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Les menaces d'Emmanuel Macron en cas de Brexit sont-elles le meilleur moyen de convaincre les électeurs britanniques de rester dans l'Union ?

Ce jeudi 3 mars, François Hollande rencontrait David Cameron à Amiens. Une entrevue marquée par la crise des migrants et le référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE. Le matin même, Emmanuel Macron adressait aux Anglais deux avertissements en cas de Brexit.

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Les menaces d'Emmanuel Macron en cas de Brexit sont-elles le meilleur moyen de convaincre les électeurs britanniques de rester dans l'Union ?

Atlantico : Dans une interview accordée au Financial Times, publiée à quelques heures du sommet franco-britannique annuel, ce jeudi 3 mars, Emmanuel Macron adresse deux avertissements à l'Angleterre en cas de Brexit.

Il n'est pas le premier à tenir de tels propos, Valls ayant déjà exposé les risques (notamment populistes) d'un Brexit. Quel effet un tel argumentaire peut-il faire aux électeurs anglais, au-delà des seuls banquiers de la City auxquels les déclarations d'Emmanuel Macron sont en réalité destinées ?

Christophe Bouillaud : Toute déclaration prenant la forme d'une menace – et ce qu'elle soit directe ou indirecte – visant les Britanniques et relative au choix du Brexit sera contre-productive. Elle sera fortement utilisée dans la propagande pour le Brexit et d'autant plus efficace qu'elle provient d'un acteur politique français. Il est important de souligner que, historiquement, les eurosceptiques britanniques sont convaincus que l'Union Européenne est un complot français. A leurs yeux, il s'agit de réussir (toujours pour la France) la conquête de l'Europe que Napoléon n'a pas su mener à terme. Dès lors, les propos d'un Français  – et plus encore quand il s'agit d'une menace – ne peuvent être que très mal perçus. Si les avertissements d'Emmanuel Macron parviennent aux lecteurs du Sun britannique, la presse populaire la plus eurosceptique d'Angleterre, ils seront ré-utilisés d'une façon assez catastrophique pour quiconque souhaite éviter le Brexit.

Certes, cela touchera peut-être très légèrement les moins eurosceptiques. Ceux-là seront probablement influencés  – très peu, néanmoins – par des déclarations de cet ordre, quand ils jugeront sur les aspects positifs et négatifs lors du référendum. Mais cet effet sera évidemment de bien moindre ampleur que l'utilisation des menaces proférées par les continentaux à l'égard des Britanniques. Au mieux, donc, cela sera purement et simplement innefficace quand, dans le pire des cas, cela ira à l'encontre de l'objectif poursuivi, puisque les déclarations des continentaux sont potentiellement utilisées à des fin de propagande anti-Union européenne. Les Français et les Allemands, particulièrement, doivent se tairent. Chacun pour des raisons historiques aisément compréhensibles.

Peut-on vraiment dire des propos d'Emmanuel Macron qu'il s'agit d'une menace ? David Cameron avait déjà repris ces arguments dans son propre plaidoyer. Au fond ne s'agit-il pas de présenter un état de fait ? 

La première menace d'Emmanuel Macron porte sur l'arrivée massive de migrants en Grande-Bretagne en cas de Brexit. C'est, à mon sens, une menace assez peu crédible : le Royaume-Uni se protège déjà largement des entrées sur son territoire et il n'y aurait pas de raison que cela change. Le changement radical de position, si la Grande-Bretagne quitte l'Union Européenne, serait complexe dans la mesure où les accords sont bilatéraux et où l'on resterait le plus vraisemblablement dans des situations de bon voisinage. Cet argument est fallacieux. David Cameron l'avait également repris, expliquant qu'en cas de Brexit, le camp de Calais se transposerait dans le Kent anglais. C'est totalement absurde : sitôt arrivés, les migrants se dirigeraient vers les points d'accroche qu'ils cherchaient à atteindre en gagnant le Royaume-Uni : de la famille, des proches, des amis... Cet argument témoigne davantage de la faiblesse du plaidoyer de David Cameron – et de tout ceux qui le réutilisent  – que d'un vrai risque pour la Grande-Bretagne, si le divorce avec l'Union Européenne en venait à être consommé. D'autant plus qu'en cas de Brexit, le trafic commercial trans-Manche devrait se réduire considérablement : les occasions, pour les migrants, de passer la Manche seraient donc sévèrement restreintes. Plus les relations, et par extension les potentielles coupures économiques, entre Londres et Bruxelles se refroidissent, plus ce constat sera vrai. Le raisonnement peut donc tout à fait s'inverser. Les migrants ne partent pas tous à la nage. Les quelques-uns qui ont tenté sont d'ailleurs morts.

La seconde menace, celle d'inciter les banquiers à quitter la City, jouit également d'une faible crédibilité. L'un des premiers arguments des militants en faveur du Brexit est le suivant : en quittant l'Union européenne, la Grande-Bretagne pourra offrir des services financiers au monde entier. Le tout avec sa propre régulation ; plus légère et par conséquent plus séduisante pour les capitaux. En outre, l'argument d'Emmanuel Macron repose sur une hypothèse loin d'être assurée. Son idée n'est valable que si, à la suite du Brexit, la zone euro demeure pérenne. Or, il est extrêmement probable que le Brexit provoque une dislocation progressive de l'Union Européenne, et par conséquent de la zone euro. Nous sommes aujourd'hui dans une sorte d'équilibre de la terreur : les partisans du Brexit reconnaissent que le départ bloquerait l'accès à la Grande-Bretagne au marché financier européen, mais ils estiment également que leur départ mettra fin à ce même marché. Ces Britanniques-là souhaitent un modèle plus comparable à celui de Singapour : un paradis fiscal, globalisé. Il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni dispose de bien plus de moyens et de capacités à résister aux autres pays européens que ce n'est le cas de la Suisse, par exemple. Si la Suisse a dû abandonner des éléments de son modèle économique et financier, une Grande-Bretagne redevenue indépendante dispose d'un poids économique plus important et dépend moins de l'Europe : ses relations internationales sont bien plus étendues. La Grande-Bretagne a, d'après les partisans du Brexit, une vocation mondiale et pas seulement européenne. 

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 04/03/2016 - 08:34 - Signaler un abus Merci Macron !

    Il y aura donc le Brexit... puis le Frexit?

  • Par cloette - 04/03/2016 - 08:46 - Signaler un abus Macaron toujours aussi délicat

    fin, diplomate , psychologue, modeste, affable , pas arrogant ....

  • Par A M A - 04/03/2016 - 11:33 - Signaler un abus Brexit

    Les Anglais partiront de l'Europe s'ils considèrent que c'est pour eux la meilleure ou la moins mauvaise solution quoiqu'en dise le petit Mozart de l'économie dont les rodomontades à l'égard de la perfide Albion prêtent à rire. Ce n'est sans doute pas la bonne façon de se donner une posture solide et respectable dans le monde international que de proférer des menaces à l'égard d'une vieille Angleterre que Bruxelles n'a pas les moyens de perdre. Macron, ce ne serait pas Bruxelles par hasard?

  • Par Benvoyons - 04/03/2016 - 11:47 - Signaler un abus Comme tous nos ENA et bien ils ont oublié de lire le magnifique

    livre du traité sur "Le commerce et comment conserver ses clients pour les Nuls ":)::)) Voilà qu'il nous joue le Montebourg qui à chaque phrase insultait les Allemands avec le résultat que nous ne sommes plus le premier fournisseur de l'Allemagne. :)::)) Ils ne comprennent pas que ce que tu peux dire en tête à tête et bien tu ne peux le dire à la population sans que cette population se sente agressée par les paroles de l'autre pays. Donc déjà que les Anglais achètent moins de Vin en France et bien ils vont augmenter l'achat du Pétillant Italien en Italie qui eux ne donnent pas de leçon au peuple Anglais ou Allemand. Problème la France fabrique avec un défaut son élite, car en effet ils ont tous la Grosse tête dans une Petite tête!:)::)) C'est pas par ce qu'il a participé à des ventes d'entreprises que tu connais la vente et la notion de clientèle et du commerce, loin sans faut !:)::)) Il a inventé avec Montebourg une nouvelle notion la Macron économie Montebourgeoise celle qui fait fuir les clients :)::))

  • Par cloette - 04/03/2016 - 12:33 - Signaler un abus Les Anglais

    Messieurs les Anglais, tirez (vous) les premiers !

  • Par cloette - 04/03/2016 - 12:42 - Signaler un abus @Benvoyons

    Il faut supprimer l'ENA l'école à fabriquer des ÂNES

  • Par Ganesha - 04/03/2016 - 15:33 - Signaler un abus Le plan secret de François Hollande

    Soit Macron est un misérable crétin arrogant, ce qui est toujours possible, mais plus probablement, il agissait sur ordre. De qui ? Pourquoi ? Mon explication : favoriser le Brexit et ensuite l'élection de Marine Le Pen, ce qui est depuis le début le plan secret de François Hollande.

  • Par l'enclume - 04/03/2016 - 17:16 - Signaler un abus Benvoyons - 04/03/2016 - 11

    Benvoyons - 04/03/2016 - 11:47 - Il n'est pas qu'énarque, il est également inspecteur des finances. Cela veut dire qu'il a été formé dans les mêmes écoles que Juppé et compagnie. Vous savez ces écoles où l'on apprend l'humilité, le respect des ouvriers, des personnes qui sont "illettrées, etc, etc.

  • Par cloette - 04/03/2016 - 18:29 - Signaler un abus Ganesha

    Je me reconnais un esprit tortueux parfois mais vous me battez haut la main sur ce plan là !

  • Par Liberdom - 04/03/2016 - 21:40 - Signaler un abus Les énarques ça ose tout

    c'est même à ça qu'on les reconnait....

  • Par jlmr - 05/03/2016 - 00:18 - Signaler un abus Un micron

    qui cause ?

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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