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Zone franche

Publié le 20 septembre 2011

Médicaments inutiles : le déremboursement à dose homéopathique ?

Plusieurs centaines de médicaments inutiles ne seront plus pris en charge par la Sécu. Bel effort, mais faut-il attendre la faillite de la Grèce pour les dérembourser tous ?

 
Une cliente dans une pharmacie : "Et celui-ci, il sert à quoi ?" "Ah, à rien, mais il est remboursé à 100% alors on m'en prend énormément..."

Une cliente dans une pharmacie : "Et celui-ci, il sert à quoi ?" "Ah, à rien, mais il est remboursé à 100% alors on m'en prend énormément..." Crédit Carlos Garcia Rawlins / Reuters

Les Français entretiennent une relation paradoxale avec l’industrie pharmaceutique : champions du monde de la consommation de médicaments, et plus spécifiquement d’antidépresseurs superflus et d’antibiotiques inefficaces, ils sont aussi les plus méfiants à l’égard des crânes d’œufs qui élaborent leurs poisons préférés.

Les patrons des labos ? Des crapules cyniques assoiffées de dollars ! Les visiteurs médicaux ? Des dealers sans foi ni loi ! Les médecins ? Des opportunistes prêts à prescrire n’importe quoi à n’importe qui en échange d’un séjour aux Maldives ! L’AFSSAPS ? Le faux nez du lobby de l’aspirine !

Enfin, ça c’est ce qu’on entend au zinc ou à la machine à café, lorsqu’il faut jouer au Gaulois blasé auquel on ne la fait pas. Chez son généraliste préféré, en revanche, on aurait plutôt tendance à se pointer avec une shopping-list longue comme le bras.

Tiens, je m’aventure sans doute en terrain glissant, mais je ne serais pas étonné d'apprendre qu’une fraction non-négligeable des gobeurs non-diabétiques de Médiator était parfaitement consciente des restrictions à l’usage du remède maudit…

Mais voici que le remboursement de 600 médicaments à « service médical rendu insuffisant » (un euphémisme technocratique signifiant qu’ils ne servent à rien) est remis en cause par le Parlement, l’idée étant de combler une partie du fameux trou de la Sécu avant prolapsus (1 milliard d’euros d'économies envisagées, pour un déficit de 14,5 milliards).

Dérembourser les médicaments inutiles, oui. Mais pas tous...

Bon, passons rapidement sur l’absurdité d’un système de santé conçu pour prendre en charge des remèdes dont l’inefficacité n’est un secret pour personne ― pour ne rien dire de leur éventuelle dangerosité ― et félicitons-nous de cette bouffée de pragmatisme en temps de crise.

Félicitons-nous, OK, mais demandons-nous tout de même pourquoi ce n’est pas l’intégralité de la pharmacopée notoirement inutile qui est retirée du marché par la même occasion (il resterait des dizaines de produits sans effet)… Ah, c’est sans doute que les Français, qui détestent les labos et s’agacent de l’incapacité des élites à gérer la Sécu convenablement, auraient vite de fait de descendre dans la rue pour défendre le remboursement de leur poudre de perlimpinpin de prédilection.

Le déremboursement, c’est un peu comme avec les niches fiscales : il y a mon médicament inutile et celui du voisin…

Notez qu’il existe une certaine logique à écrémer la liste des médicaments qui ne servent à rien sur un mode homéopathique, l’homéopathie restant  précisément la principale spécialité qui ne sert à rien à être remboursée. Bah, attendons seulement que la Grèce s'effondre et on en reparle.

 
Commentaires

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  • Par Aie - 21/09/2011 - 03:56 - Signaler un abus ha mais là je suis d'accord

    ha mais là je suis d'accord pour dé-rembourser ces placébos

  • Par Balou - 20/09/2011 - 18:56 - Signaler un abus Bien vu

    Je suis moi même généraliste et je trouve que vous visez juste.
    La référence à "la petite liste" m'a fait sourire, chez certains patients pourtant très critiques envers les labos, elle est bien souvent au rendez vous.
    Que faire? Dérembourser bien sur mais attention, il n'y aura pas que des patients pour râler. C'est aussi le fond de commerce de certains confrères qui va se faire la malle...

  • Par fauvette13 - 20/09/2011 - 09:46 - Signaler un abus Et pour finir, petite nouveauté de la sécu

    si vous avez un traitement sur plusieurs mois et que vous n'allez pas les chercher pile 30 jours plus tard pour le deuxième mois (genre vous en avez retrouvé et vous pensez connement finir ce qui vous reste au lieu de reprendre une nouvelle boite) et bien on peut ne pas vous les donner... sympa non ?

  • Par fauvette13 - 20/09/2011 - 09:44 - Signaler un abus Et les médecins

    Quand ceux xi arrêteront de demander à leur patient comme un vendeur de saucisse "vous avez besoin d'autre chose".. ça irait déjà un peu mieux. Lorsque ma grand mère est décédée on a trouver des dizaines de boites de paracétamol non ouverte et entièrement remboursées. Un vrai gaspillage.

  • Par fauvette13 - 20/09/2011 - 09:44 - Signaler un abus Et les médecins

    Quand ceux xi arrêteront de demander à leur patient comme un vendeur de saucisse "vous avez besoin d'autre chose".. ça irait déjà un peu mieux. Lorsque ma grand mère est décédée on a trouver des dizaines de boites de paracétamol non ouverte et entièrement remboursées. Un vrai gaspillage.

  • Par Le vieux Gustave - 20/09/2011 - 09:07 - Signaler un abus Un combat bien difficile

    Merci de votre article courageux! Il est scandaleux qu'on veuille faire un impôt sur les mutuelles pour continuer à rembourser des non-médicaments. Il se trouve hélas que les fabricants de produits homéopathiques sont riches et dînent avec nos dirigeants, mais que les consommateurs ont majoritairement des idées de gauche et défendraient leurs poudres de perlimpinpin s'ils l'emportaient en 2012.

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

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