 1.7% au cours de l'année 2016 et de 1.9% en 2017. En 2013, vous indiquiez que la crise européenne avait été causée par l'excès d'épargne allemande, peut-on en conclure que ces déséquilibres macroéconomiques ont été corrigés ?

Michael Pettis : En aucun cas. Ces déséquilibres ont tout simplement été repoussés à l'extérieur de la zone euro, ce qui n'est pas tenable.

L'Europe est en crise parce que pendant de nombreuses années les énormes déficits de l'Europe du sud ont été une réponse automatique à des politiques adoptées en Allemagne voici plus de 10 ans, ayant pour but de permettre à l'Allemagne de devenir plus compétitive, et ce, en poussant vers le bas la part de revenus issue des biens et services que les travailleurs allemands, les ménages de classe moyenne, produisaient. Puis, à partir du moment où la crise a empêché l'Allemagne de continuer à afficher des surplus commerciaux avec le sud de l'Europe, soit l'Allemagne devait prendre des mesures pour soutenir sa demande intérieure, soit l'Europe du sud devait réduire sa demande en forçant les salaires vers le bas, sous l'effet de la hausse du chômage. Evidemment, l'Europe a choisi la seconde solution, et au cours des trois dernières années, ces énormes excédents allemands ont été exportés en dehors de la zone euro.

Pendant toute cette période, les surplus européens ont été équilibrés par la croissance des déficits, ou par la chute des excédents des pays qui exportaient des métaux ou de l'énergie, mais ces prix ont déjà tellement baissé que ceux-ci ont atteint la limite de leur capacité à absorber ces surplus. Le résultat est que, soit les Etats Unis seront contraints d'absorber ces énormes surplus européens et chinois, soit, à moins que les mesures adéquates soient prises, les surplus européens s'écrouleront et le chômage, même en Allemagne, augmentera.

Ce que vous appelez le "réveil" de l'Europe n'en est pas un. Les conditions externes ont été merveilleuses pour l'Europe au cours des deux dernières années. Elle a bénéficié de l'effondrement des prix du pétrole et de l'énergie, de la reprise économique américaine, et d'une progression de son excédent commercial, mais malgré tout cela, la dette européenne a continué d'augmenter plus rapidement que son économie. Pour les deux prochaines années, je m'attends à la poursuite de la baisse des prix des métaux et de l'énergie, mais ces derniers ne peuvent tout simplement plus chuter aussi fortement qu'ils l'ont fait, et la reprise américaine ne pourra perdurer si les surplus européens et chinois continuent d'augmenter. Donc soit les excédents diminuent, soit la reprise américaine faiblit, soit les deux.

Quelles sont les alternatives possibles permettant de consolider la zone euro ? Est-ce que ces points techniques sont réalisables d'un point de vue politique ? Est-ce que l'architecture actuelle de la zone euro est compatible avec un intérêt général européen ?

Il est aisé de voir ce qui devrait être fait. L'Europe souffre d'une demande intérieure insuffisante par rapport à ses capacités, donc, par un moyen ou par un autre, et à moins que l'Europe n'arrive à maintenir ce qui est déjà le plus grand surplus commercial de l'histoire, la demande devra augmenter par rapport à l'offre, et elle le fera. De plus, quand les niveaux de dette sont trop élevés, comme ils le sont déjà dans la plupart des pays européens, ceux-ci doivent baisser relativement au PIB, et c'est ce qui arrivera.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 12/01/2016 - 07:58 - Signaler un abus merci pour cet article !

    Tres éclairant .

  • Par zouk - 12/01/2016 - 08:58 - Signaler un abus Michael Pettis

    Peut être, il a de nombreux arguments pour nous annoncer le pire. Puisse-t-il se tromper!

  • Par GP13 - 12/01/2016 - 10:06 - Signaler un abus Nouvelle confirmation

    Du fait que l'Allemagne continue à poursuivre ses intérêts. Ne peut-on pas se demander si le projet européen n'a pas été le cheval de Troie d'un retour de l"Allemagne au rang de puissance mondiale ?

  • Par cloette - 12/01/2016 - 13:50 - Signaler un abus Eclairant

    Il a l'air de connaître son sujet ! Il y a aussi le livre de Varoufakis à lire sur une vue sur l'économie mondiale .

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Michael Pettis

Michael Pettis est économiste et stratégiste financier. Il est professeur de finance à la Guanghua School of Management de l'Université de Pekin. Associé sénior du Carnegie Endowment for International Peace, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "The Great Rebalancing: Trade, Conflict, and the Perilous Road Ahead for the World Economy".

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