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Une menace économique mondiale : la déflation et les rôles déterminants exercés par la Chine et l'Arabie Saoudite

Alors que l'économie mondiale ne traverse pas une période particulièrement florissante, la situation économique et politique de deux pays en particulier attire l'attention aujourd'hui : la Chine et l'Arabie Saoudite.

Attention danger

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Une menace économique mondiale : la déflation et les rôles déterminants exercés par la Chine et l'Arabie Saoudite

La décélération de la croissance chinoise (principale contributrice à hauteur d’un tiers de la croissance mondiale ces 10 dernières années), la chute du prix du pétrole (en repli de 70% sur 18 mois), et enfin la moindre activité enregistrée au sein de l’industrie américaine (affectée par l’appréciation du Dollar) constituent un triptyque qui accentue les craintes d’un retour de l’hydre déflationniste.

Les craintes manifestées par les investisseurs financiers en ce début d’année 2016 sont révélatrices des incertitudes présentes face aux réactions à venir de gouvernants qui semblent désemparées, dans le cas chinois, ou intempestives, dans le cas saoudien. Les premières pourraient déclencher une "guerre des monnaies" tandis que les secondes, après avoir provoqué un effondrement du prix des matières premières, rehaussent le niveau de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les inquiétudes générées sont d’autant plus vives qu’en raison des niveaux de taux d’intérêt atteints extrêmement faibles après la mise en place de politiques de "quantitative easing", les banques centrales occidentales possèdent désormais une "force de frappe" limitée pour endiguer cette perspective déflationniste,

Les enjeux chinois et saoudiens constituent les principales incertitudes économiques et financières actuelles.

De "la fin du long fleuve tranquille" des trois dernières décennies de développement économique chinois à la résolution de la "quadrature du cercle" des réformes de Xi Jingpin

Surcapacité industrielle, surendettement des entreprises, fragilité du système bancaire, dégradation de la compétitivité… Les lacunes de l’économie chinoise sont identifiées. La nécessité de faire évoluer le modèle de développement chinois est inscrite à l’agenda des autorités publiques. La mise en place des mesures d’ajustement nécessaires à la réalisation des objectifs implique non seulement des conséquences déstabilisantes pour le corps social chinois (la professionnalisation de l’armée par exemple s’accompagnera de 300 000 "licenciements" de personnel militaire) mais comporte également des contradictions temporelles entre difficultés réelles de court terme et bénéfices espérés à moyen/long terme pour l’économie chinoise. 

L’évolution du taux de change est à cet égard emblématique de la "quadrature du cercle" chinois. Le ralentissement économique chinois s’accompagne de sorties de capitaux, ce qui fragilise la devise chinoise. La Banque centrale de Chine a tenté jusqu’à présent de maintenir la parité contre dollar puis, plus récemment, contre un panier de monnaies, en vendant des réserves de changes (le stock de 4000 milliards en juin 2014, a été ramené à 3300 milliards en décembre 2015). Le succès de cette stratégie s’est révélée mitigée, comme en témoigne la dépréciation de plus 5% du Renminbi (RMB) enregistrée contre dollar depuis juillet 2015.

La dépréciation du RMB est dommageable pour la Chine à moyen et long terme car elle freine la transition de l’économie domestique de l’investissement vers la consommation et de l’industrie vers les services, et décourage les efforts d’innovation des entreprises industrielles en incitant à la facilité exportatrice qu’autorise une devise dépréciée. Conjointement, elle ne constitue pas non plus une bonne nouvelle pour l’économie mondiale en accentuant ses pressions déflationnistes, notamment par la dépression du prix des matières premières et le ralentissement accentué de l’activité des pays émergents.

"Marchant sur une corde raide", les autorités chinoises vont probablement tenter d’atténuer la vitesse et l’ampleur de la dépréciation du yuan plutôt que de s’y opposer ou de laisser la monnaie se déprécier brutalement. Cette politique économique va vraisemblablement s’accompagner d’une politique fiscale plus accommodante et d’une politique monétaire plus flexible avec des baisses de taux d’intérêt. Cette politique n’a de chances de réussir que si les autorités chinoises sont capables de convaincre les investisseurs de leur volonté d’implémenter les réformes structurelles industrielles et financières annoncées.

Si les ressources financières de la Chine sont suffisantes pour que Xi Jinping maintienne son cap réformateur, en revanche, la perception de déstabilisation de son pouvoir personnel ou de celle du Parti communiste constitue une "ligne rouge absolue" qui condamnerait la poursuite des réformes initiées. Dans une telle hypothèse, nous assisterions à un repli sur soi de la Chine dont les conséquences géoéconomiques de "retour en arrière" seraient très négatives… et iraient bien au-delà des perturbations boursières actuelles…

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 11/03/2016 - 12:34 - Signaler un abus Pour comprendre tout cela et appréhender des solutions,

    Il faut : 1 - un bon cerveau en état de marche. 2 - des renseignements de première main. 3 - Une bonne boule de cristal sans fêlure.

  • Par zouk - 11/03/2016 - 15:46 - Signaler un abus Instabilité mondiale

    Tristement vrai. Mais le pire est à craindre, non de la Chine qui a un gouvernement intelligent et capables de réformes profondes, mais bien de l'Arabie Saoudite, aux mains d'un très petit clan spoliateur des richesses immenses du pays et grave danger pour une stabilisation du Proche Orient: ils ne cessent de jeter de l'huile sur le feu. Et la réaction n'est guère à espérer de l'intérieur: ils ont profondément abruti leur peuple avec 4 siècles de wahabisme.

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Christian Dargnat

Christian Dargnat a exercé pendant 25 ans des fonctions de dirigeant dans l’industrie financière de la gestion d’actifs. Directeur général d’un des principaux acteurs mondiaux, il a également représenté cette industrie en tant que Président de son association européenne (European Funds and Asset Management Association). Il est membre de Commissions Consultatives de l’AMF et siège au collège des Investisseurs Institutionnels de Paris Europlace. Il est également conférencier à HEC et Sciences Po.

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