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Merkel à Paris : pour un coup de main… ou un coup de pression de la part de Macron ?

Emmanuel Macron a reçu vendredi à l'Élysée la chancelière Angela Merkel, à deux jours d'un vote crucial à Berlin pour la formation d'une coalition. Le président de la République a en effet besoin de la chancelière pour mener à bien son projet de refondation de l'Europe.

Double jeu

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Merkel à Paris : pour un coup de main… ou un coup de pression de la part de Macron ?

Atlantico : L​es ministres  des finances ​allemand et français, Peter Altmaier et Bruno Le Maire se rencontraient ce jeudi 18 janvier, à la veille de la réception d'Angela Merkel par Emmanuel Macron à Paris. A cette occasion Bruno Le Maire a déclaré : "La France et l'Allemagne ont la volonté commune d'une intégration rapide de la zone euro, dans les mois qui viennent (...) il faut agir maintenant !", avec l'intention d’obtenir un accord "entre mars et juin", faisant ainsi fi des difficultés actuelles de formation d'une coalition en Allemagne.

Après la nomination de Sylvie Goulard à la Banque de France, les rumeurs faisant état de la nomination de l'économiste Natacha Valla à la direction Economie de la BCE, et les propositions de réformes de la zone euro faites par plusieurs économistes français et allemands, dont des proches d'Emmanuel Macron, semblent révéler une offensive française pour parvenir à obtenir des résultats. Comment analyser un tel mouvement de la part d'Emmanuel Macron ? Quelles sont ses chances de succès auprès d'Angela Merkel ? Pour quels résultats ? 

Rémi Bourgeot : Emmanuel Macron se concentre sur l’idée du parachèvement de la zone euro depuis son passage à Bercy, où il estimait déjà que l’union monétaire était condamnée à l’échec sans une forme de bond en avant dans la fédéralisation institutionnelle. Sur la base de ce constat négatif, il avait promis au cours de sa campagne une démarche résolue afin de dépasser les réticences allemandes. Reste à savoir s’il s’agit effectivement de simples réticences ou plutôt de véritables tabous vis-à-vis d’une construction monétaire fédérale dont le pays n’a jamais véritablement voulu. Les déclarations de fin de non-recevoir de Wolfgang Schäuble, alors ministre des Finances, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, malgré sa sympathie personnelle, semblait plutôt confirmer les tabous indépassables en Allemagne sur la question d’une solidarité accrue et de tout ce qui pourrait être perçu comme un système de transferts systématiques.

La connaissance de l’Allemagne apparaît limitée dans les cercles étatiques français, où l’on tend à penser, malgré l’évidence de presque deux décennies d’union monétaire pour le moins chaotique et quatre décennies de « convergence monétaire », que l’Europe dans son ensemble est appelée à embrasser la vision fédérale de l’administration française. La crise politique tous azimuts qui frappe l’Union européenne, au-delà du simple cas britannique, envoie pourtant un message différent quant à la remise en cause du cadre communautaire. La connaissance limitée des réalités européennes est le principal paradoxe de l’approche fédérale française, dont la détermination bute sur des différences politiques importantes en Europe. Ces différences européennes de fond ne peuvent être simplementignorées en réduisant le débat français à un concert d’invocations transcendantales ni en érigeant l’adhésion idéologique au rang de critère suprême de l’organisation humaine.

On constate un certain nombre d’initiatives dans les milieux sociaux-démocrates allemands et français pour promouvoir une évolution dans les règles de fonctionnement de la zone euro. Certaines de ces propositions sont parfaitement sensées techniquement en ce qui concerne la mise au point d’une forme de coordination budgétaire qui ne soit pas qu’une simple course à l’abîme.

Néanmoins, l’offensive française en faveur d’un approfondissement de la zone euro apparait en décalage avec la situation de crise politique et d’ingouvernabilitéen Allemagne. Les sociaux-démocrates et les conservateurs ont produit un document préalable à un (fragile) accord de coalition dans lequel figurent un certain nombre d’ouvertures sur la construction européenne et quelques références à la zone euro en ce qui concerne la transformation du Mécanisme européen de stabilité en « Fond monétaire européen ». Non seulement ces ouvertures restent en réalité très limitées, mais surtout elles résultent de la pression des sociaux-démocrates emmenés par Martin Schulz alors qu’Angela Merkel cherche désespérément à construire une nouvelle coalition. Pour autant, si les sociaux-démocrates jouissent d’un certain levier dans ces négociations du fait de la crise de gouvernement, ils ont eux-mêmes connu une véritable déroute électorale, si bien qu’un certain nombre de leurs dirigeants et militants (en particulier parmi les jeunes du parti) redoutent un véritable effondrement du parti s’ils ne parviennent pas à renouer avec les classes populaires. Angela Merkel a été prête à afficher quelques ouvertures européennes et elle a par ailleurs montré tout au long de sa carrière en RDA puis en République fédérale une aptitude indiscutable à adapter sa partition. Il n’en reste pas moins que la réalité à laquelle elle est confrontée est celle d’une envolée de l’AfD, qui la menace sur sa droite sur la base d’une ligne anti-immigration et anti-euro.

L’idée selon laquelle il serait possible de dépasser les tabous allemands quant au fédéralisme européen et de leur « arracher » un accord sur le parachèvement de la zone euro est pour le moins éloignée de la réalité, d’autant plus dans cette période de remise en cause politique de fond outre-Rhin.

Edouard Husson : Les dirigeants de la zone euro se caricaturent eux-mêmes. Bruno Le Maire, auteur d’un score à un chiffre aux primaires de la droite et du centre et Peter Altmeier, ministre d’un gouvernement chargé de gérer les affaires courantes veulent passer en force alors que le SPD n’ a pas voté sur l’accord préliminaire de gouvernement avec les chrétiens-démocrates et les chrétiens sociaux. A quoi cela rime-t-il? Vous me direz que je fais de la polémique vis-à-vis de Bruno Le Maire, désormais ministre d’un gouvernement lui bien élu. Mais le péché originel de l’euro, c’est son absence de légitimité démocratique. La monnaie unique n’a jamais obtenu le soutien d’une majorité des électeurs inscrits , ni en France (seulement 36% des électeurs français inscrits ont voté oui au référendum de Maastricht) ni en Allemagne (il n’y a jamais eu de referendum sur le sujet). François Mitterrand et Jacques Chirac ont été obligé d’accepter des cohabitations politiques avec une majorité hostile du fait de la politique du « franc fort ». Jacques Chirac a perdu le referendum sur le projet de constitution européenne. Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont réussi à faire qu’un quinquennat. L’euro est la malédiction des dirigeants français. Et pourtant ils s’obstinent à vouloir en faire adopter les mécanismes (Mitterrand); à le faire entrer en vigieur (Chirac); à ne pas le mettre en cause alors que les crises grecques en offraient l’occasion (Sarkozy et Hollande); à vouloir le renforcer, dans le cas de Macron. Du côté allemand, nous allons assister vraisemblablement à une désaffection vi-vis de l’euro accepté dans les années 1990 pourvu que ses règles fussent celles qui avaient gouverné ledeutsche marrk. On comprend bien que le président français, qui a misé gros sur la reconduction d’Angela Merkel et le soutien qu’elle pourrait apporter à une modification des règles qui président à la zone euro, soit nerveux: Madame Merkel a perdu de facto les élections. Et il n’y a pas de gouvernement allemand autre que celui qui gère les affaires courantes depuis 120 jours. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 20/01/2018 - 11:56 - Signaler un abus Un monde nouveau !

    Cet article présente au moins un mérite : reconnaître que, dans son état actuel, le système monétaire de l'Euro est une absurdité totalement bancale, et que son explosion est imminente ! Au cours de son célébrissime ''Débat Raté'', Marine Le Pen nous avait présenté une solution réaliste, mais le moment était ''mal choisi'' : trop tard... ou trop tôt ! Aujourd'hui, Emmanuel Macron nous joue un numéro de magicien : tel un chirurgien esthétique qui s'affirmerait capable, avec son bistouri, de transformer Angela Merkel en une jolie jeune-femme, pleine de charme, notre nouvel ''espoir de l'Europe'', s'imagine qu'en quelques conversations dans son beau palais doré de l’Élysée, il va transformer cet Adolf Hitler en jupons en une hippie, adepte de Gandhi ! Nous en reparlerons après le tremblement de terre financier, lorsque le moment sera venu de concevoir un ''monde nouveau'' !

  • Par pascal farigoule - 20/01/2018 - 18:55 - Signaler un abus ou un coup de pression de Macron ...

    décidément toute la presse lui trouve d'énormes dispositions pour ... gouverner non seulement la France mais maintenant l'Europe. Demain ce sera peut être le monde qui sait, à ce train là... Après l'éditorial de Serge DASSAULT dans ses colonnes de presse à qui le tour maintenant ?

  • Par clint - 20/01/2018 - 21:21 - Signaler un abus L'UE risque de devenir très rapidement un "vieux machin" !

    Mais Macron n'a pas le logiciel pour faire autre chose que ce pourquoi il a été "aidé" dans sa candidature : une Europe Democrat !

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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