Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 23 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Même les entreprises en bonne santé mettent la clé sous la porte : l’exemple d’une galerie d’art

La fermeture de l’une des grandes galeries parisiennes n’a pas fait de bruit, pourtant elle témoigne de la régression économique française. A l’occasion du salon Paris Art Fair, au Grand Palais du 28 mars au 1er avril, revenons sur cet événement.

L'art comme indicateur

Publié le

L’événement n’a pas dépassé les cercles spécialisés, mais il est pourtant extrêmement révélateur du déplorable climat économique actuel : l’une des grands galeries parisiennes, à la réputation internationale, a décidé de fermer. Le 21 mars dernier, la galerie Jérôme de Noirmont annonce qu’elle met la clé sous la porte. Elle a pourtant sous contrat plusieurs artistes reconnus comme Jeff Koons, Pierre et Gilles, Fabrice Hyber ou Valérie Belin, c'est-à-dire des créateurs qui vendent, qui ont une cote élevée, qui font rentrer du chiffre d’affaires.

Mais cela ne suffit plus.

Pour justifier leur décision, le couple Noirmont invoque une raison que n’aurait pas désavoué Gérard Depardieu, à savoir "une pression fiscale étouffante". Expliquant la nécessité, pour leur galerie, de franchir une étape supplémentaire en ouvrant des filiales à l’étranger, en embauchant, en investissant des sommes importantes, avec la prise de risque que cela implique, les Noirmont préfèrent jeter l’éponge. En cause: "Le mauvais contexte politique, économique et social de la France d’aujourd’hui, auquel s’ajoutent un climat idéologique malsain et une pression fiscale étouffante, obère toute perspective d’avenir du marché de l’art en France et altère tout enthousiasme comme tout esprit d’entreprendre !"

Le constat est clair, il a déjà été exprimé par beaucoup d’autres. Mais il est vraiment inquiétant parce que même une entreprise qui réussit, qui fait partie des leaders de son secteur, qui génère des bénéfices, mais qui doit franchir un palier important, préfère renoncer.

Dans une autre interview, Jérôme de Noirmont précise ce qu’il entend par "climat idéologique malsain" : "Ce qui est choquant pour moi, c’est d’entendre par exemple les propos d’une ministre de la culture en exercice qui «tape» sur un mécène français, le groupe Wendel, celui qui a financé une partie du Centre Pompidou Metz. En France, on monte les citoyens les uns contre les autres au lieu de les unir, on veut crucifier les grandes familles industrielles françaises… Je pense à certains discours de Monsieur Mélenchon et de Monsieur Montebourg… Le monde entier est choqué ! Attention, je ne vise pas une classe politique en particulier mais un état d’esprit général. Chaque année, le député UMP Monsieur Carrez remet sur le tapis l’idée d’intégrer les œuvres d’art dans l’ISF. Il oublie dans ses calculs que les œuvres d’art ne produisent pas d’intérêts. Au contraire, elles coûtent à leurs propriétaires, qui doivent payer des assurances importantes. Et ce sont les dations et les donations qui font la richesse des musées…  Je ne me voyais donc pas, dans une telle atmosphère,  prendre un risque entrepreneurial…"

Cette décision ne sera pas sans conséquence, l’un des responsables de la maison de vente aux enchères Artcurial, Francis Briest, y voit un sérieux préjudice pour la place de Paris: "Cette décision est très dommageable dans le cadre de la compétition de plus en plus acharnée à laquelle se livrent les autres places comme Londres, New York et Hongkong."

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par yvonman53 - 29/03/2013 - 10:19 - Signaler un abus Galerie d'art

    Et on perd combien d'emplois ?

  • Par mich2pains - 29/03/2013 - 12:51 - Signaler un abus Peuchère , on va presque les plaindre !

    Pendant que certains g000chistes-bobos trouvent tout à fait normal d'assujetir à l'ISF les biens mobiliers et immobiliers , hérités de leurs parents avant même que ces biens ne soient revendus , les mêmes g000chistes-bobos ( famille FABIUS entre autre ) trouvent scandaleux de soumettre à l'ISF leurs œuvres d'art qu'ils possèdent en grand nombre .....Où quand l'idéologie trouve des limites personnelles !

  • Par laurentso - 29/03/2013 - 13:12 - Signaler un abus Complètement stupide, cette argumentation

    Toutes les entreprises connaissent un stade de développement où elles doivent franchir un cap, l'économie est différente des modèles avec de jolies courbes lisses. Impossible d'agrandir les locaux d'une galerie située dans le 8e arrondissement. Et impossible de se diversifier sans les capitaux nécessaires, dans un secteurs qui n'offre pas des rendements financiers exorbitants. le problème n'est pas un climat politique délétère, mais l'impossibilité de garnir ses fonds propres sans promettre 15% de rendement annuel. Le galeriste va PROFITER de la politique fiscale du nouveau gouvernement en vendant son affaire moyennant la promesse d'une autre, afin d'obtenir des dégrèvement fiscaux. Le reste relève de la propagande débile. Si ce galeriste est sincère dans ce qu'il dit, il relève de l'asile psychiatrique. Quand à l'auteur de l'article, je préfère ne pas dire ce que j'en pense, il va encore me menacer d'un procès.

  • Par CN13 - 29/03/2013 - 13:13 - Signaler un abus Hollande a annoncé

    qu'il imposera aux Entreprises la taxe à 75%. Forcément, il y a de quoi déguerpir d'art d'art !

  • Par dieter - 29/03/2013 - 15:14 - Signaler un abus et cela ne fait que commencer

    Cet exemple relatif au domaine de l'art peut se décliner dans tous les autres secteurs de l'économie .

  • Par fentreti - 29/03/2013 - 15:29 - Signaler un abus Tiens , un chercheur qui dit des choses intéressantes

    Oui on en parle pas , mais ce n'est pas le premier. Il n'y a pas que la folie fiscale , il y a aussi la folie administrative , à faire renoncer le plus motivé des entrepreneurs .

  • Par gueux et preux - 30/03/2013 - 02:04 - Signaler un abus En fait,

    des galeries ferment et d'autres ouvrent constamment,mais elles n'ont pas la notoriété de celle de Jérôme de Noirmont.

  • Par Le gorille - 30/03/2013 - 08:21 - Signaler un abus Qui croire ?

    Laurentso ? Philippe Herlin ? Je crains que ni l'un ni l'autre ne connaisse correctement le dossier. Donc, Atlantico, peut-on en savoir plus ? Bref, une vraie enquête s'impose.

  • Par Yongho - 30/03/2013 - 10:51 - Signaler un abus Yongho

    J'ai toujours pensé qu'il fallait être optimiste et que les taxes carbone, les pots catalytiques et autres n'étaient que des gadgets (qui valent mieux que rien toutefois) pour préserver notre environnement. Il y a des mécanismes de régulation en dynamiques des populations un peu plus efficaces que ça. Notamment quand une population s'imagine pouvoir croître de manière indéfinie dans un milieu qui lui est fini. Le retour de bâton est souvent assez brutal. Vous pouvez voter droite, gauche ou même les extrêmes ... Cela ne changera rien. Les corrections sont en cours. Et quelque chose me dit qu'on va mieux respirer dans ce pays. Ainsi que marcher un peu plus. Et il n'y aura besoin d'aucune loi, d'aucune taxe. Magique non ? La vie est belle finalement et j'ai un peu plus le sourire chaque jour. L'économie va mal ? Prenons cela comme une bonne nouvelle vu ce que nos économistes et financiers nous envoyaient droit dans le mur. Je sais ... La vie sera peut-être un peu plus dure avec des maisons un peu moins chauffée, plus de vélo et pas de vacances au Maroc ... Et ? Moi si je ne vois plus d'alerte pollution atmosphérique toutes les semaines, je me dis que ce n'est pas cher payé

  • Par LECANDIDE - 30/03/2013 - 10:57 - Signaler un abus Laurentso, toujours égal à lui-même

    Il n'a jamais dirigé de galerie d'art, jamais vendu un tableau, jamais dirigé une entreprise, mais il sait que l'argumentation des dirigeants de cette galerie est débile. C'est déjà pas mal. Mais il fait mieux avec ce joli "impossibilité de garnir ses fonds propres sans promettre 15% de rendement annuel" Ben voyons! Et l'incorporation des bénéfices dans le capital social, il en fait quoi, Laurentso? Ah, évidemment, il faut qu'il y ait bénéfices, cette chose abjecte (cachez ces bénéfices que je ne saurais voir! Rappelez-vous, Total naguère a annoncé un gros bénéfice; cela nous a permis à cette occasion de constater que la France était le seul pays au monde où ses habitants hurlaient contre l'abondance des bénéfices d'une société nationale), bénéfices cette chose abjecte, disais-je, aux yeux des gauchistes, et dont on s'aperçoit sur cet exemple précis qu'elle est quand même utile. Vitale. Et que quand on charge trop la mule, elle s'écroule ou s'enfuit. Nul doute que la mule ne relève de l'asile psychiatrique, n'est-ce pas, Laurentso?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€