Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 01 Novembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

"Pour la Grèce, l’Allemagne a trop attendu par peur de représailles politiques électoralistes"

Ce jeudi se tient à Bruxelles un sommet exceptionnel sur la crise grecque. L'Allemagne, qui a longuement hésité avant de débloquer une aide afin d'éviter à la Grèce de sombrer, serait-elle en partie responsable de la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui la zone euro ?

Crise grecque

Publié le

Ce qui se passe aujourd’hui dans la zone euro soulève certes, l’erreur économique mais aussi politique. On accuse souvent l’incompétence économique des pays périphériques mais que dire alors des erreurs de timing politique des pays leaders de la zone euro et en particulier de l’Allemagne. En clair, peut-on dire qu’Angela Merkel est politiquement responsable de l’amplification de cette crise ?

De de la contagion, à l’origine même de cette crise (l’Allemagne plus que tout autre pays était très impliquée dans le subprime), de son surplus commercial combiné à la relative fermeture de son marché, les décisions de politique interne à l’Allemagne ne sont-elles pas prioritaires sur celles qu’elle doit prendre concernant la zone euro. A priori oui, les affaires internes sont prioritaires sur la question européenne. L’enjeu pourrait être plus important si l’on avançait, ce que nous faisons, que les affaires internes à l’Allemagne en réalité guident les décisions d’Angela Merkel concernant la zone euro. Et c’est en ce sens que les erreurs de timing, les retards pris dans l’extinction de l’incendie européen, les décisions techniques pour faire fasse à la montée en puissance du tsunami monétaire, ont été mal conduites parce qu’elles étaient très dépendantes des intérêts de la politique interne allemande. 

On attendait qu’elle prenne le leadership.

Pour ce qui concerne la Grèce, l’Allemagne a trop attendu par peur de représailles politiques électoralistes. Les aides auraient certainement été plus utiles il y a 2 ans qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est le risque de contagion qui prévaut ce qui n’aurait pas été le cas il y a deux ou trois ans. L’Allemagne devait aussi servir d’alerte dans le respect du pacte de stabilité et de croissance. N’oublions pas qu’elle est finalement devenue presque tardivement à l’origine des mesures de sanction pour déficit excessif ? 

Alors certes l’Allemagne a raison de dire qu’elle ne peut pas payer pour tout le monde. Les citoyens allemands n’ont pas à payer pour la Grèce ni pour l’Espagne, ni bientôt pour l’Italie. A moins que l’Allemagne ne soit à l’origine des déséquilibres européens mais ne rentrons pas dans ce débat économique, restons sur le terrain politique.  Ici, Angela Merkel semble faire pression sur les pays périphériques en privilégiant l’axe donné à sa politique interne : les mesures d’austérité, la compétitivité… si au moins économiquement l’Allemagne était moins tournée vers l’Europe de l’est, on pourrait évoquer cette question de la compétitivité en zone euro et son « commerce intrabranche » si rééquilibrant…  Finalement, peut être que l’Allemagne est aussi responsable des déséquilibres économiques internes à la zone euro.   

La politique nationale de l’Allemagne détermine la politique européenne en perturbant la crise de la dette. C’est évident à chaque échec des négociations lors des sommets européens. La défaite de la CDU lors des dernières élections des länders allemands a poussé Angela Merkel à se ressaisir et placer les intérêts de l’Allemagne devant toute autre chose.   

Cette histoire va plus loin, car en repoussant la grande solution à cette crise, la création d’eurobonds garantis par tous les Etats, elle pouvait sauver l’Europe, mais elle ne l’a pas fait. C’est étrange de demander à des Etats de se réformer structurellement, sans construire la charpente de l’édifice qui permette de faire tenir le système. Enfin Merkel, à l’origine du pacte compétitif et de la baisse des salaires, essentiel pour l’Allemagne oublie que les aides financières internationales sous son lobbying puissant ont été propulsées via des mesures d’austérité qui condamnent aujourd’hui l’Europe entière et bientôt les créanciers de la dette publique des pays périphériques ce qui fera plaisir aux marchés financiers. 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Pascal de Lima

Pascal de Lima est économiste et enseignant à Sciences-po. Actuellement Economiste en Chef d’EcoCell (Economiccell), cellule de veille, d’études et de conférences sur l’économie. Docteur en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il y dispense des cours d’économie. Il a également enseigné la Finance à HEC.


Auteur de nombreux articles et interviews parus dans la presse et médias et dans diverses revues académiques, il a également publié « Voyage au cœur d'une révolution : la microfinance contre la pauvreté » (Editions Jean-Claude Lattès, 2007) et « La stratégie bancaire : entre équité et efficience » (Editions Universitaires Européennes, 2010).
 
Il publie en mai 2013 « Les comptes fantastiques de la finance » (aux Editions La voix au chat libre). 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€