Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 02 Septembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Médicaments dangereux et scandales sanitaires : la France victime de sa sous-exploitation des données du système de soins

Après les pilules de 3ème et 4ème génération, c'est désormais Diane 35, médicament contre l'acné utilisé à tort comme contraceptif, qui est mise en cause dans un rapport dont la légitimité peut par ailleurs être questionnée.

Un wagon de retard

Publié le

Depuis la plainte de Marion Larat au sujet des contraceptifs hormonaux oraux combinés (CHOC) nous sommes entrés dans une nouvelle gestion de crise du médicament. Et la “découverte” par le public, mais pas par l’assurance maladie, que Diane 35, autorisée dans les cas d’acné, était prescrite comme contraceptif n’a pas arrangé les choses. Le déballage des données en pleine crise conduit d’une part au désordre et à la panique des politiques, d’autre part à la méfiance et au désarroi des femmes.

Ceci n’est pas surprenant : les affaires antérieures avaient bien mis en évidence l’opacité des procédures dans la surveillance du système de soins et l’absence d’accès aux données brutes en matière de pharmacovigilance ou même de consommation de biens et services médicaux.

 

Ainsi, il est impossible de connaître le nombre de boîtes de contraceptifs consommées par personne en France en 2011 ou 2012.  Il est certain que ces données brutes sont dans les ordinateurs de l’assurance maladie puisque cette délivrance se fait sur prescription et qu’elle donne dans certains cas droit à un remboursement soit par la sécu soit par les mutuelles. Mais à ce jour, et malgré une crise sans précédent, aucune donnée du Système National d'informations Inter Régions d'Assurance Maladie (SNIIRAM) n’a été divulguée

Dans ce contexte il convient de ne pas accorder une grande confiance aux nombres et pourcentage avancés notamment par des « rapports » sortis à point nommé mais jamais publiés dans une revue à comité de lecture. Que penser en effet de celui, confidentiel, du CHU de Brest, qui fait état de morts liées à la prise de Diane 35, dont la presse, qui pourtant fait des gros titres sur le sujet de l’open data, s’est fait l’écho sans juger utile de le rendre consultable ? Partager l’information est la base de la confiance. Maintenir une asymétrie d’information est suspect mais surtout entrave le processus de correction des causes de ces complications en cas d’effets secondaires des médicaments ou de biocides. 

Or il faut rappeler que les complications graves des CHOC sont rares et surviennent avec toutes les pilules combinées c’est à dire contenant un œstrogène. Seule la fréquence des complications cardio-vasculaires est en débat. Or pour mesurer un événement rare chacun comprend qu’il faut des séries très nombreuses et un reporting systématique et précis des complications et autres effets secondaires. Ce reporting est avant tout le résultat d’un enseignement de la pharmacovigilance mais aussi d’un dispositif qui permet de rétribuer ces déclarations par les soignants pour autant qu’elles soient complètes et précises.

Comment donc améliorer le dispositif de pharmacovigilance et éviter les déballages de crise ?

Les agences doivent être parfaitement transparentes sur les déclarations d’effets secondaires. Ceci afin que les chercheurs puissent travailler régulièrement sur ce sujet en post marketing et sur la durée. En effet certaines complications sont parfaitement ignorées par des essais cliniques de courte durée. Par exemple les complications cardio-vasculaires des CHOC sont beaucoup plus fréquentes après 35 ans, chez les utilisatrices continues des pilules 3G et bien évidemment chez les fumeuses ou les obèses. D’autres complications ne sont reconnues que parce que de nouveau moyens diagnostiques apparaissent, c’est le cas des anomalies de la coagulation.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Vinas Veritas - 01/02/2013 - 18:18 - Signaler un abus Docteur mais Médecin

    Quand un médecin affirme que les données de vente d'un médicament donné, d'un groupe de médicaments, d'une classe de médicament, cela signifie uniquement qu'il l'ignore mais il préfère rejeter sur d'autres son ignorance. les données de vente sont enregistrées et disponibles par semaine et par secteur géographique très précis. ces données sont exploitées par tous et je dis tous les laboratoires qui commercialisent. que ce soient leur production ou celles des concurrents, chacun connait ou peut connaitre l'ensemble des ventes et en analiser les évolutions. Les données des différents organismes de sécurité sociale ne connaissent que ce qu'ils reçoivent, et dès que le médicament n'est pas remboursé ou remboursable, leur récolte reste entachée d'une minoration difficile à évaluer avec précision. Par contre les données de vente au distributeur final sont bien plus précises puisqu'elles intègrent la totalité des fournitures, facturées et gratuites, sur l'ensemble des pharmacies (privées, publique et autres) du térritoire. Mais le médecin s'accroche à son aura et veut conserver cette auréole du Dieu tout puissant omniscient..

  • Par THEGAP - 01/02/2013 - 18:36 - Signaler un abus Open data

    Et ces données sont disponibles à quelle adresse?

  • Par THEGAP - 01/02/2013 - 18:45 - Signaler un abus Il semblerait que cet article soit corroboré par d'autres

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/15/plus-grave-que-le-debat-sur-la-pilule-l-affaire-des-donnees-de-sante-publique_1817187_3232.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#xtor=RSS-3208001

  • Par Français Ignorant - 01/02/2013 - 18:52 - Signaler un abus A l'attention du Pr Pelouze

    J'ai entendu que ce médicament pouvait entraîner des embolies. J'ai également lu dans la Presse qu'une jeune fille admise à l'hôpital pour une raison bénigne était morte d'une embolie pulmonaire en rentrant chez elle. La famille porte plainte contre l'hôpital. A la suite d'un opération bénigne, j'ai failli mourir quelque temps après d'une embolie pulmonaire....et c'est plusieurs années plus tard, grâce aux progrès de la science médicale que j'ai appris que j'avais une anomalie génétique de la coagulation, idem pour 2 de mes enfants sur 4. dans ce cas la moinde opération (ou accouchement ) peut se transformer en drame, sans qu'aucune faute médicale n'ait été commise. Ce sont des sujets trop délicats pour être mis sur la place médiatique .

  • Par THEGAP - 01/02/2013 - 19:10 - Signaler un abus Il semblerait que cet article soit corroboré par d'autres (2)

    http://www.economist.com/news/britain/21567980-how-scrutiny-freely-available-data-might-save-nhs-money-beggar-thy-neighbour

  • Par THEGAP - 01/02/2013 - 19:44 - Signaler un abus Il semble bien que l'open data soit source d'économies

    Par exemple, les pharmaciens français délivrent chaque année 14 millions d'ordonnances ayant au moins dix médicaments, qui sont à l'origine de plus de 3,6 millions d'interactions possibles entre eux ; beaucoup d'admissions en urgence sont dues à cette surconsommation. Il a été montré qu'il n'y avait aucun lien entre la fréquence des maladies cardiaques, d'une part et le nombre ou le revenu des cardiologues, de l'autre, que les dépenses en cardiologie par département variaient par habitant de 1 à 9 (900 %), que selon l'hôpital où se présentait un infarctus du myocarde, le malade était opéré ou non. Dans le domaine des actes de dépistage, l'assurance-maladie rembourse toujours des coloscopies à plus de 600 euros (600 à 1 200 euros) alors qu'en première intention, il est possible de réaliser une coloscopie virtuelle à moins de 100 euros. Enfin, un médicament anticancéreux est toujours prescrit, alors qu'il vient d'être démontré aux Etats-Unis qu'il était inefficace. Ce ne sont que quelques exemples, faute de pouvoir analyser systématiquement les données de l'assurance-maladie. De Kervasdoué dans le Monde...

  • Par zelectron - 02/02/2013 - 12:20 - Signaler un abus L'europe pourrait être bigrement utile dans ce cas

    Les études, enquêtes, essais et autres recherches sur les médicaments dans les pays limitrophes devraient être bien plus mises en avant et à contribution. Il est stupéfiant de lire des "compte-rendus" opposés à ceux de nos voisins, à croire que seul l'esprit de contradiction prime en France ! C'est insupportable !

  • Par THEGAP - 02/02/2013 - 17:47 - Signaler un abus Nouvelle demande

    "les données de vente sont enregistrées et disponibles par semaine et par secteur géographique très précis." En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/medicaments-dangereux-et-scandales-sanitaires-france-victime-exploitation-donnees-systeme-soin-guy-andre-pelouze-625055.html#KQxORWhzA61lMlwW.99 avez vous l'adresse je suis intéressé par ces données sur le plan économique

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€